Noire de teint, 1 mètre 78 de taille, Grâce Wani va représenter la République démocratique du Congo au prestigieux  Miss Africa USA Pageant, aux Etats-Unis. Ce concours rassemble chaque année des jeunes femmes africaines pour représenter leurs pays et partager leurs cultures avec le reste du monde. C’est souvent aussi l’occasion de célébrer le pouvoir de la femme africaine et de la fraternité d’accueil.  Le « Pageant » aide les candidates à construire l’estime de soi et la confiance dans les jeunes femmes africaines qui grandissent dans une culture diversifiée.

Ce concours fut lancé depuis 2005, et chaque année la gagnante s’engage pour une cause dans son pays, des fois même sur tout le continent africain. En 2008 par exemple, Miss Mfonobong Essiet la gagnante était nigériane avait pu récolter près d’un demi-million de dollars pour construire 6 hôpitaux en faveur de plusieurs communautés de son pays. Miss Grâce Wani, peut-être la prochaine gagnante  du Pageant?

Sélectionnée pour représenter la RDC cette année après une série d’élimination et d’interviews, Grâce Wani, 23 ans et originaire de la province du Sud-Kivu, a un rêve et un message important à passer : « la réelle beauté d’une femme est son éducation». Elle veut se lancer dans la réinsertion scolaire des jeunes filles dans l’est de la RDC.

La mission de ce concours, qui réunit une vingtaine de pays africains cette année, est entre autres de créer des compétences en leadership, d’améliorer les compétences dans le développement communautaire et l’autonomisation par le biais de services humanitaires. C’est aussi une occasion pour ces filles d’être les voix des sans voix et partager les préoccupations de leurs communautés d’origine.

Ces ambassadrices du continent aux USA projettent une image positive de l’Afrique en face du monde. Interview avec Grace Wani

TIA : Quelles sont vos profondes motivations pour ce concours, Grâce Wani ?

Grâce Wani : Je travaille présentement sur un projet de la réinsertion des enfants démunis à l’école, dans la province du Sud Kivu. Etre Miss, n’est pas seulement ce que « Je veux », ce n’est pas quelque chose que je fais pour moi ! Ceci est une opportunité pour moi de finalement dire au monde que la beauté d’une femme n’est pas ce que l’on voit dans le miroir. C’est Plutôt son courage, son attention, son amour, sa gentillesse, les paroles et actions qu’elle dit et fait au quotidien, son affection, sa patience, sa modestie,  et surtout son ÉDUCATION. Je veux être miss pour promouvoir l’importance qu’a l’éducation d’une jeune fille , et précisément une fille Africaine.

TIA  : D’où vous est venue l’envie de vous intéresser au sort des filles des Kivu?

Grâce Wani : La bible dit : « Ouvre ta bouche en faveur du muet, pour la cause de tous les délaissés !» Dans ma classe, au lycée, la plus part de fois (mes collègues peuvent le dire) , j’étais toujours celle qui « parlait pour les autres ». Pas parce que j’étais la plus  intelligente, mais seulement parce que je suis sûr qu’il n’y a rien de plus satisfaisant sur terre que ce sentiment d’être au service de ceux qu’on aime.

Grâce Wani
Grâce Wani

TIA : Votre beauté, depuis quand l’avez-vous découverte, et depuis quand avez-vous décidé de l’utiliser pour aider des filles congolaises?

Grâce Wani : Je ne pense pas l’avoir déjà découverte, pas encore ! Tout ce que je sais, et j’y crois,  c’est qu’une belle femme, c’est une femme qui connaît son histoire et la dit tout haut partout où elle passe. Une femme fière de son passé et confiante en son avenir. Une femme qui, chaque fois quand tu la regardes ou lui parles, te donne de l’espoir, t’inspire respect et admiration sans rien te donner de matériel ou son physique. Je prie toujours que je sois une telle femme.  Mais on ne peut le devenir que si on est instruit, si on est éduqué. C’est pour ça que je prône l’idée  que l’éducation est la vraie beauté d’une femme.

TIA : D’où vous est venue  cette pensée que la vraie beauté d’une fille c’est son éducation?

Grâce Wani : Quand moi je vois la non-scolarisation, je vois la pauvreté, la maltraitance, la malnutrition, l’inégalité, l’ignorance, la limite dans la réflexion, etc. Dites-moi, peut-on être belle tout en étant dans l’une de ces situations?

Je dis que la beauté d’une fille c’est son éducation parce que c’est à travers elle qu’elle est capable de faire entendre sa voix. Son éducation lui permet de participer activement aux prises de décisions de la société dans laquelle elle vit.

Sa beauté physique ne peut attirer  que « l’attention » de gens, Mais sa connaissance attire le « respect ».

C’est pour ça que mon cœur se fend chaque fois que j’entends parler d’histoires de mariages précoces qui se font encore dans mon pays. C’est cruel que de marier sa fille en bas âges, je ne cesserais jamais de le dénoncer. La place des enfants c’est à l’école, pas dans le foyer!

TIA : Utiliser sa beauté pour défendre une cause, ne craignez vous pas que cela soit pris comme une dérive? Comme un peu se prostituer? Certains Congolais très conservateurs ne risquent-ils pas de le prendre ainsi ?

Grâce Wani : Non, je ne le crains pas du tout. Je n’ai jamais eu de problème avec ce que les gens peuvent dire ou penser de moi. Ils en sont libres! Ce concours est une opportunité pour moi de partager mes idées avec le monde entier. Si la beauté dont je parle est un problème pour les uns, ça ne me dérange pas! J’ai mon propre concept de la beauté, et personne ne le changera.

TIA : Quels sont vos autres objectifs et projets ?

Grâce Wani : L’avenir nous réserve beaucoup. Actuellement Je suis une étudiante en Biologie-Chimie, Je compte me spécialiser après en Santé Publique Globale. Je travaille sur ce projet de réinsertion des enfants à l’école, j’espère de tout cœur que ça marche.

Ma Sœur cadette et moi avons aussi un business « mylwens » sur lequel nous travaillons jour et nuit. Nous vendons des sacs à main pour femme. Notre but est d’avoir une marque connue, et nous ferons tout pour y parvenir.

L’avenir? Dieu seul sait!