Un samedi estival à Brazzaville, capitale de la République du Congo. Le soleil se couche lentement sur un ciel sans  nuages. Sur l’avenue André Matsoua, du nom d’un célèbre résistant pendant l’ère coloniale, à Bacongo dans le deuxième arrondissement de Brazzaville, à l’intersection l’espace Degui, un carrefour  de plusieurs bars, les sapeurs arrivent un à un, l’air endimanché. Tirés à quatre épingles, ils ont enfilé chacun à sa manière un costume, une chemise, une cravate made in Italie, in France… tels Kenzo, Jean Marc Weston ou encore John Foster pour ne citer que ces marques.

Ici, généralement, le week-end commence dès vendredi. Les sapeurs viennent exhiber leurs looks bien souvent extravagants. « Nous n’avons pas que des sapeurs de Bacongo, d’autres viennent de Ouenze et Talangai, deux quartiers situés très loin de Bacongo », explique Seven, un DJ de 31 ans qui anime dans un bar du coin depuis 7 ans.

« La sape va avec le corps, on a un beau corps, quand on est élégant, l’aristocratie des couleurs et des marques. Là, je suis habillé en Costume Hermés, J’ai des lunettes Hermès, une paire de chausse à lacets Weston, des fils d’écosse noires« 

« La sape est une vieille habitude. Certains Congolais d’un âge donné ont fait leurs premiers pas à l’auberge de la jeunesse depuis 1965 », témoigne Alex, un sapeur, la soixantaine révolue. Ici à Degui, nous voyons présentement beaucoup des sapeurs parce qu’il y en a qui sont venus de France passer leurs vacances au pays et parfois célébrer leurs mariages coutumiers. Face à eux, il y a les Brazzavillois qui ne veulent pas leur céder la place. Du coup, ça fait de la concurrence d’exhibition d’habits, ce qui est bien car le tout se passe sans heurts, ajoute encore Alex.

Un groupe de sapeur à l'espace Degui à Brazzaville
Un groupe de sapeur à l’espace Degui à Brazzaville

« Je réside en Europe et suis ici pour les vacances, raconte Tansy Tangou. On est là chez Degui pour les retrouvailles de tous les sapeurs. On vient ici pour exhiber nos vêtementsLa sape va avec le corps, on a un beau corps, quand on est élégant, l’aristocratie des couleurs et des marques. Là, je suis habillé en Costume Hermés, J’ai des lunettes Hermès, une paire de chausse à lacets Weston, des fils d’écosse noires, donc voilà, là où je suis là, c’est moi qui contrôle tout », ajoute Tansy. « Un ambianceur, c’est celui qui est dans tout : manifestations diverses, partout et bien habillé », conclut-il.

Pour Déo qui vient de Paris et qui affirme ne pas être sapeur mais aime s’habiller plus par plaisir personnel que pour impressionner les autres. La sape vient de l’Europe, et le congolais de Brazzaville a donné une nouvelle dimension à ce système.

Le blanc a créé la tenue, et le congolais a propagé ce système. Aujourd’hui, c’est le Congo-Brazzaville qui est le berceau de la sape. Comme l’Afrique est le berceau de l’humanité, et bien le Congo-Brazzaville est le berceau de la sape 

Pour lui, toutes les tenues ramenées de Paris resteront au pays auprès des amis et cela est ainsi à chaque fois qu’il revient au pays pour les vacances.

A l’espace Degui, la musique venue de l’autre côté du fleuve, à Kinshasa, capitale de la République Démocratique du Congo, domine. Toutes les quatre ou cinq minutes, on peut écouter Fally Ipupa, Koffi Olomidé, Ferré Gola, JB Mpiana, ou encore Werra Son, des artistes musiciens célèbres dans les deux Congo. Par intermittence, on écoute Rapha BOUNDZEKI, un musicien brazzavillois disparu en 2008 longtemps présenté comme un sapeur.

Avant Degui, les sapeurs se retrouvaient  il y a encore quelques temps, au bar de la Main Bleue, un débarcadère en aval du Beach fluvial de Brazzaville.

« La main bleue est un espace fermé. Les sapeurs aiment les milieux ouverts où ils regardent tout le monde et sont sûrs que tout le monde les regarde », raconte Rock Mbandza, 34 ans, un habitué des milieux. De notoriété publique, la SAPE, (la Societé des Ambianceurs et des Personnes Elégantes) a fait son apparition avec l’arrivée du colonisateur dans les années 1880.

Le plus important est de savoir bien marier les couleurs. Peut devenir sapeur toute personne quelle que soit sa classe sociale, même dans le gouvernement du pays, vous trouverez des sapeurs. Je ne pourrais jamais me débarrasser de la sape, je le serai jusqu’à mon dernier souffle

« Le blanc a créé la tenue, et le congolais a propagé ce système. Aujourd’hui, c’est le Congo-Brazzaville qui est le berceau de la sape. Comme l’Afrique est le berceau de l’humanité, et bien le Congo-Brazzaville est le berceau de la sape », s’amusent à raconter les sapeurs congolais.

La crise économique que subit que le Congo semble ne pas toucher les sapeurs. Ces deniers sont prêts à faire tout boulot pour s’acheter des tenues.

Samérix, dit  Américain de Brazzaville est un sapeur vivant à Brazzaville. Selon lui, Il existe plusieurs sortes de sapeurs, ceux qui vont emprunter les habits et ceux qui achètent leurs habits.

« Je suis de ceux qui se battent, je suis chauffeur poids lourd de carrière, et je me bats pour bien m’habiller et associer les couleurs dans mes tenues », confie-t-il.

« Là, je suis habillé en Cerruti 1891, lacets JM Weston, Giorgio Armani pour la ceinture. Toutes les  marques de renom sont intéressantes dans la sape. Le plus important est de savoir bien marier les couleurs. Peut devenir sapeur toute personne quelle que soit sa classe sociale, même dans le gouvernement du pays, vous trouverez des sapeurs. Je ne pourrais jamais me débarrasser de la sape, je le serais jusqu’à mon dernier souffle », affirme-t-il.