Quand le président tanzanien John Pombe Magufuli est venu au pouvoir en 2015, il a suscité beaucoup d’espoirs chez pas mal d’Africains en mal de repères. Il était considéré comme un modèle à suivre, un réformateur qui ne se souciait que du bien de son pays. Sa campagne contre la corruption lui a valu le surnom Bulldozer, qui allait détruire tous les vieux corrompus. Les réseaux sociaux eux, ont inventé en son honneur le hashtag #whatwouldmagufulido (Que ferait Magufuli), comme s’il avait des pouvoirs magiques pouvant régler tous les problèmes.

Pour couronner le tout, le président tanzanien a récemment révélé son salaire mensuel de 4000 dollars. Il serait l’un des plus bas chez les présidents de la République, signe qu’il n’est pas au pouvoir pour s’enrichir personnellement.

Mais un évènement pourrait changer cette perception de président altruiste. D’après le journal kenyan The East African, Juma Nkamia, un député membre du parti au pouvoir Chama ca Mapinduzi doit présenter le mois prochain un projet de loi. Il vise à amender la Constitution. Ceci, afin d’amener les mandats présidentiels de 5 ans à 7 ans.

Magufuli ne cesse de répéter qu’il va respecter la Constitution et qu’il quittera le pouvoir après ses deux mandats. Mais, l’opposition a du mal à croire que les députés vont rallonger la limite des mandats sans la bénédiction du président de la République. Après tout, tous les présidents qui manipulent les Constitutions pour se maintenir au pouvoir prétendent que « le peuple » le leur a demandé.

La fin de l’exception tanzanienne

Les rumeurs sur une éventuelle prolongation des mandats du président Magufuli ont commencé a circulé en avril dernier. L’ancien président Ali Hassan Mwinyi avait suggéré qu’il faudrait donner à Magufuli 4 mandats. Le but: pour que celui-ci continue à reformer le service public. « Si ce n’est la limite des mandats, j’aurais suggéré que Magufuli soit notre président pour l’éternité », a dit Mwinyi.

Même si le pouvoir reste aux mains du même parti depuis son indépendance, la Tanzanie est l’un des rares pays sur le continent où le transfert du pouvoir se passe pacifiquement et régulièrement tous les 10 ans depuis 1985, quand le premier président Julius Nyerere a décidé d’aller à la retraite. Si Magufuli et son parti brisent cette tradition, la Tanzanie pourrait sombrer dans le chaos, comme au Burundi, en République Démocratique du Congo ou en Ouganda voisins, qui sont en crises politiques à cause des présidents en exercice qui ne veulent pas quitter le pouvoir après la fin de leurs mandats.

Et  comme dans les autocraties voisines, le pouvoir de Magufuli est régulièrement accusé de museler la presse et d’empêcher l’opposition de manifester.