La performance sexuelle est le test décisif en matière de virilité, surtout chez les hommes nigérians, et la « gaule du matin » est propre à rassurer son homme. L’érection matinale constitue sans doute ici l’indicateur le plus important de l’absence de dysfonction érectile chez l’homme. Par conséquent, ils sont nombreux les hommes qui s’inquiètent lorsqu’ils remarquent qu’ils n’ont pas la « gaule du matin ». Par ailleurs, certains médicaments psychotropes (comme le Sobotone) peuvent induire des problèmes d’érection et il arrive donc que les patients masculins cessent de prendre de tels remèdes.

Dans le sud-ouest du Nigéria (à Lagos en particulier), il existe plusieurs mythes qui servent à expliquer l’érection masculine, ou encore l’absence de celle-ci. De ce fait, on entend souvent dire qu’une consommation excessive de sucre, le mal de dos (qui survient en général lorsqu’on reste assis trop longtemps ou que l’on conduit sur une longue distance) et l’excès de malbouffe –qui sont tous des importations d’un mode de vie occidental –constituent les principales causes de la dysfonction érectile et d’une piètre performance sexuelle chez les hommes. On croit également que la consommation de friandises peut provoquer chez les femmes des désagréments tels que des douleurs menstruelles, des règles noires et une baisse de libido.

C’est ici qu’interviennent les vendeurs de décoctions qui sillonnent les rues de Lagos à pied, leurs marchandises sur la tête. Ils n’ont guère besoin de se présenter et encore moins de présenter leurs produits. Ils sont populaires et leurs produits sont grandement consommés par les membres de leurs communautés, et surtout par des artisans tels que les tailleurs, les coiffeurs, les commerçants, les conducteurs, les mécaniciens et les maçons, et même occasionnellement par des hommes de classe moyenne. Ces colporteurs de plantes médicinales s’enorgueillissent de gérer une pharmacopée locale et ambulante capable de guérir divers maux, d’une érection molle aux hémorroïdes, en passant par la stérilité.

Le Sobotone et l’Alé, quelle différence ?

En 2016, le site BattaBox a réalisé une émission exclusive devenue virale. Ladite émission était consacrée à Madame Sobotone, une vendeuse de décoctions aphrodisiaques. Le plus amusant dans cet entretien c’est la façon dont la dame parle en langue yoruba des parties génitales sans perdre contenance. Ses avis sur l’acte sexuel sont d’ailleurs très drôles : elle affirme par exemple que le pénis sert de « laverie » au vagin. Les onomatopées qui marquent les noms qu’elle donne à ses plantes médicinales sont très descriptives (par exemple, « Pokiriyon » pour un élixir contre l’éjaculation précoce, et « Mawoboniran » et « Sobotone » pour deux décoctions destinées à la stimulation de l’érection). On compte aussi parmi ses produits, Magnet (qui se traduit par aimant), Adodun, Finger Hay et Olioli pour les femmes qui voudraient améliorer leurs expériences sexuelles et devenir irrésistibles aux yeux de leurs partenaires.

Ces colporteurs de plantes médicinales s’enorgueillissent de gérer une pharmacopée locale et ambulante capable de guérir divers maux, d’une érection molle aux hémorroïdes, en passant par la stérilité.

Avant de leur offrir ses produits, Madame Sobotone écoute les plaintes de ses clients. Ensuite, elle concocte un cocktail à base de son éventail de plantes médicinales mises en bouteille et délivre l’élixir à l’acheteur. Ces plantes médicinales sont souvent amères, mais, pour le consommateur, entre un arrière-goût amer temporaire et une partie de jambes en l’air ratée ou une érection molle, le choix ne se pose pas. Madame Sobotone exploite ce savoir-faire depuis 10 ans déjà, savoir-faire qu’elle a acquis de sa grand-mère et qu’elle a rebaptisé afin d’attirer l’attention. Elle admet qu’il n’existe pas de grande différence entre ses décoctions et celles qui existent sur le marché comme l’Alé, l’Afato, l’Opa Eyin et l’Agbo Jedi, des décoctions à base d’eau ou d’alcool et très populaires dans le sud-ouest du Nigéria.

Les bienfaits par opposition aux risques

Les plantes médicinales locales sont largement utilisées au Nigéria et les tradipraticiens jouissent d’un énorme succès. Contrairement aux médicaments orthodoxes, la publicité des médicaments traditionnels auprès du grand public ne souffre d’aucune restriction, et ces praticiens diffusent des annonces à grande échelle grâce à des publicités radio, des actions de proximité et des foires commerciales.

En fait, les médicaments traditionnels sont facilement disponibles et moins chers : ils coûtent moins d’un dollar. En outre, nul besoin de consulter un médecin afin d’obtenir une ordonnance. Pour les consommateurs, ces facteurs de coût viennent s’ajouter à un sentiment de fierté et d’identité, car ces produits proviennent de la civilisation ancienne de leurs ancêtres, qui est antérieure à l’arrivée des maîtres coloniaux et à l’adhésion généralisée à la façon de faire de ces derniers. Les consommateurs affirment également que ces plantes médicinales locales fonctionnent. Cependant, nombre de ces plantes provoquent la diarrhée, souvent interprétée comme une indication de l’élimination des impuretés du corps.

Nombre de ces plantes provoquent la diarrhée, souvent interprétée comme une indication de l’élimination des impuretés du corps

L’avis du médecin

Certains des consommateurs de ces remèdes traditionnels témoignent de leur efficacité. Malheureusement, la preuve anecdotique occupe le dernier rang dans la hiérarchie des preuves scientifiques. Les ingrédients exacts de ces décoctions ne sont pas connus et les quantités requises pour une réponse objective ne sont pas disponibles. De plus, l’impact à court et à long terme de ces décoctions sur le corps demeure un mystère. Cependant, plusieurs études scientifiques menées au Nigéria ont établi un lien entre l’utilisation des remèdes à base de plantes et les insuffisances hépatique et rénale.

Davantage de recherches scientifiques sur ces plantes sont de mise afin d’explorer leurs effets, tant bénéfiques que nocifs, mais de telles études nécessiteront un effort de collaboration tant de la part des scientifiques que des vendeurs des plantes médicinales. Pour l’instant, la médecine orthodoxe et les plantes locales existent chacune dans son propre espace, chacune vantant ses capacités. De toute évidence, pour l’heure, les voix qui portent le plus sont celles des vendeurs de plantes médicinales locales.