La dynamique de la sexualité joue en défaveur des femmes, et ce de plusieurs manières ; en témoignent entre autres les efforts fournis par certaines femmes pour modifier leurs organes sexuels (vagin), se mettant ainsi activement en danger en tentant de faire plaisir à leurs partenaires sexuels. En ce qui concerne ces efforts, elles essaient par exemple d edonner au vagin une odeur de mangues ou de baies sauvages, utilisent des potions pour le resserrement du vagin, ou encore essaient d’engager le coït à des moments où le vagin est aussi sec que le Sahara. Essayer de comprendre pourquoi les femmes se livrent à de tels pratiques nous ramène à la notion du plaisir : qui y a droit et qui mérite d’avoir des rapports sexuels torrides ?

Curieusement, ces pratiques n’ont aucun rapport avec une série de traditions africaines, dont la plupart célèbrent la notion du plaisir sexuel féminin. Par exemple, certaines tribus du Rwanda considèrent l’éjaculation féminine comme une « eau sacrée », car on estime qu’elle alimente les rivières. Et chez les Yoruba au Nigéria, la déesse Osun représente l’énergie sexuelle féminine.

Cependant, il paraitrait qu’en ces temps modernes, les bonnes amantes se caractérisent par des vagins secs et des minous serrés. Des études ont révélé que des femmes d’Afrique australe et orientale ont de plus en plus recours à des procédés qui provoquent un assèchement du vagin. Ces procédés viennent s’ajouter à la chirurgie (vaginoplastie) et à des « remèdes maison » destinés au resserrement du vagin, des pratiques qui gagnent en popularité et visent à « réparer les outrages du temps ». Il semble donc qu’une bonne partie de jambe en l’air est désormais plus tributaire de l’étroitesse de la fente que de la manière dont nous mouvons nos corps.

Assèchement du vagin

En Afrique du Sud, il existe diverses méthodes pour assécher ses parties intimes, dont des « remèdes » traditionnels à base de plantes, des liquides consommables, du tabac (tabac traditionnellement consommé par voie nasale) et même du coca utilisé pour les douches intimes. A en croire certains reportages de certains organes de presse locaux, des femmes du Free State achètent une confiserie du nom de « Çhina Fruit » auprès des commerçants chinois, laquelle confiserie serait utilisée pour provoquer l’assèchement. En effet, le phénomène du « vagin sec » est si répandu qu’il fait désormais l’objet de  recherches académiques, certains articles indiquant que celles qui s’adonnent à cette pratique risquent de favoriser la transmission des IST.

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Aimez votre vagin, embrassez votre sexualité (Crédit photo : Paul Kohler/Flickr)

Des recherches révèlent aussi que cette pratique est surtout courante parmi les femmes issues des sociétés un peu plus traditionnelles et des zones périurbaines. Cependant, les femmes des zones plus urbanisées ne sont pas en reste, même si ces dernières ont plus recours à des gels et des injections qu’elles peuvent commander sur Internet, ou des interventions qu’elles peuvent solliciter auprès d’une clinique pendant la pause déjeuner.

WitsWomenClinic, dont la publicité affirme que les femmes pourront « retrouver leur DOUCEUR et se sentir SEXY », est l’un des prestataires de tels services. Selon son site Web, il dispose d’une clinique dans chacune des neuf provinces du pays et offre une série de produits pour le resserrement du vagin, dont des gels, des poudres, des injections, des crèmes, des comprimés, des savons, des huiles et des herbes. Selon la publicité dudit prestataire, il est scientifiquement prouvé que ces produits affichent des résultats dans les trois premiers jours ; et pour 450 rands, vous pouvez être reçu pour une consultation grâce à laquelle on vous aidera à trouver le produit qui vous convient le mieux.

Vous pouvez également vous rendre sur le Web pour trouver le produit idoine pour vous. Parmi les boutiques en ligne qui vend ces produits, il y a LoveCraft Store, basée à Johannesburg. Ces derniers ont refusé tout commentaire sur les ventes réalisées, mais ont quand même confirmé que les femmes sollicitent de tels produits et qu’il arrivait qu’elles ajoutent à leurs achats un « spray retardant » pour leurs hommes.

