La Conférence des Evêques du Togo a déclaré ce dimanche 17 septembre être «vivement préoccupée par la situation sociopolitique que nous vivons depuis quelques semaines, elle a jugé opportun d’organiser dans tous les diocèses, une prière de supplication en faveur de la paix, plus précisément en faveur des réformes institutionnelles et constitutionnelles. Son objectif est d’implorer la lumière de l’Esprit Saint sur les plus hautes Autorités de notre Pays afin qu’elles opèrent urgemment les réformes demandées par le peuple conformément à la Constitution de 1992 ».

En mentionnant dans leur sortie la Constitution de 1992, même s’ils se gardent de dire ouvertement retour à ladite constitution, les évêques semble prendre position aux côtés de l’opposition qui dit être porteuse des doléances du peuple. Cette opposition demande le retour à la Constitution 1992 votée à plus de 97% par les Togolais mais plusieurs fois modifiée par le régime pour la tailler sur mesure pour les Gnassingbé père et fils.

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L’élément essentiel dans cette Constitution qui cristallise les débats est la limitation du mandat présidentielle à deux quinquennats avec la précision que nul ne devra en faire, en aucun cas, plus de deux. Il y a aussi le mode du scrutin à deux tours qui a été modifié et dont la population demande le retour.

Cette Constitution de 1992, le pouvoir estime qu’elle est dépassée. Voilà pourquoi le fait que les évêques, autorité morale du pays, l’aient mentionnée est un soutien de taille aux revendications de la population et à la contestation.

Depuis quelques semaines, face à la contestation et pour justifier ses répressions, le pouvoir avance que la paix est menacée dans le pays. Il a même fait organiser des marches et un concert pour la paix. Seulement les évêques viennent de soutenir le contraire.

 « La Conférence des évêques du Togo attache  une importance particulière à ces réformes sans lesquelles il est impossible de ramener la  paix et la cohésion sociale dans notre Pays. Elle est convaincue qu’elles sont indispensables à notre », lit-on dans la déclaration.

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L’utilisation de la force militaire contre les manifestants dans les rues ne laisse pas les évêques indifférents. Ils disent  « exhorter, en particulier, l’Armée à adopter une attitude républicaine de neutralité en évitant toute immixtion dans le débat politique, conformément à notre
Constitution »
.

« Les évêques sont particulièrement préoccupés par les violences exercées par les Forces de l’Ordre et de Sécurité sur les populations dans certaines localités de notre Pays, après les manifestations des 6 et 7 septembre 2017. Ils condamnent l’usage excessif de la force contre des concitoyens, parfois jusque dans leurs propres domiciles. Les Évêques estiment que les auteurs  de  ces  actes  ainsi  que  leurs  commanditaires  déshonorent  le  corps  auquel  ils appartiennent ainsi que la foi qu’ils professent », ajoute la déclaration.

Les manifestations du pouvoir organisées les mêmes jours que celles de l’opposition au cours desquelles on aperçoit les gouvernants en tricot du parti au pouvoir ne sont pas restées hors de la portée des critiques des Évêques du Togo. Ils disent « inviter les responsables des Institutions de la République à éviter d’afficher publiquement leur appartenance politique et demandent aux leaders politiques de notre Pays d’éviter d’organiser le même jour des manifestations antagonistes, de peur que ces rassemblements ne débouchent sur des affrontements aux conséquences imprévisibles ».

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Ils invitent aussi les populations à ne pas céder à la tentation de commettre des actes de violence ou des représailles contre leurs frères et sœurs d’autres convictions politiques.

Cette sortie des prélats vient renforcer la légitimité des revendications de l’opposition qui déjà jouissait d’un soutien populaire inédit. Elle ne manquera pas de stimuler davantage la contestation. Désormais les manifestants savent que s’ils sont dans la rue, ils le sont aussi au nom des Évêques. Et s’ils sont réprimés, ce sont les évêques aussi qui le sont. Ce qui peut tout changer dans les rapports de force.

Intégralement de la déclaration CET 14 09 17