Ecolo, humaniste, imaginatif, créatif, partisan du développement. Les qualificatifs ne manquent pas pour chanter les éloges de Diébédo Francis Kéré, cet architecte burkinabè de 51 ans aux talents incontestables.  Associant les communautés à ses projets, il concilie harmonieusement technologies, matériaux traditionnels et modernes pour inventer une architecture simple, élégante et vivante, adaptée aux réalités climatiques, avec l’humain au cœur de son œuvre architectural. Une approche unique.

Une ascension étincelante

Parti en Allemagne pour se former en menuiserie, Diébédo Francis Kéré se réoriente vers l’architecture après un brevet de charpentier. Il entre à la Technische Üniversität de Berlin, la capitale de la république fédérale d’Allemagne en 1999 comme étudiant. Il en ressort diplômé en 2004. En novembre de la même année, il est sacré lauréat du Prix Aga Khan, l’une des meilleures distinctions d’architecture, grâce à son projet de l’école primaire de Gando. Situé au centre-est du Burkina Faso, à plus de 200 km de Ouagadougou, c’est ce village qui l’a vu naître. Dès cet instant, sa carrière amorce son envol. Au fil des années, il multiplie imaginations et créations fertiles et collectionne les  prix : Global Award for Sustainable Architecture en 2009, BSI Swiss Architectural Award en 2010, Marcus Prize for Architecture et Regional Holcim Award Gold en 2011, Global Holcim Award Gold en 2012, prix commémoratif Arnold Brunner en 2017. Sa conviction est que sa nouvelle vocation contribuera au développement de son Burkina et de son Afrique. A coup sûr !

Ecole primaire de Gando (Burkina) dont l'architecture a permis à Francis Kéré de remporter le Prix Aga Khan en 2004
Ecole primaire de Gando (Burkina) dont l’architecture a permis à Francis Kéré de remporter le Prix Aga Khan en 2004 (Photo kere-architecture.com)

Un talent qui brise les frontières

Autant l’architecte germano-burkinabè séduit par la qualité et la dimension humaine de son art, autant le monde le courtise. Sa renommée internationale lui vaut d’être choisi pour réaliser le Campus de Kogelo dans l’ouest du Kenya, lieu de naissance du père du premier président afro-américain, Barack d’Obama. Le Campus de Kogelo est un projet de la Fondation Mama Sarah Obama, du nom de la grand-mère d’Obama, pour l’éducation des orphelins et l’autonomisation des familles pauvres. Son coût estimatif est de 12 millions de dollars soit 11,3 millions d’euros. Dans son Burkina natal, l’un des projets phare du jeune architecte est la construction du nouveau parlement, l’ancien ayant été détruit suite à l’insurrection populaire des 30 et 31 octobre 2014. C’est une pyramide à étages, semi-transparente. Au sommet, elle offre des places assises aux citoyens, à partir desquelles ceux-ci peuvent découvrir l’horizon à leurs pieds. L’édifice prévu pour sortir de terre est symbole de démocratie transparente, d’ouverture et d’égalité. Le Village Opera de Laongo, localité abritant le site de sculpture sur granite à quelques kilomètres de Ouagadougou, y porte aussi sa signature. De nombreuses autres réalisations sont à son actif à travers le monde. Au Mali, le Parc National de Bamako, l’un des sites touristiques le plus visité du pays, rayonne d’un nouveau visage grâce à son savoir-faire.

L’Europe, l’Asie et l’Amérique ne résistent pas à ses coups de crayon

Diébédo Francis Kéré est le tout premier architecte africain à qui Londres confie la réalisation du pavillon d’été 2017 de la Gallérie Serpentine. Ce pavillon provisoire du musée d’art contemporain de Kesington Gardens abrite les manifestations culturelles et pédagogiques de la galerie. Construit chaque année depuis l’an 2000, il doit permettre au public de sentir, toucher et vivre avec l’architecture sans recourir à des maquettes, dessins ou photos. Pour atteindre ce but, le natif de Gando s’est inspiré d’un arbre de son village, lieu de «rencontre » et de « vie ».

Plan du nouveau Palais de l'Assemblée nationale burkinabè
Plan du nouveau Palais de l’Assemblée nationale burkinabè (Photo kere-architecture.com)

Zhoushan, la capitale chinoise de la pêche, porte aussi ses empruntes. Il a en effet participé, aux côtés de son confrère chinois Wang Shu, à la transformation de la zone du bassin industriel de l’archipel en un district touristique et culturel. A Genève en Suisse, impossible de parler du Musée de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge International sans parler de Francis Kéré. En effet, avec « reconstruire le lien familial », le Germano-burkinabè a cosigné l’«aventure humanitaire», le nouvel espace d’exposition permanent dudit Musée, ouvert en 2012. A ses côtés, deux autres cosignataires: Gringo Cardia du Brésil qui a travaillé sur la « défense de la dignité humaine » et Shigeru Ban du Japon qui s’est attelé sur le sujet « limiter les risques naturels ». Au Yemen, il est connu pour avoir conçu des prototypes de bâtiments scolaires adaptés aux différentes régions climatiques.

De Franckfort à Bordeaux en passant par New York, ses idées drainent de nombreuses personnes sur les galeries d’exposition. L’homme, en plus de concevoir la création d’édifices, enseigne l’architecture et l’urbanisme à la Harvard Graduate School of Design aux Etats-Unis et à l’Académie d’architecture de Mendrisio, en Suisse.

On peut le dire, Francis Kéré ne peut être mieux représentant de l’architecture africaine. Véritable fierté continentale.