Edizon Musavuli, a découvert le mouvement de l’hyperréalisme il y a bientôt trois ans pendant qu’il faisait ses études en film et télévision au Kenya et qu’il a abandonnées depuis. Issu d’une famille d’artistes, son père est un sculpteur de grand renom au pays, il avait découvert tout jeune son talent de dessinateur. « A l’école primaire il y avait cet adage qu’en dessin on n’avait jamais 10 sur 10. Et ben, je crois que j’avais brisé le mythe, j’avais toujours le maximum de points en Dessin ! » Dit-il avec amusement à This Is Africa qui l’a rencontré dans la capitale congolaise pour une interview.

Une représentation l’artiste Papa Wemba réalisée par Edizon Musavuli

Malheureusement, et comme c’est le cas de plusieurs artistes africains, malgré son coup magique de crayon, Edizon ne vit pas encore de son art ! Il expose depuis deux mois au luxueux Pullman Hôtel de Kinshasa dans l’exposition « Mes racines » et « seuls des ‘’blancs’’ achètent mes œuvres » confie-t-il, non sans regret.

TIA : Edizon Musavuli, quels ont été vos débuts en art, comment as-tu découvert ton talent ?

Edizon Musavuli : Je viens d’une famille artistique, puisque déjà mon père fait de l’art. Certes cela a dû me motiver directement ou indirectement. Même si lui il fait la sculpture. Il dessine très rarement. Mais il m’encourageait quand je dessinais depuis mon tendre enfance. Mais l’hyperréalisme, ce style si rare au pays, je l’ai découvert en 2015 au Kenya. C’était sur internet. Mais avant, c’était juste de dessins que je faisais. Et si j’en crois mes aînés et les quelques souvenirs que j’ai de l’école primaire, j’avais brisé la légende de « On n’a jamais une note maximale en dessin » car moi j’avais souvent 10 sur 10 en dessin (rires). Et c’est ainsi surement que j’ai découvert mon talent.

TIA : As-tu fait des études d’art pour perfectionner ton talent et évoluer dans l’hyperréalisme ?

Non, même si je l’aurais voulu. Je suis un autodidacte en art. J’ai certes eu un entourage dans le domaine de dessin, mais je fais un style unique au pays, j’évolue un peu en solitaire. Je faisais des études en film et télévision de cinéma, pendant mes heures libres je surfais sur le net de longues heures. Et c’est ainsi que j’étais tombé dessus. Je dis souvent que mon premier dessin hyperréaliste était mon gâteau d’anniversaire.

Mais j’aurai bien aimé faire les beaux-arts mais j’ai pas pu, pas par manque des moyens ! Mais mes parents trouvaient que mon talent brut était assez suffisant, que j’avais déjà un haut niveau et que aller aux beaux-arts ce ne serait que m’attarder un peu. Alors autant mieux faire quelque chose que je ne connais pas et faire évoluer personnellement le talent que j’avais.

Une oeuvre d'Edizon Musavuli
Une œuvre d’Edizon Musavuli

Vis-tu de ton art Edizon Musavuli ?

Edizon Musavuli : Je n’aime pas me mettre dans le rang d’artistes qui disent que l’art ne paye pas. Mais je ne peux pas non plus dire le contraire. L’art ne paie pas vraiment comme il se devrait. Je fais de l’art par passion en premier temps, mais pour en faire mon gagne-pain, ce n’est pas encore une option envisageable pour moi. Je fais autre chose pour gagner ma vie, mais cette option reste secondaire. Je gagne ma vie dans la production visuelle, le graphisme et le multimédia, donc indirectement oui mon talent intervient. Mais ce n’est pas de l’art que je vis.

Quelles sont les reconnaissances que tu as déjà eues grâce à ton art ?

Edizon Musavuli : Pour les reconnaissances, en 2016 j’ai représenté la RDC dans une expo à Kampala qui réunissait les artistes de l’Afrique de l’Est. Et pour mon exposition  actuelle « Mes Racines », l’organisatrice m’avait repéré sur Facebook, m’avait contacté et m’avait finalement invité ici à Kisnhasa (ndlr: il vit dans l’Est du Congo). J’expose depuis deux mois.

Depuis deux mois que tu exposes, combien de dessins as-tu vendu ?

Une oeuvre d'Edizon Musavuli
Une œuvre d’Edizon Musavuli

Edizon Musavuli : J’avais amené 30 dessins pour exposer. Il y a beaucoup de clients qui passent, mais c’est surtout pour de promesses. Nous sommes dans une mauvaise période en général au pays, l’inflation de la monnaie et la vie chère affectent aussi l’achat des œuvres d’art. Puis il y a aussi l’insécurité et tout ce qui va avec la situation politique du pays. Beaucoup qui avaient promis repasser acheter ont quitté le pays. Mais j’ai eu deux ou trois personnes qui ont acheté 4 tableaux, et trois autres qui ont fait de commandes personnalisées comme cadeaux ou décorations d’intérieur.

A t’entendre, seuls les étrangers consomment de l’art. Aucun congolais n’a fait d’achat ?

Oui, je suis désolé de le dire, les Congolais n’ont pas trop l’habitude de se nourrir des œuvres d’art. En tout cas, c’est mon constat à moi ! Car même pour se renseigner sur les dessins, ou sur mon art, ce sont plus des Blancs (ndrl : Occidentaux) qui sont plus passées que les Congolais. Et très bizarrement, les seuls Congolais qui passaient étaient vraiment pressés. Mais ceux qui sont intéressés par les œuvres, ceux qui sont vraiment captivés par ce que je fais, dommage que ce ne soit que des Blancs.

 

Enfin, Edizon Musavuli, qu’est-ce que tu dessines ?

Edizon Musavuli : Je suis dans l’hyperréalisme comme je l’ai dit, donc le but de mes dessins c’est reproduire le plus fidèlement possible la réalité comme dans la vraie vie. Mais ça c’est le cote style ! Mais moi ce que je dessine c’est la culture africaine, la beauté africaine et en général la tradition africaine. Et c’est par ce biais que je passe certains messages qui montrent plusieurs réalités authentiques africaines.