L’activiste franco-béninois résidant actuellement au Sénégal, a été arrêté vendredi 25 août  à son domicile à Dakar. Kémi Séba est actuellement à la maison d’arrêt et de correction de Rebeuss à Dakar. Il avait brûlé un billet de 5 000 f CFA lors d’un rassemblement de pan-africanistes qui dénonçaient le FRANC CFA. Son procès devrait s’ouvrir mardi.

« Je savais qu’en effectuant cet acte purement symbolique, la BCEAO (Banque Centrale des États d’Afrique de l’Ouest), sans doute sur commande de la banque de France, engagerait une procédure visant à me mettre en prison. Je le savais, et je suis prêt à en payer le prix du plus profond de mon âme », peut-on lire sur la page Facebook de Kémi Séba.

Deux de ses proches ont d’ailleurs été placés en garde-à-vue dont Ndeye Nogaye Babel Sow. Si elle a recouvré sa liberté, tel n’est pas le cas pour son camarade qui séjourne à la MAC de Rebeuss. Elle aurait remis le briquet à Kémi Séba pour brûler le billet de 5. 000 francs CFA. Avant son arrestation, Kémi Séba tentait déjà de dédouaner son camarade, « je tiens à préciser que j’ai agi seul et que le frère qui m’a passé le briquet n’était pas au courant de mon projet de brûler le billet et donc ne pourra être accusé de complicité », expliquait l’activiste.

Hulot Guillabert, activiste, annonce une mobilisation au plan national et international. Elle accuse la France d’être derrière cette arrestation qu’elle qualifie de ridicule.

Etuma Séba : « Son arrestation ne me laisse pas de marbre (…) Son combat est le mien »

Kémi Séba
Etuma Séba, épouse de l’activiste Kémi Séba (Crédit Photo rewmi.info)

Derrière chaque homme, il y a une grande dame, dit-on. Et  Kémi Séba ne dira pas le contraire. L’activiste a un soutien de taille, son épouse Etuma Séba. Dans un entretien accordé au site d’information dakarcatu.com, Etuma Séba ne semble pas être ébranlée par l’arrestation de son époux. « Je suis aussi engagée que Stellion Capo Chichi (ndlr : vrai nom de Kémi Séba) et je suis prête à poursuivre ce combat avec lui », déclare-t-elle.

La femme de l’auteur de « Obscure époque » se dit consciente de la gravité des faits, mais cela ne gâche en rien l’ambiance de la famille Séba. Elle semble même être soulagée d’assister à la plus calme arrestation de son mari et s’érige en bouclier contre ses détracteurs. « C’est le prix à payer pour délivrer le peuple africain du Franc Cfa. Certains pensent que Kémi aurait du brûler son passeport français pour plus d’effet. Je veux leur faire savoir qu’un passeport n’est ni plus ni moins qu’un simple document de voyage », martèle-t-elle.

Cependant, Etuma Séba n’a pas manqué de s’adresser aux intellectuels qui enlèvent à son mari le droit de manifester contre le franc Cfa. « Ils ne font qu’appauvrir les pays qui s’en servent », conclut-elle.

 Que risque Kémi Séba ?

Kémi Séba
Kemi Seba en interview lors de la remise du prix MJA à Bamako le 16 Juillet 2017, Commons Wikimedia ( Crédit Photo: Boubs Sidibe)

Ce geste risque de lui causer des ennuies si l’on en croit l’avocat Me Bamba Cissé. Interrogé sur la question, Me Bamba explique : «  brûler un billet d’argent, un timbre ou toute pièce dite de l’Etat est une infraction prévue par l’article 411 du code de procédure pénal. L’auteur d’un tel délit risque une peine d’amende ou d’emprisonnement  allant jusqu’à 2 ans ».

L’avocat évoque aussi  l’Article 411: « Quiconque aura sciemment détruit, soustrait, recelé, dissimulé ou altéré un document public ou privé de nature à faciliter la recherche des crimes et délits, la découverte des preuves ou le châtiment de leur auteur sera, sans préjudice des peines plus graves prévues par la loi (…) ». 