Du pourquoi des tentatives de modification

Quand les chercheurs ont demandé aux femmes pourquoi elles s’adonnent à cette pratique, ils ont reçu plusieurs réponses. Parmi les réponses les plus récurrentes, il y avait le désir d’améliorer l’expérience sexuelle à travers les sensations provoquées lorsque le vagin est sec, resserré ou réchauffé ; le nettoyage du vagin avant ou après les rapports sexuels ; le traitement ou la prévention des IST ; le rajeunissement ou le resserrement du vagin après un accouchement ; ou encore le désir de satisfaire leurs partenaires.

Nombre des femmes qui avaient déjà eu recours à ces pratiques ont indiqué qu’elles avaient peur de ce que pourraient penser leurs partenaires si elles avaient un vagin « trop mouillé » ou« trop large ». Certaines ont déclaré qu’elles craignaient que ceux-ci pensent qu’elles souffrent d’une IST. D’autres craignaient que leurs partenaires les trouvent répugnantes ou pensent qu’elles sont de mœurs légères.

La Dre Tlaleng Mofokeng, un défenseur de la santé sexuelle, a relaté comment il lui était arrivé d’aider une femme à extraire du vagin de cette dernière une gousse d’ail qui était remontée si loin dans l’orifice qu’elle était hors de portée. La plupart des femmes adeptes de ces pratiques qu’elle a eu à traiter commencent toujours leurs propos avec la phrase « Mon partenaire dit que… » ou encore « Mon partenaire pense que… ».

« Il s’agit ici d’une indication forte du manque de connaissances en ce qui concerne nos vagins et aussi l’importance de notre propre plaisir ». Selon laDre Mofokeng, cette situation s’explique par le fait que, « quand une femme à des connaissances qui portent sur son vagin, ses préférences sexuelles ou la santé génésique, on estime qu’elle “en sait beaucoup trop” ».

Vaginal Shrink Cream (crème pour resserrement du vagin), un des produits souvent commercialisés à l’intention des femmes. La documentation du produit contient la présentation suivante : faites rajeunir votre vagin. Avec la crème pour resserrement du vagin 18 Again, vous vous sentirez plus jeune et plus sexy tout en augmentant votre plaisir et celui de votre partenaire. Pour un enveloppement parfait, utilisez 18 Again. Crédit photo : Twitter

Les femmes que l’on perçoit comme «trop mouillées» ou « trop larges» risquent de se voir accusées d’infidélité par leurs partenaires, situation qui peut entrainer des conséquences sociales, voire de la violence physique. Le Dr Mofokeng explique qu’il y a là un lien avec des conceptions liées «au corps, au pouvoir, au contrôle et à la question du droit au plaisir sexuel» : «La femme doit juste rester couchée là comme une statuette, même si vous avez envie d’essayer des choses nouvelles».

Les effets sur le long terme

«Lorsque vous utilisez ces produits [pour resserrement du vagin], vous devez utiliser un lubrifiant,mais ça, ils ne vous le diront jamais», affirme le Dr Mofokeng.

Utiliser ces produits sans lubrifiant peut provoquer des micro déchirures dans le vagin dues à la chaleur et à la friction, ce qui expose la femme à des IST ou au muguet vaginal. De plus, ces déchirures sont susceptibles de laisser de minuscules cicatrices qui peuvent vous empêcher de mouiller à l’avenir.

« Vous ne savez rien de ce que ces préparations auront fait aux parois du vagin au bout de cinq ans d’utilisation », signale le Dr Mofokeng.

Si les femmes décidaient volontairement qu’elles préfèrent avoir un clitoris sec pendant le coït ou un vagin aussi étroit qu’on y réfléchirait par deux fois avant d’y insérer ne serait-ce qu’un tampon, il n’y aurait aucun problème. Cependant, la décision d’altérer son vagin à des fins sexuelles repose souvent sur des conceptions sociétales qui sont parfois renforcées par les partenaires sexuels, la plupart desquels n’ont d’ailleurs pas de vagin.

Provoquer l’assèchement ou le resserrement de son vagin résulte souvent de l’envie de faire plaisir à son partenaire sexuel sans prendre en considération ses propres besoins et désirs sexuels. Ces pratiques, en plus d’émousser l’expérience sexuelle de la femme, mettent en danger leur santé. En fin de compte, l’enjeu ici c’est l’exercice d’un pouvoir de contrôle sur le corps des femmes, et partant leur plaisir.