Dans une interview accordée au journal togolais, L’Alternative, L’ancien premier ministre togolais Edem Kodjo compare la République Démocratique du Congo à « une belle fille qui a tout pour plaire et que tout le monde convoite ».

Au pays des Kabila « ce qui n’a pas fonctionné, c’est qu’on a choisi la mauvaise solution au détriment de la bonne », a estimé celui qui, mandaté par l’Union Africaine, a tenté, en vain, de rapprocher les différentes positions en vue d’un consensus autour de l’organisation de l’élection présidentielle, fuyante depuis bientôt deux ans.

« Les Accords du 18 Octobre que j’ai réussi à faire signer, à part quelques questions d’ego et de personnes, mettaient tous les protagonistes objectivement à l’aise. C’était de loin, la solution la plus réaliste. L’autre vérité, c’est que la RDC est comme une jeune et belle fille qui a tout pour plaire et que tout le monde convoite. A la fois ceux qui ont de bonnes intentions et les prédateurs. Et je vous assure qu’ils sont nombreux et coriaces, les prédateurs », s’est confié Edem Kodjo.

« la solution de sortie de crise appartient aux Congolais et passe par des élections bien organisées et aux résultats inattaquables »

Souvent accusé de faire le jeu du pouvoir de Kinshasa, Edem Kodjo répond que « ce fut une accusation d’impartialité à géométrie variable et selon la direction dans laquelle soufflait le vent des intérêts de chacun. On nous a tantôt accusé d’impartialité au profit de l’Opposition (L’UDPS en particulier) et tantôt au profit de la Majorité. C’est une dialectique qui indique plutôt un refus de partialité. Chacun veut que la facilitation penche de son côté. Tous les facilitateurs ont connu cela. Mais il s’agit d’être droit et de chercher une solution solide et pérenne pour le pays, les hommes qui y habitent aujourd’hui et ceux qui y seront demain, pour l’Afrique et la dignité des Africains ».

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Lui-même homme d’église et catholique, Edem Kodjo ne voit pourtant pas d’un bon œil le rôle de la Conférence Episcopale de la RDC : « Nous avons pourtant commencé ensemble et avec une complicité certaine. De toute façon, ils n’ont rien fait de mieux que ce que j’ai conceptuellement et diplomatiquement réalisé, à part d’avoir installé la confusion actuelle. Et c’est dommage pour ce genre d’institution.»

Koffi Annan et neuf anciens chefs d’Etat africains ont lancé, le 15 juin, un appel à la tenue des élections avant la fin de l’année 2017en RDc. « Ils ont pris leur responsabilité vis-à-vis du continent », commente-t-il. Mais il prévient, « la solution de sortie de crise appartient aux Congolais et passe par des élections bien organisées et aux résultats inattaquables. Le temps nécessaire pour organiser ces élections est une autre question autour de laquelle il est nécessaire d’arriver à un consensus tenant objectivement compte du terrain, du volume de travail et des tâches à accomplir ».

«Il faut aussi que certains acteurs de la communauté internationale cessent de mettre constamment de l’huile sur le feu en prenant parfois des positions irréalistes et intenables »

 Edem Kodjo rappelle que « la RD Congo, c’est 2,5 millions de km², 136.000 bureaux de vote, 20.000 tonnes de matériel électoral à transporter, le plus souvent par voie aérienne ou fluviale ou des fois à pieds. Il faut que chacun mette un peu d’eau dans son vin et accepte qu’on ne puisse pas régler tous les problèmes d’un pays aussi vaste en un seul jour ou dans des délais fantaisistes. Il faut accepter des victoires par étape et travailler avec le temps. Comme dirait l’autre, le temps se moque de ce qui est fait sans lui. »

«Il faut aussi que certains acteurs de la communauté internationale cessent de mettre constamment de l’huile sur le feu en prenant parfois des positions irréalistes et intenables », recommande celui qu’on considère comme le dernier panafricaniste de sa génération.

La RDC traverse une énième crise politique depuis 2016, née de la non-organisation d’élection présidentielle à la fin du deuxième mandat de Joseph Kabila arrivé à terme en décembre de la même année. Depuis, des manifestations (qui donnent lieu à des répressions) se multiplient dans tout le pays pour contraindre l’actuel régime à organiser l’élection et quitter les affaires. Ce dernier est accusé de vouloir conserver le plus longtemps possible le pouvoir en refusant d’organiser la consultation électorale. Pendant ce temps, au centre du pays, des centaines de personnes sont tuées dans des conditions non encore élucidées. Les dizaines de charniers découverts indiquent l’ampleur des massacres au sujet desquels le pouvoir et ses alliés africains s’opposent à des enquêtes internationaux.