Mais, le prévenu semble conscient des risques qu’il encourt. A l’annonce de la plainte, il disait : « Je risque 5 ans mais j’assume pleinement cet acte que je considère comme un sacrifice si celui-ci permet de faire avancer le débat sur le franc Cfa ».

Une arrestation qui suscite une vague de polémique

Kémi Séba
Kémi Séba lors de la manifestation contre le Cfa du 17 Août à la Place de la Nation à Dakar, (Crédit Photo: Dakarflash)

Le forum du justiciable s’est prononcé sur le cas Kémi Séba. Ainsi, il a rappelé aux citoyens de la zone franc Cfa que « le fait de brûler un billet de la Banque centrale est puni par le code pénal dans son article 411 ».

Par ailleurs, Babacar Ba et compagnie appellent les soutiens de Kémi Séba dans sa lutte contre cette monnaie qu’ils jugent aliénant pour le développement économique de l’Afrique occidentale, de ne pas copier le geste du leader d’Urgences pan-africanistes.

De ce fait, le Forum du justiciable qui n’est pas contre le combat mené par l’activiste Franco-béninois, en appelle à la clémence du juge des flagrants délits devant qui Kémi Séba va se présenter, mardi prochain.

Wendyam Valentin Compaoré, journaliste à la télévision Africa 24 trouve courageux l’attitude de Kémi Séba. « Son acte pour moi au-delà de l’aspect légal ou brûler un billet est condamnable. C’est le symbolique qui prime. Kémi a tant crié dans ses activités sans suite. Il a fallut brûler de façon symbolique un billet pour susciter une vague de réactions. D’autres s’indignent pendant que les uns jubilent et le soutiennent alors que son acte est pour moi hautement symbolique car Kémi en tant qu’acteur de la société civile est dans une position de conscientiser la masse afin qu’elle se soulève pour être entendu », soutient-il.

D’ailleurs, le journaliste de la radio privée Sud FM renchérit dans la même logique. Boubacar Boly estime que tous les jeunes africains doivent rejoindre le combat pour mettre fin à ce néocolonialisme rampant.  « Le franc FA est une monnaie unique qui suce ce qui nous reste de souffle économique. Le combat de Kémi est bien légitime, son acte compréhensible. Il faut sortir des chantiers littéraires et poser un acte fort. Il n’a pas brûlé le dollar, l’Euro ou l’escudo mais bien le Franc CFA. Une monnaie qui sert d’instrument de servitude pour la France. Nos économies ne peuvent plus supporter le poids du CFA. Kémi n’est qu’un acteur dans ce processus de prise de conscience. J’adhère à la cause. Le Cfa qu’il pisse ou chie dessus, pour moi l’acte de revendication était symboliquement plus important que le billet brûlé.

Cependant, l’acte de Kémi Séba ne fait pas l’unanimité et Youssoufa Mine journaliste au site d’information Seneweb ne partage pas la démarche de l’activiste. « C’est condamnable et son acte n’a rien d’héroïque. Il lui était  loisible de rédiger  des articles. Kémi pouvait même faire le plaidoyer pour tenter de convaincre les gens sur la nécessité  de changer le franc CFA. Mais l’activiste a voulu violer la loi. Kémi a cherché à faire le buzz au lieu de trouver les arguments convaincants. Par exemple, la situation de la Côte d’Ivoire avant, pendant et après la guerre civile dans ce pays frère. Il est de notoriété publique que ce pays est un des piliers de l’économie régionale », peste-t-il.

Il faut rappeler que l’activiste Kémi Séba n’est pas la première personne à brûler un billet de banque. En France, le chanteur Serge Gainsbourg avait également brûlé un billet de 500 francs français, mais n’a finalement pas été condamné. Une jurisprudence datant de 1974 à une loi de 1810 détermine que l’argent appartient à son porteur et non à la Banque de France.