Le Togo retient son souffle à la veille d’un samedi périlleux. Plusieurs manifestations sont prévues simultanément à Lomé, dans plusieurs autres préfectures et dans la diaspora. Le Parti national Panafricain (PNP) de Tikpi Atchadam entend mettre la pression sur le pouvoir afin de l’amener à rétablir la Constitution de 1992 qui prévoyait, entre autres, la limitation de mandat présidentiel à deux.

Cette constitution, votée massivement lors d’un référendum en 1992, a été modifiée dix ans plus tard, en 2002, par le régime au pouvoir, qui a profité de l’absence de l’opposition à l’Assemblée pour sauter le verrou de la limitation des mandats. Gnassingbé Eyadema qui était au pouvoir depuis 1967, avait pourtant donné sa « parole de militaire » de quitter le pouvoir en 2003, soit à la fin d’un énième mandat à la tête du Togo. Seulement Avec la modification un an plus tôt de la constitution par une Assemblée totalement acquise à lui, il s’est de nouveau présenté à l’élection présidentielle de 2003. Il a été, sans surprise, déclaré gagnant, à l’issue d’une élection contestée par l’opposition.

Ce énième mandat, sera celui de trop. Il n’en jouira que deux ans. Début février 2005, Gnassingbé Eyadèma meurt au pouvoir. Son fils Faure, reprend le pouvoir, dans la violence. Les Nations Unies ont dénombré au moins 500 morts dans les violences consécutives à son élection contestée. Sous la pression, Faure Gnassingbé s’engage, en 2006, dans un Accord Politique Global (APG) à opérer une série de réformes constitutionnelles et institutionnelles (y compris un retour à la limitation de mandat) pour favoriser l’ouverture démocratique et l’alternance au pouvoir. Plus de dix ans après, rien n’y fit. Au contraire, en 2015, il s’oppose, en compagnie de la Gambie de Yaya Jammeh, à un projet de réformes au niveau des pays de la Communauté Economique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) qui devrait intégrer la limitation des mandats à deux dans la zone.

D'anciennes manifestations à Lomé
D’anciennes manifestations à Lomé

En 2017, les Gnassingbé, du père au fils, ont bouclé un demi-siècle de pouvoir sans partage à la tête du Togo. Toutes les institutions sont caporalisées dans ce pays tenu par la peur et une forte influence militaire. Et il ne fait désormais plus l’ombre d’aucun doute que Faure Gnassingbé n’est pas près de quitter le pouvoir. Et son règne se présente comme une aventure sans fin, lui qui, à 50 ans, est déjà le doyen des présidents de toute l’Afrique de l’Ouest.

Le Togo c’est aussi 30 ans sans élections locales, et les municipalités sont gérées depuis autant d’années par des membres de parti ou coalition au pouvoir.

C’est pour le contraindre à quitter le pouvoir que l’opposition multiplie les meetings et manifestations dans le pays. Après une marche le 03 août dernier organisée par la coalition portée par le parti leader de l’opposition, l’Alliance nationale pour le Changement, le Parti national panafricain de Tikpi Atchadam aussi a annoncé une série de manifestation dans le pays. L’ampleur que ce parti entend donner à ses manifestations inquiète le pouvoir. Le ministre de l’Administration territoriale et son collègue de la sécurité ont organisé jeudi 17 août à Lomé une conférence de presse pour exiger que les organisateurs se plient à des itinéraires à eux fixés par le gouvernement, soupçonnant qu’ils veuillent « bloquer le pays jusqu’au départ du président ». Inacceptable pour ces deux ministres. Yark Damehame, tristement célèbre ministre de la sécurité, a particulièrement tenu des propos que certains ont qualifiés d’« outranciers ». Ce colonel de gendarmerie est allé jusqu’à prévenir que si des coups de feu sont tirés par des manifestants, ses éléments vont répliquer « proprement ». Et pourtant, jamais manifestants de l’opposition n’ont fait usage d’armes à feu au Togo, quoi qu’en face, il est de notoriété publique que les répressions sont souvent sanglantes et meutrières.

A la suite des interventions des membres du gouvernement, les Tikpi Atchadam et les siens ont réitéré leur volonté de suivre leurs trajets initiaux, rassurant qu’il s’agira bien de manifestations « pacifiques » et « non-violentes ».

Y aura-t-il des échanges de tir au Togo ce samedi? Peut-être pas. Cependant il n’est pas exclut que cela serve d’argument pour un éventuelle répression particulièrement violente des manifestations.