Dans un pays où les capacités de femmes à exercer certaines fonctions sont parfois mises en doute, cela n’étonne pas que l’ambition de Monique Mukuna à vouloir diriger le pays suscite de l’intérêt. C’est au mois de mars 2016 que cette économiste aux plus de 20 ans de carrière au niveau national et international a annoncé sa candidature à la magistrature suprême. Consciente du grand défi que représente ce choix, elle ne cesse d’attirer par sa détermination et sa montée en popularité en quelques mois seulement.

Un parcours courageux et pas très aisé

Celle qui bénéficie maintenant des soutiens des Congolais de quasiment toutes les origines et dont le mouvement s’est implanté dans une grande partie du territoire national, est née à Kolwezi (une cité situé à 1989 kilomètres de Kinshasa) dans une famille de onze enfants et modeste. Contrainte de fuir la cité elle et sa famille suite aux guerres ethniques, elle a obtenu son baccalauréat à Lubumbashi (la deuxième ville du pays) en 1994 avant d’obtenir la licence dans la même ville 8 ans après. La soif d’apprendre ne lui permettant pas de se limiter à ce niveau, Monique Mukuna a décidé de poursuivre ses études afin d’obtenir un doctorat là l’Université de Liverpool en Angleterre. De la RDC son pays à la Tanzanie, passant par l’Afrique du sud et ailleurs, elle dit avoir travaillé sans relâche pour son perfectionnement. Elle a occupé et occupe encore des postes de contrôle dans bien d’organisations et sociétés internationales grâce auxquelles elle a dû tirer des leçons de bonne gestion.

Monique Mukuna
Monique Mukuna

Une citoyenne révoltée

Monique Mukuna dit être née avec la politique avant bien même de s’y lancer, comme carrière, il y a quelques années. Bien que ne l’ayant pas souligné précisément, il est clair que certains agissements et le mode de gouvernance des dirigeants actuels ont semblé jouer un rôle de stimulant à ses rêves. « Le courage vient de mon amour pour mon pays et de mon caractère : Je ne me plains pas, j’agis » explique t elle parlant de ses mobiles avant de rajouter « Ce régime a eu ses priorités qui n’ont pas été nécessairement pour le bien être du peuple congolais. Ses priorités ont été plus de faire plaisir à l’entourage immédiat du chef de l’Etat au détriment de la Nation. Ce qui a entrainé que la justice ainsi que les services de sécurité ont été et sont encore au service d’un système et non pas à celui du pays« .

Mere de jeunes filles, elle déplore la mauvaise politique du pouvoir actuel dans le domaine de l’éducation qui est l’un des grands points de son programme.  Elle cite également parmi ses projets de société, entre autres la sécurité, et veut aussi  « faire de l’agriculture et du tourisme des secteurs du développement« . Pour cette femme qui n’a pas caché à This is africa TIA sa haine contre les orgueilleux et les tribaux, le régime actuel tolère beaucoup d’antivaleurs qu’il faut nécessairement extirper. Elle ne reste pas toutefois indifférente face à l’attitude des acteurs politiques de l’opposition congolaise. Pour elle, ces derniers sont en partie responsables de la crise que connait le pays notamment par le fait que la plupart d’entre eux veulent accéder au pouvoir par tous les moyens voire ceux qui les obligent à flirter avec le régime en place.

Monique Mukuna
Monique Mukuna

Affronter les préjugés liés au genre

C’est bien clair que dans l’histoire de la république démocratique du Congo, aucune femme n’a jamais accédé à cette fonction à laquelle aspire Monique Mukuna à savoir la présidence de la république. Elle en est bien consciente. Cela peut être dû à plusieurs facteurs dont les préjugés selon lesquels certaines responsabilités et surtout en politique reviendraient aux hommes. Cette culture n’a pas seulement diminué la confiance de la communauté à l’égard des femmes mais aussi la confiance des femmes en elles mêmes. C’est ce qui justifient d’ailleurs que dans le cas d’espèce Monique Mukuna soit la seule femme jusque là à déclarer sa candidature aux élections présidentielles, parmi des dizaines d’hommes. Et ce n’est pas gagné pour elle, car elle doit passer à une étape importante, celle de gagner la confiance de tous ces Congolais qui continuent de douter des capacités des femmes. Pour elle, ce débat sur les capacités de leadership de femmes devraient être révolu. Maintenant on devrait juger les gens par leurs capacités et leur sexe. « Ce défi me ravi ! Je ne voudrais pas prouver que les femmes sont capables, mais que les valeurs ainsi que la compétence n’ont pas de genre. Je ne me suis pas levée parce que j’étais une femme, mais parce que j’avais les capacités requises pour exercer la fonction, l’avenir nous en dira plus« , explique t elle.

Malgré ses nombreux défis, Monique Mukuna dit rester quelqu’un de normal en révélant à TIA son amour pour la gastronomie congolaise et la rumba congolaise pendant ses moments de détente. Curieuse, elle aime apprendre et aller à la rencontre des nouvelles cultures. Elle avoue également que surmonter les défis lui procure le sentiment d’extrême satisfaction.