Bien qu’ayant des variétés d’ananas très prisées notamment sur le marché européen, les producteurs béninois se sont vus imposés depuis le 15 décembre 2016, une décision de refus d’exportation prise par le gouvernement. Une suspension justifiée par la volonté de l’Exécutif béninois « d’aider les exportateurs à se conformer aux normes européennes en matière de limitation maximale des résidus d’éthéphon dans l’ananas béninois ».

L’éthéphon est un éthylène de synthèse « parfaitement autorisé en Europe pour accélérer la croissance et la coloration de beaucoup de fruits et légumes. C’est sans doute pour l’ananas qu’il est le moins dangereux puisqu’il reste à la surface de la peau épaisse de ce fruit ». L’éthéphon est utilisé pour colorer en jaune ou jaune-orangé ce fruit. Mais le danger ici, c’est qu’en quantité excessive il peut devenir cancérigène ou corrosif pour les muqueuses. « Le Bénin a dépassé à maintes reprises la limite de résidus autorisés en 2015-2016. Au point que les autorités sanitaires européennes ont bloqué et détruit tout un lot d’ananas béninois au mois de juin dernier, rappelle les chercheurs du Cirad, dans leur revue FruiTrop », avait écrit la radio française Rfi sur son site web en son temps.

Mais désormais, c’est fini. « Le Conseil des ministres a examiné une communication présentée conjointement par le ministre de l’Agriculture, de l’Elevage et de la Pêche et le ministre de l’Industrie, du Commerce et de l’Artisanat, relative à la demande de la levée de l’auto-suspension, par le Bénin, des exportations de l’ananas coloré par traitement à l’éthéphon… En vue de répondre aux exigences du marché international, prenant acte des avancées réalisées, le Conseil des ministres a autorisé la levée de l’interdiction de l’exportation de l’ananas coloré, a annoncé le 2 août dernier le gouvernement béninois ».

Dans des localités  comme Allada, Tori, Toffo, Zè, qui concentrent l’essentiel de la production du pays, le temps est à la jubilation et le ton au soulagement. Prosper Medessasi en est ému jusqu’aux larmes. Ce producteur jadis très prospère a vu son business s’effondrer. Depuis cette mesure, ses affaires ont considérablement baissé. « Je convoie les produits de mes champs à moins coût vers les pays limitrophes, notamment le Nigeria », lâche-t-il. Le géant voisin du Bénin avec son imposant marché de dizaines de millions de consommateurs était devenu la porte de sortie pour ces producteurs désemparés. Sauf qu’ici, ils n’ont pas souvent « la possibilité de s’imposer et d’imposer leurs prix ».

Ananas dans un champ
Ananas dans un champ

Les regards tournés vers le marché européen !

Mais ce douloureux passé est derrière. Tous, le regard tourné vers le rentable marché européen espère que le business de l’ananas va reprendre de plus bel. Mais avant, il faudra se conformer aux nouvelles exigences.

« Désormais, tout embarquement d’ananas à l’aéroport international de Cotonou est subordonné à la présentation d’un certificat sanitaire et d’un certificat phytosanitaire portant la signature de l’inspecteur habilité et le cachet officiel de validation de l’Agence béninoise de sécurité sanitaire des aliments (Abssa) », révèle la presse. Mieux, le nouveau dispositif exige un contrôle rigoureux en matière de respect des normes prescrites sur le traitement de l’éthéphon. Pour obtenir des producteurs le respect des nouvelles exigences, des campagnes de sensibilisation sont organisées à leur profit. Sans respect de ces dispositions, notamment des engrais spécifiques, pas de certification pour les exportateurs.

La production nationale d’ananas constitue, pas moins de 1,2% du Produit intérieur brut (Pib) national et 4,3% du Pib agricole. Il se place en troisième position derrière le coton qui occupe 25% du Pib et l’anacarde 7,4% du Pib agricole, selon les statistiques de l’Institut national de la statistique et de l’analyse économique (Insae). Environ 2% de l’ananas produit au Bénin sont exportés vers le marché européen contre 40% d’exportation vers le Nigéria et 35% en consommation locale. La production annuelle est estimée aujourd’hui à plus de 200. 000 tonnes.

« La filière ananas dispose d’un avantage comparatif, pouvant amener le Bénin à s’insérer durablement dans le commerce régional et international. Le secteur mobilise plus de 8 000 producteurs. Le rendement moyen de l’ananas dans le département de l’Atlantique où se fait 97% de la production nationale, est de 36 tonnes à l’hectare pour la variété ‘’pain de sucre’’ et 46 tonnes à l’hectare pour la variété Cayenne lisse », écrit dans l’une de ses publications, Gnona Afangbedji, journaliste économique. La même publication indique que le pain de sucre, est la variété la plus cultivée, soit 75% de la production nationale en raison de sa forte consommation locale et de la demande sans cesse croissante sur le marché sous-régional. « Cette variété, possède des qualités organoleptiques particulières (sucrée, aromatisée) très appréciées aux plans national, sous-régional et international. Cet attrait suscité par le pain de sucre produit au Bénin est très perceptible au niveau de la chaine de valeur ananas frais exporté vers les pays de la sous-région ».