Selon le ministère  gabonais de l’Agriculture et du Développement  rural, « actuellement le secteur agricole emploie environ 95 % de la population gabonaise, bien qu’il ne contribue qu’à 5 % du Produit  intérieur  brut (PIB). Les cultures vivrières sont les productions principales au Gabon. Le pourcentage de terres agricoles non cultivées est de plus de 20 millions d’hectares, d’où le potentiel réel pour de nouvelles cultures et une répartition équitable ».

Si les cultures vivrières au Gabon sont constituées principalement de manioc, de la banane plantain, de l’arachide, du Taro, de l’igname, de la patate douce et du maïs, leur  production n’a jamais atteint  le développement escompté pour  satisfaire en totalité les besoins locaux,  malgré un climat favorable pour  l’agriculture,  pratiquement semblable  que celui des pays voisins, plus actifs dans  le secteur agricole. Ainsi,  la  plupart des produits  agricoles  proviennent de l’étranger.

« L’objectif du gouvernement est de porter la contribution de l’agriculture à 20 % du PIB », selon le chef de l’Etat Ali Bongo Ondimba qui a inscrit la  sécurité alimentaire au cœur de  son projet de  campagne électorale  en 2009 et  intitulé « Gabon  vert »,   un programme destiné à conduire le Gabon à l’Emergence. « Cette ambition oblige  donc le  département de l’agriculture à revisiter les stratégies et à concevoir de nouveaux objectifs pour faire avancer le Gabon »,  a-t-il  vanté.

La  demande en manioc est là et l’engouement des agriculteurs  du  canton Kayié  n’est pas en reste 

« La  demande en manioc est là et l’engouement des agriculteurs  du canton Kayié  n’est pas en reste »,  déclare  Alexis  Ndouna. Ainsi, loin  d’attendre les  promesses du  gouvernement,  sa  coopérative,  établie dans  un  village en  voie de disparition,  a fait  renaitre l’agriculture. La Coopérative agricole  de Kayié  (Coopak) du village Kabaga-Bayi, qui était en  voie de  disparition, a regroupé plusieurs agriculteurs locaux pour animer un projet industriel innovant  de  culture  biologique du manioc  qui  s’étendra sur  plus de  5000 hectares cultivables,  dans  le Sud-Est du Gabon.  Depuis, l’espoir renait grâce à une agriculture durable nécessitant que les acteurs se concentrent au cœur de leur métier qu’est la production agricole. Le fonctionnement de la Coopak s’adosse sur  l’économie sociale et solidaire. « Unir les forces et chercher l’aide de  nouveaux partenaires à travers une assistance technique novatrice, le conseil et  l’implication des bailleurs de fonds, c’est ce que  nous  souhaitons », nous  confie  Alexis  Ndouna, le coordinateur  de ce projet durable qui aspire à trouver de nouvelles solutions à travers sa  vision  globale.

Responsable de la Coopak, Ndouna
Responsable de la Coopak, Ndouna

650 personnes  impliquées  en permanence dans la  culture du manioc

La Coopak s’efforce de générer de la  prospérité économique, de  contribuer  à la protection sociale et de mener une gestion durable de l’environnement. Ceci, pour assurer la  création des valeurs réelles pour tous, sur le long-terme. C’est aussi un outil d’intégration et un  réservoir d’emplois qui limite l’exode des  villageois vers les  grandes  villes. A travers les activités agricoles, ce sont au minimum 650 personnes qui cultivent le manioc en permanence,  un aliment essentiel dans la chaine alimentaire de bon nombre d’Africains. La Coopak produit, outre  le manioc,  le  cacao, le café, l’igname,  l’ananas, les arbres  fruitiers, etc.  « La  coopérative est fondée sur une croissance  responsable en matière de  développement durable. Sa démarche est également d’exercer son métier de gestionnaire de la chaîne d’approvisionnement intégrée et transformateur de produits agricoles, d’ingrédients alimentaires et  produits alimentaires de manière responsable envers l’environnement et les  communautés locales », affirme Ndouna.

Sur les  marchés locaux, le bâton de manioc est vendu entre 700 et 1000 francs CFA selon  que l’on soit dans la capitale, Libreville ou en province. La production industrielle du manioc  issue de la coopérative pourrait  ramener le prix  entre 300 et 400 francs CFA.

« L’objectif  de la  coopérative  est  de  limiter  les  importations de certains  produits agricoles. Avec  l’ambition d’exporter dans  la sous-région  d’Afrique Centrale, dans un premier temps »

La  marche  vers  l’autosuffisance alimentaire est encore  longue

Le volume des  importations alimentaires  gabonaises s’élèvent de nos  jours  à plus de 300 milliards de francs CFA par an. « L’objectif  de la  coopérative  est  de  limiter  les  importations de certains  produits agricoles. Avec  l’ambition d’exporter dans  la sous-région  d’Afrique Centrale, dans un premier temps »,  déclare  Ndouna.  Si la  phase de  transport des  récoltes vers les villes est vue au Sud-Est du Gabon comme la plus importante à optimiser, la  route pour l’écoulement des  récoltes vers les grands  centres  urbains est  une  nécessité.

Le manioc est une plante vivrière rustique que l’on trouve au Gabon dans la zone tropicale humide. C’est une plante à racine et tubercule amylacé dont l’Afrique est le plus gros producteur avec plus de 110 millions de tonnes. La quasi-totalité de la production Africaine est consommée localement : c’est donc une culture de subsistance. Le manioc est  un produit stratégique dans la lutte contre l’insécurité alimentaire en Afrique. Les nombreux produits dérivés du manioc à savoir la farine, les cosettes, le gari, l’atiéké, les granulés, le tapioca… témoignent de son importance.

 Le but de la Coopak est de vulgariser les techniques culturales de cette racine importante afin de booster sa production. Le manioc se développe bien sur les sols argilo-sableux, profonds, souples et riches en matières organique. La récolte se fait en saison sèche, 12 à 20 mois après la plantation. Les tiges sont conservées horizontalement ou verticalement dans un endroit ombragé et aéré. Quant aux racines tubérisées récoltées, on peut les conserver à l’intérieur de tranchées sous un hangar.