Dans l’émission à bâtons-rompus du 08 avril dernier, sur la chaîne nationale béninoise, Patrice Talon refusait catégoriquement les marches de soutien dont se délectait particulièrement son prédécesseur et aussi, sans le dire, le régime voisin du Togo.

« Désormais, il sera interdit au Bénin toute manifestation destinée au culte de la personnalité, toute manifestation au profit du président de la république. Si la manifestation est destinée à encenser le président de la République, à chanter ses louages, à la remercier, à le soutenir, je propose que cela soit interdit. Non seulement le président de la République, mais toute personne exerçant une fonction politique. Si on veut encenser un homme politique, il faut l’encenser à la maison et non dans les rues », a déclaré le président béninois, qui s’exprimait à propos des réformes constitutionnelles qu’il tentait d’introduire au Bénin.

https://www.youtube.com/watch?v=-GMJzv0uPsc&feature=youtu.be

« On peut manifester contre le président de la République, contre un député, un maire, élu de la Nation. Vous pouvez contester ce que fait un président. Mais est-ce qu’il est utile de marcher pour le soutenir », s’est demandé Talon.

Patrice Talon ne pensait pas si bien dire. Depuis ce mardi 29 août, les activistes togolais ont extrait la partie de l’interview du président béninois relative aux marches et le font tourner sur les réseaux sociaux. Une façon pour ces voisins du Bénin de tourner en dérision l’initiative du parti au pouvoir au Togo, Union Pour la république (UNIR), ex-Rassemblement du peuple togolais (RPT), de marcher pour dit-on, soutenir les institutions de la République.

Premier ministre, membres du gouvernement, députés, cadres de l’administration, directeurs de sociétés publiques ont, à coup de billets de banque, mobilisé à bord de centaines de camions, des jeunes et femmes de différentes localités du pays pour venir grossir leur rang dans la capitale Lomé dans une marche, très critiquée dans l’opinion.

Cette marche de soutien rappelle d’ailleurs de vieux réflexes du temps de Gnassingbé Eyadéma (qui a dirigé le pays de 1967 à sa mort en 2005) qui, lorsqu’il était devenu la cible de bruyantes contestations, faisait défiler des milliers de personnes pour venir lui présenter des motions de soutien à son régime. A la sortie pleuvaient des billets de banques. Une activité devenue une véritable filière d’un réseau de quelques individus qui multipliait ces manifestations pour siphonner les caisses de l’Etat et s’en tirer à bon compte, dans un pays pauvre et très endetté.

La marche organisée par le pouvoir de Faure Gnassingbé ce 29 août à Lomé fait suite à une précédente organisée dix jours plus tôt par le parti d’opposition Parti national panafricain (PNP) dans plusieurs villes du pays. Elle, a été réprimée dans le sang. Ce parti réclame un retour à la Constitution initiale issue d’un référendum 1992 qui a prévu entre autres, la limitation des mandats présidentiels à deux. Plusieurs fois modifiée par le pouvoir, en place depuis 1967, elle laisse désormais aux Gnassingbé de se présenter autant de fois qu’ils le souhaitent.  Et avec une mainmise totale sur les institutions du pays, ils ne sont, naturellement, jamais  déclarés perdants aux élections présidentielles. Une situation bien loin de celle du Bénin voisin de Patrice talon.

Partageant les mêmes revendications que le PNP, l’ensemble de l’opposition avait, annoncé de nouvelles manifestations pour ces 30 et 31 août. Cette annonce a poussé le pouvoir à annoncer lui aussi des marches sur trois jours, 29, 30 et 31. Finalement l’opposition va reporter les siennes sur la semaine prochaine pour éviter des affrontements. La majorité se contentera, elle, de la marche du 29.

Lire l’interview originale et intégrale diffusée le 08 avril 2017 sur  https://www.youtube.com/watch?v=eYy38n8taPI