L’élection des Miss qui célèbre la beauté africaine fait florès sur le continent. La plupart des pays et même des ensembles sous régionaux sont tombés dans le culte d’Apollon en organisant des soirées de l’élection de la jeune fille dit-on la plus belle. Derrière ces grandes messes, la beauté cosmétique est très mise en exergue au détriment de la beauté naturelle africaine.

Déborah Bassuka réinvente le concept de la de beauté africaine

En 1999, à l’issue de l’élection de la plus belle fille du Togo, Déborah Bassuka est sacrée Miss Togo. Une belle récompense pour celle qui était jusqu’alors inconnue du grand public togolais puisque son élection n’a pas attisé des contestations comme c’est parfois le cas depuis que le Comité national Miss Togo organise la finale de ce concours.

A la fin son mandat, Déborah Bassuka s’est installée en France où elle a créé, en 2016, l’association Miss Togo Diaspora (MTD) qui organise un concours de la beauté. Elle pilote le Comité d’organisation à travers lequel elle développe une autre approche sur ce qui doit constituer, selon elle, la beauté africaine : la beauté naturelle.

« Une femme peut être belle naturellement et éviter de représenter cette stéréotype dans laquelle on pousse les femmes à rentrer, montrer qu’on peut être Miss, représenter une valeur,  et être belle naturellement »

Pascaline Amaglo, est la lauréate 2017 de la première édition. Son objectif: « favoriser, lors du spectacle de Miss Togo Diaspora,  l’estime de soi de la jeune femme togolaise et déconstruire les préjugés en sublimant et valorisant la beauté naturelle et en encourageant, d’autre part, l’utilisation de produits de maquillage, cosmétique ou de coiffage respectant la peau noire et métisse et le type de cheveux des candidates », a-t-elle expliqué. Et d’ajouter qu’il s’agit de faire comprendre à la femme africaine « qu’une femme peut être belle naturellement et éviter de représenter cette stéréotype dans laquelle on pousse les femmes à rentrer, montrer qu’on peut être Miss, représenter une valeur,  et être belle naturellement ». «  Avoir les cheveux raids, c’est ce qui ne convient pas du tout à la nature de la femme africaine », conseille Déborah Bassuka.

Son mouvement pour la valorisation de la beauté naturelle qui est en vogue en France redescend au Togo pour se propager en Afrique noire. Au pays natal, elle projette multiplier des ateliers dans les écoles, mener des actions pour sensibiliser autour de son idéal.

Une telle initiative venant d’une ancienne Miss élue sur des critères d’une beauté « cosmétique » (Ndlr, l’utilisation produits cosmétiques dont certains sont composés des substances chimiques pour s’embellir) soulève forcément interrogation. Visiblement, elle s’offusque contre les standards érigés pour définir la reine de la beauté et qui répondent au profil des grands bailleurs de ces grandes cérémonies. Déborah Bassuka reconnaît tacitement que la manière dont elle est élue est aux antipodes de ce qui fait la beauté de la femme ou de la jeune fille africaine. Son approche apporte de l’eau au moulin à ceux qui contestent la célébration de la beauté africaine au détriment des vraies valeurs et qui voient dans ces élections une sorte de dépravation des mœurs.

Miss Togo Diaspora, concept piloté par Déborah Bassuka, Miss Togo 1999
Miss Togo Diaspora, concept piloté par Déborah Bassuka, Miss Togo 1999

Dans les sociétés africaines, il est bien souvent interdit qu’une femme laisse apparaitre les parties intimes de son corps. Alors que dans les soirées de Miss, les filles sont habillées en maillot de bain. Cela donne à penser aux détracteurs que l’élection de la reine de la beauté est une forme déguisée du proxénétisme et /ou , une passerelle pour les candidates pour trouver des partenaires. « Ce n’est pas forcément que vous êtes claires de peau que vous aurez de succès avec les hommes. Pour plaire ou avancer dans la société, on n’est pas obligé d’être clair de peau ; on peut être naturel, noir ou marron », lance Miss Bassuka pour qui la femme africaine, c’est celle qui a des cheveux non défrisés, garde sa forme et la couleur de sa peau naturelle.

De la pure cosmétique

L’enjeu de l’élection de la reine de la beauté en Afrique, dépasse le cadre de ce qui doit être normalement pris en compte. Il est au cœur d’un gros business. La beauté naturelle africaine qui s’exprime aussi par des rondeurs n’est pas dans les critères très selects des organisateurs. Ils façonnent des archétypes de Miss dans lesquel les candidates aux concours s’encastrent au point que leurs corpulences deviennent parfois comparables à celles des anorexiques. Dans leur « fabrique » de reine de beauté, il est un constat selon lequel les organisateurs en sortent la plupart des Miss à la peau teint claire. L’élection d’une noire ébène aux yeux du public apparaît parfois comme un « cataclysme » ; puisque les stigmates qui ont longtemps dénié à la peau noire sa vraie valeur, n’ont pas encore complètement disparu dans les esprits.

Tout semble question des intérêts qui entrent en jeu. Dans la liste des sponsors officiels qui financent ces élections de concours de beauté, figurent en bonne place des grandes firmes cosmétiques. Elles profitent de ces manifestations pour faire de la publicité autour de leurs produits. La réalisation de profits passe au-dessus de tout. Elles présentent les produits dont des gammes contribuent à la dépigmentation de la peau. Alors que ces genres de pratique peuvent exposer les femmes à des dangers. Aussi les sociétés qui sont dans la production des mèches passent-elles à travers le canal des élections de Miss pour faire la promotion de leurs produits. Les cheveux naturels sont éclipsés au profit des artificiels qu’on présente comme les meilleurs. Le nappy, le « natural happy hair », le reflet de la beauté originale africaine n’est pas prise en compte dans les critères de sélection.

Les enjeux économiques priment sur une réelle authentique beauté africaine. L’élue devrait celle qui représentera la bonne image du concours et de celle surtout des sponsors. Dans ce cas, on en vient à élire des Miss qui ne reçoivent pas  l’approbation du public. De telles considérations émaillent les élections des reines de la beauté et renforcent subrepticement les clichés tendant à ériger la peau blanche (ou blanchie par la dépigmentation) au-dessus de la peau noire. Autant de choses qui poussent à interroger valeurs réelles de beauté africaine promues par les organisateurs des cérémonies.