La notion très répandue selon laquelle les hommes africains l’emportent en matière de taille du vit a influencé les attentes des femmes de toutes les ethnicités à travers le monde. Conséquence involontaire de cette croyance : ces hommes qui seraient bien membrés en sont venus à croire que cet arsenal suffit pour satisfaire leurs amantes. Cette notion a également favorisé la multiplication d’enquêtes et d’« études » trompeuses qui inondent Internet et les fils d’actualité sur les réseaux sociaux, renforçant une concurrence superficielle entre des groupes et des nations. Un article publié récemment dans le tabloïde britannique, le Daily Mail, et portant sur plusieurs pays (bien qu’il ne soit pas entièrement axé sur la taille du membre) révélait que le Nigéria est le pays africain « le plus sexuellement épanoui ». Cette révélation vient certainement conforter les croyances de ceux qui sont d’avis que « la taille importe », mais elle n’explique pas clairement ce qu’il faut, en pratique, pour que l’on puisse être qualifié d’excellent pourvoyeur de plaisir sexuel.

Plaisir sexuel: l ne s’agit pas d’un one man show

Les médias offrent souvent une rubrique pour des conseils destinés aux femmes, lesdits conseils portant souvent sur comment elles pourraient et devraient mieux performer au lit. En plus d’infliger un lourd fardeau aux femmes— en attribuant à ces dernières la responsabilité de veiller à la satisfaction sexuelle des hommes —, les médias s’attaquent continuellement à l’identité sexuelle des femmes en tant qu’êtres sexuels et elles sont trop souvent victimes d’humiliations liées aux traits physiques (body-shaming). Ils ne s’arrêtent jamais à : « Vous êtes belle, aimez-vous comme vous êtes ». Que non ! Ils y mettent tout le paquet et vous donnent diverses astuces pour vous améliorer afin de maximiser la satisfaction. Cette pression, les hommes aussi en sont victimes, bien qu’il s’agisse d’un aspect qui n’est pas largement médiatisé. Dans un monde qui fait une fixation sur les pénis (un des innombrables effets secondaires du patriarcat), il est difficile pour les hommes qui ont des problèmes liés à la taille du membre de se contenter de ce dont la nature a bien voulu les doter. Cette insécurité se manifeste d’une pléthore de manières, de la misogynie jusqu’à une hyper masculinité toxique, et réduit davantage les possibilités d’une entente entre les genres sur des questions liées à l’intimité.

Dans un monde qui fait une fixation sur les pénis (un des innombrables effets secondaires du patriarcat), il est difficile pour les hommes qui ont des problèmes liés à la taille du membre de se contenter de ce dont la nature a bien voulu les doter.

Il est regrettable qu’au lieu de chercher des voies et des moyens pour que les uns et les autres soient plus à l’aise avec leur sexualité, l’on aborde les défauts des hommes généralement dans le but d’en rire ou de ridiculiser. Quand on en vient aux femmes, un certain floue s’installe parce qu’elles sont livrées à elles-mêmes dans la recherche d’explications à leur manque de plaisir. De plus, lorsqu’une femme affiche une certaine confiance en soi et prend une position ferme vis-à-vis de sa sexualité, elle est sure de se faire traiter de tous les noms.

Des femmes examinant des jouets sexuels le 27 septembre 2013 à Johannesburg lors de l’exposition « Sexposexuality and lifestyle show » qui en était à sa sixième édition. Crédit photo : ANP/AFP Stephane De Sakutin

Les hommes non plus ne sont pas à l’abri des préjugés. On attend des hommes dotés d’un membre de taille moyenne qu’ils « fournissent davantage d’efforts »au lit afin de faire plaisir à leurs amantes et de prouver que la taille importe peu ; ce qui importe c’est la manière dont on se sert de ce dont on dispose. Cependant, l’hypothèse selon laquelle « plus c’est gros, mieux ça vaut » continue d’être répandue. On pourrait qualifier cela de l’une des formes les plus efficaces de la publicité mensongère.

La différence entre avoir des outils et savoir les outils pour un plaisir sexuel

« En fait, avec un gros moineau, on a plus de grain à moudre », affirme une femme interviewée sur ce sujet. Néanmoins, être bien membré est-ce automatiquement synonyme de plaisir maximum pour la partenaire ? La réponse à cette question en dit long sur les réalités subjectives des répondants. En vérité, ils sont nombreux les hommes qui se vantent et se prennent pour Don Juan parce que leur amour-propre s’en trouve flatté chaque fois qu’ils retirent leurs sous-vêtements. Ils ignorent qu’ils doivent fournir beaucoup d’effort pour être couronnés.Certains ne prennent pas conscience du fait qu’ils ne sont pas bons au lit parce que nombre de femmes sont socialisées à n’être rien de plus que des distributrices automatiques de plaisir, dénuées de sentiments et de désirs personnels.

Une vendeuse présentant des jouets sexuels à Paris

En général, on n’apprend pas aux hommes et aux femmes qu’il est acceptable et de leur droit de parler ouvertement de leurs relations sexuelles de la même manière qu’ils parleraient de politique ou de loisirs. De plus, des raisons culturelles et religieuses sont souvent évoquées pour justifier ce manque de franchise en matière de sexualité.
Des raisons culturelles et religieuses sont souvent évoquées pour justifier ce manque de franchise en matière de sexualité.

Par conséquent, les femmes n’osent pas parler de ce dont elles meurent d’envie et, en guise de lot de consolation, se focalisent sur les autres bonnes qualités de leurs partenaires. Une fois, j’ai parlé avec un homme qui m’a déclaré ceci : « J’aime ma partenaire, elle est extraordinaire. Pour les choses croustillantes, je peux toujours aller voir ailleurs ».Cette façon de penser engendre un compromis injustepour le couple. La chimie sexuelle (vous remarquerez que je parle de chimie, pas de la fréquence des rapports) est d’une importance capitale dans une relation, et quiconque affirme le contraire est soit un menteur soit dans le déni. Être attirant ou avoir l’arsenal est une chose, et fournir des efforts à couper le souffle à sa partenaire en est une autre.

Ces études, parmi d’autres choses, encouragent la paresse au lit et un orgueil gratuit. Elles équivalent à dire à un ami qui chante comme une casserole qu’il a une belle voix, sans préciser que vous faites allusion à sa voix parlée et non à sa voix chantée. L’inéluctable vérité à propos de ces stéréotypes c’est qu’ils trouvent leurs origines dans des traits et des comportements courants. Mais, ils ne sauraient devenir automatiquement des vérités universelles sur la base de preuves statistiques uniquement. Un bon arsenal n’est bon à rien s’il ne sert qu’à être exhibé, si le propriétaire ne dispose pas d’expertise avérée qui serve à valider l’importance de cet attirail. Quand je vois combien elles sont nombreuses et courantes, ces « études », listes ou enquêtes subjectives, je m’interroge sur leur processus de sélection et sur l’existence d’études de contrôle menées dans le but de comparer les résultats de cette pléthore d’études. Si je devais deviner, je dirais qu’il n’en existe aucune.