Une soirée avec la communauté homosexuelle à Douala. La nuit de samedi 22 juillet 2017 va marquer à tout jamais Yvonne Tchami. Cette jeune Camerounaise, seulement âgée de 22 ans, a décidé de suivre un groupe d’amis avec qui était prévue une soirée « arrosée ». A 22 heures, la jeune femme et ses copines très légèrement vêtues, mini- jupes et talons aiguilles pour certaines et baskets pour d’autres attendent patiemment l’arrivée d’une autre bande d’amis devant un night-club très réputé de la ville de Douala. C’était au quartier Akwa, non loin du lieu-dit « Paris dancing ». 10 minutes après, le groupe est formé. Ils traversent la ruelle toujours bondée de personnes à cette heure de la nuit. Ils esquivent quelques points de divertissement, avant d’arpenter un couloir exigu et sombre donnant lieu à un repère de danse et de buvette. Dans la lumière tamisée de la « boite », difficile de distinguer les visages. L’éclairage est faible et les ampoules à couleur sont les plus sollicitées comme c’est souvent le cas  dans ces milieux.

Silencieuse, Yvonne Tchami suit son groupe d’amis qui tente de se frayer un chemin parmi les jeunes garçons debout au milieu de la salle qui se déhanchent sur les différents mix du Disjocker. Les lieux sont étroits, l’endroit est petit. Pourtant de petits carrés VIP sont même emménagés pour les « gros » clients. Une minute après avoir trouvé leur carré, un jeune homme efféminé, certainement de la communauté homosexuelle,  et d’une voix singulière s’approche du groupe. Il enregistre les commandes et s’en va. Tout juste en face d’eux, Yvonne remarque la présence d’un homme beau et élégant habillé en gandouras blanc et majestueusement assis sur l’un des canapés. Autour de lui, des jeunes garçons âgés pour la plupart de 20 à 25 ans.

L’homme à l’allure posée et douce semble préoccupé par le jeune garçon qui se trémousse devant lui. Toujours pas consciente de l’endroit où elle se trouve, la jeune femme se renseigne auprès de ses copines qui lui susurrent à l’oreille qu’ils sont dans un night club  réservé aux homosexuels.

Quelques minutes après, le Disjochker change de disque et met une chanson populaire d’une artiste Camerounaise plutôt audacieuse. C’est alors que les garçons qui les accompagnent se lèvent et se mettent à danser de manière très érotique. Ceci en enchainant des déhanchées à la fois sensuelles et vulgaires.

Dans cette ambiance, un jeune homme vêtu d’un short moulant et d’un t-shirt tout près du corps ainsi que d’une perruque « porc-épi », s’approche du groupe, se met à danser en remuant son derrière, comme une femme en mode séduction. A l’opposé de leur table, un jeune couple semble très concentré dans leur conversation. L’un deux à la main posé sur les cuisses de son partenaire. D’autres garçons eux aussi en couple, ont adopté la même posture.  Sans complexe, ils s’embrassent langoureusement sans se soucier des regards des autres. Yvonne est étonnée. Une première pour elle d’assister à ce genre de spectacle.

Drapeau de la communauté homosexuelle mondiale
Drapeau de la communauté homosexuelle mondiale

Des auberges

Quelques minutes après le départ du serveur, celui-ci revient avec une cuvette de bières. C’est tout de même dans une ambiance assez amicale que la jeune novice du night club consomme sa boisson. Pendant que ses amies dansent et s’amusent à volonté, Yvonne est stressée. Elle a du mal à s’amuser. L’intervention d’une de ses amis lui fait changer de position. Elle se lève et esquisse quelques pas de danse. A  ce moment, une fille vêtue d’un pantalon ample « taille basse » s’approche d’elle et commence à lui caresser les reins. Elle s’assoit et refuse cette invitation à danser. La jeune femme ayant remarqué son attitude  prend place à côté d’elle et lui demande, si elle est accompagnée. C’est par l’affirmative qu’elle répond. Ceci afin d’éviter de se faire draguer par l’une d’entre elles.

Quelques instants plus tard, Yvonne supplie l’une de ses amies de l’accompagner aux toilettes. C’est à la porte des toilettes que la jeune femme prend acte des petits secrets de plaisir que cache ce night club.  Une auberge est construite à l’intérieur. Difficile de croire qu’un espace pareil peut avoir autant de cachettes. Des « chambrettes  sont réservées à ceux là qui veulent aller plus loin dans leur aventure sexuelle », avance l’une de ses amies à la jeune femme en indiquant du doigt l’auberge. Déjà à l’entrée des toilettes des scènes érotiques entre garçons étaient visibles. « Ils  sont entrain de s’embrasser…», lance-t-elle à sa copine, très étonnée, avant de retourner à son siège.

« La nuit tous les chats sont gris »

Des endroits similaires sont légion dans les villes Camerounaises en particulier à Douala et Yaoundé. À Douala, dans  les quartiers comme Akwa et Deido, ils sont facilement repérables. Certains évoluent même en Communauté. La plus célèbre d’entre elles est la communauté « Kwandengué ». Ceux qui ont pour habitude de s’amuser la nuit en savent d’ailleurs quelques choses. Conducteur de moto à Douala, Gérard en voit de toutes les couleurs à la tombée de la nuit. «  La nuit tous les chats sont gris. Des hommes s’habillent comme des femmes pour séduire d’autres hommes. Certains draguent même à l’œil nu sans aucune gêne…», témoigne-t-il. Dans un Cameroun, où l’homosexualité reste encore punie par la loi, il apparaît clairement que la communauté homosexuelle s’émancipe de plus en plus.