Avec une trentaine d’autres jeunes innovateurs, Inoussa Maïga a été classé parmi « les 35 jeunes qui font bouger l’espace francophone en 2017 ». Interview.

Comment vous est venue l’idée d’Agribusiness TV ?

Inoussa Maïga:  Nous étions tous deux blogueurs, écrivant sur l’agriculture, avant même de nous connaitre. Moi avec une formation en journalisme et Nawsheen diplômée en vulgarisation agricole. Nous avions en commun une passion pour les questions de TIC, des jeunes et l’agriculture. Ayant pris conscience du  problème d’image dont souffre l’agriculture en Afrique, nous avons progressivement développé le concept d’Agribusiness TV. Entre temps les choses se sont accéléré lorsqu’on a obtenu une subvention du Centre Technique de Coopération Agricole et Rural (CTA-UE) basé Pays-Bas. Cette subvention nous a permis de finaliser le concept, de développer les plateformes (site web et applications mobiles) et de lancer la production des contenus dans quatre pays. Le concept était clairement d’utiliser la vidéo, produite avec toute la rigueur professionnelle, pour montrer les succès de jeunes africains dans l’agriculture, mettre en valeur les nouvelles applications des métiers d’agriculture sur le continent.

D’où vient votre intérêt pour l’agriculture ?

Inoussa Maïga:  Moi je viens d’une famille d’agropasteurs. Ce qui fait que j’ai toujours été en contact avec monde agricole. Et lorsque j’ai commencé à travailler comme journaliste, j’ai toute de suite préféré les sujets sur l’agriculture, parce qu’à chaque fois que j’écrivais, j’avais ce sentiment d’être utile au plus grand nombre, partant du fait que ce secteur occupe plus de 80% de la population de mon pays.

Quel est l’état de l’agriculture au Burkina Faso et dans les autres pays que vous couvrez ?

Inoussa Maiga. Source: Archives

Inoussa Maïga  Les faits sur la base desquels nous travaillons sont de trois ordres. En premier lieu, de nombreux jeunes africains ne sont pas intéressés à l’agriculture du fait de sa mauvaise image, ils ne voient pas ça comme une option de carrière, alors qu’il y a beaucoup d’opportunités. En deuxième lieu, alors que dans la plupart de nos pays la grande majorité de la population, parfois plus de 70% a moins de 30 ans, l’âge moyen des agriculteurs aujourd’hui en Afrique dépasse 50 ans. Ce qui veut que nous avons une minorité de personnes âgées, qui produit pour nourrir une majorité de jeunes confrontés au chômage et au sous-emploi. En troisième lieu, c’est le fait que l’agriculture africaine a besoin de sa jeunesse pour prendre le relai d’une génération d’agriculteurs vieillissants, mais aussi apporter des innovations pour se moderniser. Aujourd’hui les jeunes, de plus en plus instruits et ouverts au monde ont un meilleur accès aux technologies, aux innovations, aux connaissances, qui, appliquées à l’agriculture, peuvent accélérer la transformation de ce secteur, le rendre plus cool.

Qu’est-ce que les agriculteurs bénéficient d’Agribusiness TV ?

Inoussa Maïga: Ce que nous faisons, ce sont des reportages vidéo, de 4-9 minutes, sur de jeunes qui ont un parcours réussi dans l’entrepreneuriat agricole. Ce ne sont pas tous des agriculteurs, mais des entrepreneurs agricoles. Parce qu’aujourd’hui, les opportunités dans l’agriculture touchent tellement de domaines de compétences, ça va au-delà du fait d’être dans un champ pour produire. C’est cette image que nous voulons montrer aux jeunes

Ils bénéficient de visibilité. Et c’est aussi comme une forme de reconnaissance de leur mérite. En tant que media, je pense qu’on ne peut pas prétendre faire plus que ça.

Quelle est la clé de la réussite chez les entrepreneurs agricoles ?

Inoussa Maïga: Le constat que je fais, c’est que ce sont d’abord tous des jeunes femmes et jeunes hommes résolument optimistes. Ils croient fermement à ce qu’ils font, à la vie qu’ils ont choisie, parce que c’est un choix nécessite tout un mode vie. Et comme l’optimisme est contagieux, nous avons aussi gagné en optimisme en travaillant sur leurs histoires.

Ce sont aussi presque tous des gens qui sont partis de leur passion, de choses qu’ils aiment, pour réussir à les transformer en des business plus ou moins florissants.

Un journaliste d’Agribusiness TV avec un entrepreneur agricole. Source: Archives

Et pour la plupart, ils n’ont pas attendu d’avoir de gros financement, ils sont partis de leurs propres moyens, des moyens de bord. Il y en a qui ont osé quitter des emplois bien payés pour poursuivre ce rêve de devenir entrepreneur agricole. Beaucoup d’autres aussi ont dû tenir tête à la réticence de leurs proches qui pensent souvent qu’ils méritent mieux que ça, aux moqueries de l’entourage, qui voyaient en leur engagement la preuve de leur échec.

Je pense que tout cela réuni, conjugué à la vision dont chacun fait montre, explique grandement le succès de ces jeunes entrepreneurs que nous avons eu le plaisir de faire découvrir ou faire connaitre davantage.