La musique ? L’arme du futur. Ainsi parlait Fela au milieu des années 70. C’était à la suite de la guerre de sécession que connût son pays le Nigéria cinq ans durant, quand la soldatesque avait pris son peuple en otage, reléguant aux oubliettes les questions de droits, de libertés et de démocratie. Une voix s’éleva alors de la frayeur et de la peur ambiantes pour porter haut les aspirations communes, avec à la clé une répression dont le corollaire fût la torture et l’emprisonnement à plusieurs reprises, sans pour autant parvenir à démonter ce grand esprit dont les œuvres s’en allèrent plus provoquantes et revendicatrices.

Quatre décennies plus loin, voici qu’une Ong américaine, Equal Access, ayant ouvert une branche camerounaise deux ans seulement plutôt, a décidé de donner libre cours à la musique pour célébrer les valeurs de paix et participer à l’effort du gouvernement et des populations camerounais pour en venir à bout d’un ennemi difficile à identifier et à circonscrire du nom de Boko Haram. Et qui a poussé le Cameroun à lui déclarer, depuis quelques années, une guerre sans merci. Avec à la clé des centaines de morts, y compris jusque parmi les populations civiles alentour. Une œuvre qui a  pris la forme d’un disque de trois minutes et trente-six secondes où de jeunes chanteurs croisent le verbe avec une pointure musicale camerounaise du nom d’Isnébo, fondateur et leader du groupe Kawtal.

Une réalisation qui, bien que travaillée dans l’urgence, n’en demeure pas moins un single de qualité. Que le public de Garoua d’ailleurs a apprécié avec enthousiasme et chaleur le 26 août dernier au cours d’un concert de présentation dans l’enceinte de la mairie de cette ville du nord du pays où naquit en 1924 un certain Ahmadou Ahidjo, premier président du Cameroun. Un morceau qui a pour titre «Gondal» ((un terme fufuldé qui veut dire en français Vivre ensemble) et où, à coup de textes ciselés, les chanteurs appellent de tous leurs vœux la paix tant nécessaire pour bâtir une nation forte et prospère.

Faire beaucoup avec très peu

«Nous sommes un ! », «Nous sommes une famille», «Nous sommes ensemble», «Main dans la main, unissons-nous pour l’amour et semons la tolérance», scandent les artistes. Sur un tempo qui met en harmonie les rythmes traditionnels du cru et ceux issus des cités. Ngoni, garraya (instruments traditionnels) côtoient ainsi allègrement la guitare et la batterie électronique. Pour un rendu tonique à la congruence de plusieurs associations rythmiques. On se prend à danser, emporté par une fièvre heureuse que la souffrance des populations ne parvient pas à freiner. Et dire que tout cela a été enregistré en un seul jour !

La musique été enregistrée dans un petit studio de Garoua, preuve qu’on peut faire beaucoup avec très peu. Réalisé dans la foulée par Kader Yodi, le clip transpire la félicité recherchée dans un espace géographique gagné par la stupeur et le doute. Les chanteurs y vont de leur talent et déclament leur texte avec une empathie et une détermination que la joie sur leur visage véhicule à merveille. Toutes choses qui ouvrent la porte à ce réarmement moral à inoculer chez tous les humains afin que tolérance et solidarité puissent y trouver un havre favorable dans la longue marche du monde.

Une magnifique idée au bout pour Equal Access, une Ong qui en moins de deux ans au Cameroun fait ainsi parler d’elle au-delà des frontières domestiques de son action dans le septentrion camerounais. Où elle tente avec quelque succès d’instiller dans les communautés cet esprit du vivre ensemble à travers des activités variées dont des programmes radiophoniques diffusés sur des ondes des radios communautaires. Cela avec l’ambition affichée de contribuer à l’avènement d’un changement social positif pour des peuplades souvent en proie à la fièvre communautariste, voire séparatiste.