Avec ses 1 500 000 utilisateurs Facebook dont 45 % de sexe féminin, le marché malgache est assez grand et propice pour le commerce en ligne. De simples internautes à la recherche de compléments de revenu ou ceux qui disposent déjà de leurs magasins ont saisi cette opportunité afin de vendre au maximum. Alors comment les Malgaches font pour vendre en ligne ? Quel est le secret de leur succès ?  Que se cache-t-il derrière ces multitudes de produits qui inondent le web ?

La qualité à tous risques

Au total, près de 83 pages de vente Facebook existent à Madagascar. Bien que certaines ne soient plus mises à jour ou abandonnées depuis un temps, le nombre de ces pages est un indicateur de l’engouement autour du commerce en ligne. A ce jour, près de 22 pages proposent des produits cosmétiques et 14 pages spécialisées dans l’habillement tendance. Vernis, rouge à lèvres, mascara, palettes maquillage, parfums… grâce à ces vendeurs, les produits authentiques des grandes marques comme Sephora, NYX, Anastasia Beverly Hills, Becca et bien d’autres sont désormais accessibles à une clientèle en quête perpétuelle de produits innovants et de qualité.

 » Nous amenons gratuitement des gens à Paris pour 4 à 5 jours à condition que ces gens ne rapportent pas de bagages, autrement dit des valises vides à part leur bagage à main …  nous arrangeons leurs dossiers administratifs pour le Visa, leurs hébergements, leurs billets d’avions « 

Nous avons rencontré l’un des fournisseurs de produits cosmétiques aux autres vendeurs en ligne. Il explique comment il s’organise pour s’approvisionner en Europe et rapporter le maximum de produits. « À part profiter des soldes, des ventes flash qui restent des astuces classiques, nous amenons gratuitement des gens à Paris pour 4 à 5 jours à condition que ces gens ne rapportent pas de bagages, autrement dit des valises vides à part leur bagage à main …  nous arrangeons leurs dossiers administratifs pour le Visa, leurs hébergements, leurs billets d’avions et jusqu’ici, tous les gens qu’on a amenés en France sont tous revenus au pays, il n’y a jamais eu de cas d’immigration clandestine. » avoue Eric (ici un nom d’emprunt)

Une touche de fraicheur pour les vêtements de seconde main

Afin d’allier mini prix et qualité, le marché de l’habillement online est marqué par la vente des friperies de luxe boostant le mannequinat pour les shooting photos. Après quelques minutes au défroisseur à vapeur, les vêtements sont complètement assainis et les odeurs éliminées.  Toujours selon Eric, il faut mettre en œuvre les grands moyens pour ramener les balles de friperies sans passer par les autorités douanières. « Nous faisons passer les balles de friperie dans les malles de véhicules que nous importons de manière légale pour éviter de payer des taxes supplémentaires… nos preneurs sont très limités, nous ne revendons qu’aux personnes en qui nous avons confiance. Parmi nos preneurs figure une boutique très reconnue dans un grand centre commercial à Antananarivo » dit-il avec humour et un petit clin d’œil.  Il avoue tout de même que ce n’est pas tout le monde qui adopte ce type de stratégie car il y a bien des friperies de luxes accessibles chez les vendeurs légaux mais à un prix plus élevé.

Quand ruse rime avec business

Certains vendeurs dont les proches habitent en Europe ou y voyagent régulièrement proposent le système de commande avec publication des produits au préalable sur leurs pages Facebook avec la date prévue d’arrivée des produits. La réservation se fait contre paiement d’une avance allant de 20% à 50 %.

A côté de ces stratégies figure une astuce qui peut faire fuir les clients. Il s’agit de ceux qui tentent juste de revendre des produits de basse qualité «  Made in china » vendus par les marchands ambulants de la ville au prix d’un « Made in Vietnam » ou « Made in India » pour gagner approximativement un bénéfice de 200%.  Ne  publiant jamais de photo réel de produit (car c’est uniquement au moment de la commande qu’ils vont acheter chez les Chinois),  ces derniers n’ont généralement pas de politique de retour et le client ne se rend compte de la qualité qu’une fois le produit acheté.

Michaella Rojoniaina, une jeune maquilleuse qui propose ses services via des appels sur facebook
Michaella Rojoniaina, une jeune maquilleuse qui propose ses services via des appels sur facebook

Des ateliers de formation pour vendre ses talents

Une des stratégies qui a prouvé son efficacité est l’organisation d’ateliers d’initiation en maquillage pour les débutants et ateliers de perfectionnement pour celles qui connaissent déjà les bases. Pour 6€ à 8€ par personne par séance, les participantes apprennent à se maquiller elles-mêmes pour devenir autonomes une fois à la maison. Hoby Lalaina Ravelomanantsoa, plus connue sous le pseudo « Lilou Maquilleuse » sur Facebook est une maquilleuse professionnelle proposant ce type de service à son domicile.  A côté d’elle figure la jeune Michaella Rojoniaina, coiffeuse et esthéticienne de profession.  A seulement  23 ans, elle a déjà effectué des prestations de maquillage  lors des élections Miss et Mister,  pour le compte de l’agence de mannequinat « Lolita » ainsi que pour des studios audiovisuelles pour le tournage des clips et spots publicitaires. Elle a commencé à se faire connaître, il y a un an et gère, via son propre salon dénommé « Micky Cosmetics ».

Si certaines pages de vente facebook se sont spécialisées dans un secteur bien défini, il y en a celles qui vendent un peu de tout : épilateur électrique, montre led, lunettes 3D, des emballages alimentaires importés de Chine, cigarettes électroniques, smartwatch, etc. En tout cas, l’insatisfaction n’est pas seulement du côté du client, les vendeurs sont parfois victimes de clients de mauvaise foi, ceux qui ignorent leur commandes passées en bloquant la discussion sur Messenger quand vient le moment de confirmer le RDV pour livraison et paiement de leur solde.