« La frontière terrestre entre les deux États qui n’était ouverte que pendant une durée limitée de jour et de nuit sera rouverte, à compter de ce jour (31 juillet), en permanence (24h/24) pour faciliter la libre circulation des personnes et les échanges entre nos deux États », lit-on dans le communiqué ministériel. Cette annonce est la suite de la visite officielle du président ghanéen les 3 et 4 mai derniers effectuée au Togo. Elle est surtout la conséquence de la 4ème commission mixte Togo-Ghana tenue les 25 et 27 juillet 2017 à Accra. En effet, le poste de frontière de Kodjoviakopé est désormais ouvert 24h/24.

Le vendredi 04 août 2017 à 05 heures du matin ce n’était pas encore la grande affluence. Les deux grands postes douaniers prennent timidement les nouvelles habitudes, mais déjà des voyageurs les traversent. Un calme règne des deux côtés de la frontière à part les chauffeurs de bus ou de taxis-motos qui les hélaient. Vue de loin, la traversée paraît tranquille. Mais la réalité est tout autre. Le temps des rackets n’est pas encore révolu. Il a encore de beaux jours devant de jour comme de nuit.

Les habitudes ont la vie dure

« Qu’est-ce que vous faites lorsque les voyageurs n’ont pas de papier ? ». C’était la question posée par Faure Gnassingbé (l’actuel président de la CEDEAO)  à un officier lors de sa visite surprise au poste-frontière de Kodjoviakopé. « Nous, nous faisons un travail de fond. Nous sensibilisons nos agents. Nous les sanctionnons, même lorsque les gens nous informent que c’est comme ça, qu’ils ont été victimes de racket », lui avait répondu l’officier. Mais deux jeunes béninois qui revenaient de la Côte d’Ivoire le matin du vendredi 04 août ont fait l’amère expérience. Ils ont été dépouillés malgré leur passeport et leur carnet de vaccination à jour. « Ah ! Ce sont nos voisins de l’est », s’est exprimé un agent (une dame) qui passe au peigne fin les papiers des voyageurs au dernier poste de contrôle situé au Togo, à la vue des passeports. Pourtant, cette amabilité ne l’a pas empêché de racketter ses voisins béninois. Dépité et furieux, les deux jeunes ont rouspété contre cette pratique qui va à l’encontre des dispositions de l’espace communautaire sous-régional.

Ces deux voyageurs béninois n’étaient que deux victimes du système de rackets érigé des deux côtés de la frontière. En effet le 04 août dernier, rien n’a changé après le passage du chef de l’Etat togolais et les vœux qu’il a exprimés avec Nana Akudo-Addo lors de l’ouverture permanente du poste de contrôle de Kodjoviakopé sont resté pieux. Des milliers d’usagers qui traversent la frontière chaque jour continuent d’être rackettés. La scène du vendredi 04 août en est la parfaite illustration. En venant du Ghana, les voyageurs formaient à l’entrée du premier check-point une file indienne.

Cela apparaissait comme une simple vérification des pièces d’identité. Mais en réalité les papiers seuls ne suffisaient pas. Le seul sésame était l’argent que les passants étaient obligés de payer aux douaniers ghanéens. Le second poste de contrôle est détenu par les officiers togolais où les passants sont orientés selon leurs apparences de voyageurs. Ceux qui ne présentaient pas cet aspect n’y entraient pas. Ils  empruntaient le passage à piéton mais n’étaient pas à l’abri des rackets qui n’épargnaient pas non plus ceux de l’intérieur malgré la vérification et l’enregistrement de leurs pièces. Après cette seconde étape, le dernier poste de contrôle à franchir est tout aussi racketteur comme les deux premiers.

La traversée des deux frontières de jour comme de nuit  se révèle très difficile à franchir pour les voyageurs à cause de la corruption installée par les agents des douanes. On est loin de l’euphorie qui a suivi l’annonce de l’ouverture 24h/24 du poste frontière de Kodjoviakopé. Le racket se porte toujours bien. « C’est un problème constant. Nous savons ce que la réalité est exactement et nous connaissons les plaintes des populations », avait déclaré le chef de l’Etat togolais lorsqu’il quittait la frontière. En attendant l’effectivité de la libre circulation des personnes et des biens, la corruption a de beaux jours devant elle.

Poste de frontière de Kodjoviakopé, une histoire de fermeture-ouverture

La frontière du Ghana avec le Togo

Il y a quelques années, les relations entre les deux pays voisins n’étaient pas chaleureuses. L’ancien président togolais Gnassingbé Eyadéma accusait son homologue ghanéen Jerry John Rawlings d’abriter une poche d’opposants qui visait à le déstabiliser. L’attaque du 23 septembre 1986 et les fréquents assauts des années 90 contre le régime du Général Eyadéma ont décidé ce dernier à ordonner la fermeture de la frontière à partir de 22 heures et à ériger des fils de barbelés le long des petites frontières (beats). Au fil des ans, les deux chefs d’Etat ont fini par allumer le calumet de la paix. Mais cela n’a pas pour autant permis l’ouverture permanente du poste de frontière de Kodjoviakopé. Il a fallu le 31 juillet dernier pour que les voyageurs de nuit soient soulagés.