TIA : Monsieur Lucien Mulikuza, qu’est-ce qui vous a inspiré la création de Progrès Hebdo, à votre âge ?

Lucien Mulikuza : Je finissais le premier cycle en journalisme, et je ne me plaisais pas de voir que dans la presse ce sont les seuls politiciens qui avaient le monopole. Des journaux étaient sous la coupe de tel ou tel autre politicien. Je voulais aller contre ce vent-là. Etant sans parti politique, sans ambition politique,  j’ai alors décidé de réunir quelques professionnels pour lancer le projet.

Progrès Hebdo fait premièrement penser au développement et pas forcement à l’actualité pure c’est cela votre ligne?

Lucien Mulikuza : C’était l’idée de base. Parler de ce qui marche au pays chaque semaine. Ne pas mettre en avant les échecs. Mais à la fin, ce qui ne va pas est au-delà de ce qui va. Plusieurs choses ne marchent pas au pays et il est impossible de ne pas en parler. Il faudrait être aveugle pour ne pas les voir. Normalement j’aurai pu changer de nom, mais comme on était déjà légalement inscrit comme journal et entreprise au nom de Progrès Hebdo, on a du garder le nom. En plus, même en signalant les choses qui ne vont pas au pays c’est aussi une façon d’aider qu’il y ait progrès, donc on est quand même dans cette logique d’une certaine manière.

Vous êtes au 75ième  numéro, et vous avez un an et huit mois. Comment évoluez-vous ? Avez-vous réussi à faire évoluer quelques situations ?

La Une du journal de Lucien Mulikuza
La Une du journal de Lucien Mulikuza

Lucien Mulikuza : Nous avons une assez bonne évolution, nous ambitionnions déjà d’avoir notre propre imprimerie, même si le projet a été finalement repoussé pour plus tard. Côté lectorat, nous produisons 2000 exemplaires  chaque semaine, nous les distribuons dans cinq provinces à part la capitale. Et nous livrons jusqu’au domicile nos journaux, pour un abonnement moyen de dix dollars américains par mois. La livraison à domicile, nous sommes les seuls à le faire. Parlant du contenu qui aurait pu influencer quelque chose. En février, nous avions un titre qui prédisait que le rassemblement de l’opposition allait se disloquer. Plusieurs medias de la capitale avaient repris cet article, et oui cela plaisait les gens de la majorité présidentielle et était pris comme un affront pour l’opposition. Mais pour nous c’était une analyse prédictive qui avait fini par se réaliser. Et depuis, il y a plusieurs journaux qu’on appelle ici « Presse noire », ils reprennent régulièrement nos titres.

Combien de personnes sont employés chez Progrès Hebdo, quel est votre revenu moyen mensuel et quelles sont les difficultés auxquelles vous faites face ?

Lucien Mulikuza : Par mois, nous faisons des entrées autour de 2500 dollars, donc le strict minimum qu’il nous faut. Et cela ne provient que de nos ventes ou des abonnés !  Nous ne prenons jamais l’argent de politiciens, qu’on appelle ici coupage. Notre personnel total est 12. Six ici dans la capitale et six dans les autres provinces.  Pour les difficultés, c’est surtout l’argent. Comme nous n’avons aucun soutien de politiciens, il nous faut produire pour espérer faire entrer de l’argent. Or toute production demande aussi de l’argent. Je suis jeune, je n’ai aucun autre boulot à part celui-là. Du coup, nous gérons les 2500 pour produire et assurer le paiement des agents, le moins payé touche près de 100 dollars américains, il ne travaille que 5 fois le mois. Il y a aussi des étiquettes qu’on nous donne au fil de temps. Vu qu’on essaie de rester le plus objectif possible, des fois nos analyses nous valent d’être qualifié de pro-gouvernemental dans un numéro, et de pro-opposition dans le prochain, avec des menaces qui vont avec.

Quelles sont les perspectives de Progrès Hebdo ?

Lucien Mulikuza : A court terme, nous avons la vision 12-17, donc d’ici décembre nous aurons déjà une présence dans 20 provinces avec de correspondant. Et le journal sera déjà de 20 pages ! A long terme nous comptons repenser notre projet d’avoir notre propre imprimerie. Dans le long-long terme nous pensons avoir des mini rédactions locales dans chaque ville.