Le Sénégalais et Youssou N’Dour et le Ghanéen El Anatsui sont deux monuments africains sacrés lauréats du Prix Nobel des Arts. Il faut attendre l’édition 2017 de Praemium Imperiale, une reconnaissance attribuée depuis 1989 et créée au Japon par la famille impériale et distinguant les artistes (peintres, sculpteurs, architectes, musiciens, dramaturges/et ou cinéastes), pour voir  deux Africains figurer parmi les lauréats. Il s’agit du chanteur  Youssou N’Dour et du sculpteur El Anatsui, deux monstres de la culture africaine.

Ces deux personnalités ont été primées pour leurs contributions considérables au développement et à la promotion de leurs disciplines respectives à travers le monde. En effet, elles ont marqué leur domaine par l’originalité, le succès et acquis ainsi une renommée internationale.

Le Sénégalais né le 1er octobre 1959 à Dakar est un artiste accompli. Surnommé roi du mbalax, il est auteur, compositeur, interprète et musicien. Il débute sa carrière très tôt, à 18 ans, suivra ensuite un succès qui l’amène à collaborer avec les grands artistes à l’instar de Peter Gabriel, Paul Simon, Manu Dibango, Alan Stivell. Il est également l’auteur de « 7 Seconds », une chanson culte, en duo avec Neneh Cherry. L’hymne de la Coupe du monde en France en 1998, « La Cour des grands » porte ses griffes. L’an dernier il a sorti son 34è album titré « Africa Rekk ». Il est également hommes d’affaires. Fondateur du groupe de presse, Futurs médias, il a été ministre  d’avril 2012 à septembre 2013 dans son pays. Aujourd’hui il fait partie des conseillers du président Macky Sall.

Le Ghanéen El Anatsui ambassadeur des arts africains

Le Ghanéen, à 73 ans, est mondialement connu pour ses œuvres qui puisent leurs origines dans les traditions culturelles de son continent. Il se distingue particulièrement par ses touches esthétiques contemporaines. Ses chefs-d’œuvre se retrouvent un peu partout dans les grands musées dans le monde. Appelé l’artiste le plus cher d’Afrique, celui qui résident aujourd’hui au Nigeria a dans son palmarès le Lion d’or de Venise décerné en 2015, entre autres.

Les deux artistes ont marqué leur temps. Et font l’unanimité autour de leurs œuvres. Selon rfi.fr, « La distinction des deux premiers artistes africains est certes la sensation de cette 29e édition du Praemium Imperiale et confirme l’importance grandissante des artistes africains sur la scène internationale ».

Youssou N’Dour et El Anatsui et les trois autres lauréats (l’artiste-cinéaste Shirin Neshat, l’architecte Rafael Moneo,   Mikhail Baryshnikov dans la catégorie Théâtre/Cinéma) recevront leurs prix, 15 millions yens, soit 114 000 euros, le 18 octobre prochain à Tokyo  au Japon au cours d’une cérémonie.

Le Prix Praemium Imperiale

Créé en 1989, et remis chaque année par un membre de la famille de l’empereur Akihito, le prestigieux Prix Praemium Imperiale vise à promouvoir la paix via les arts dans le monde. Cette distinction qui équivaut au Nobel des Arts célèbre également la mémoire du prince Takamatsu qui a vécu de 1905 en 1987, connu pour son goût et son soutien aux arts. De son vivant, il dirigea l’Association japonaise des beaux-Arts. Selon lui, les arts sont un bon canal pour la promotion des valeurs de la paix et du vivre-ensemble. Ce prix a été justement lancé pour rappeler et perpétuer ces principes à travers le monde.

Depuis sa création à nos jours, plus de 140 artistes ont été récompensés parmi lesquels les peintres  Tadanori Yokoo (2015),  Martial Raysse (2014) et Cindy Sherman (2016); les sculpteurs  César (1996), George Segal 1997,  Dani Karavan (1998) ; les architectes Richard Rogers (2000) Jean Nouvel (2001) et Norman Foster (2002) ; les musiciens Pierre Boulez 1989,  Leonard Bernstein (1990) et  György Ligeti (1991) ; les acteurs du cinémas ou du théâtre  Maya Plisetskaya (2006) Ellen Stewart (2007) Sakata Tōjūrō IV (2008).

Comment se fait-il le choix des lauréats ? D’abord des conseilleurs internationaux font des propositions au Comité anonyme de l’Association japonaise des beaux-Arts. Cette dernière instance se charge ensuite de faire son choix. Et  les heureux élus sont annoncés dans le mois de septembre de chaque année. Et la cérémonie de remise des médailles se passe généralement dans le mois suivant, c’est-à-dire en octobre (ou en novembre). En présence du prince Hitachi, son altesse impériale.

L’Afrique a attendu son temps, presque trente ans certes, pour faire son entrée mais de façon remarquée dans ce sélect club prestigieux des artistes. Avec deux de ses meilleurs ambassadeurs : le Sénégalais Youssou N’Dour dans la catégorie de la musique et le Ghanéen El Anatsui dans celle de sculpture. Cette distinction vient renforcer un peu plus leur renommée.