Très apprécié de ses compatriotes, Teddy Afro est un artiste qui véhicule dans ses chansons les maux que rencontre la société éthiopienne. De la division ethnique à la mal gouvernance en passant par le passé reluisant de son pays, tout passe dans ses chansons. Aujourd’hui, sa réputation traverse les frontières.

Artiste engagé et populaire

Selon Emeline Wuilbercq, correspondante du journal français Le Monde à Addis-Abeba, la popularité de Teddy Afro tire son origine, non « pas seulement pour ses chansons entraînantes, ou sa nostalgie assumée de l’Empire » mais parce qu’il « critique aussi de manière subtile le gouvernement actuel, qui ne fait pas vraiment l’unanimité ». Il  sait choisir les mots justes pour distiller ses messages d’éveil et de conscientisation dans l’opinion.

Un couple de vedettes

Tewodros Kassahun vit à Legetafo, une région de l’Ethiopie. Il est en couple avec Amleset Muchie duquel sont nés deux enfants. La femme a fait les études de cinéma à New York film Academy. Et a été l’heureuse élue de Miss University en 2004 et gagnante du Concours Miss world Ethiopia. Elle milite pour les causes environnementales. C’est donc un couple d’engagés.

Successeur de Mahmoud Ahmed et de Mulatu Astatke

Mahmoud Ahmed, 76 ans,  et Mulatu Astatke, 74 ans,  sont considérés comme des stars vivantes de la musique éthiopienne. Mais de nos jours, ils ont un digne successeur, Teddy Afro qui, à 41 ans, devient une icône. Et pourra même dans un futur proche leur faire de l’ombre.

Ses œuvres s’arrachent comme des petits pains

La carrière musicale de Teddy Afro débute véritablement avec la sortie de son premier album intitulé « Abugida » sorti en 2001. Mais en 2005 c’est le troisième appelé « Yasteseryal » (ce qui signifie pardon dans l’ancienne langue éthiopienne guèze) qui le fera  plus connaître de l’opinion nationale éthiopienne et dans la diaspora aux Etats Unis.

Dans son chef-d’œuvre, l’auteur fait revisiter les travers du régime militaire du DERG qui a dirigé son pays entre 1974 et 1987. Il y souligne également des similitudes entre les autorités d’alors et celles d’aujourd’hui. Un culot que n’a pas apprécié le régime. Quoi qu’il en soit, cet album le révèle comme le défenseur des sans-voix, un artiste qui a choisi le camp des oppressés, des brimés.

S’il sort son quatrième opus « Tikur Sew »  en 2012, c’est le cinquième intitulé « Ethiopia » qui procure à Teddy Afro le succès artistique sur le plan international. Sorti en mai 2017, deux semaines seulement ont suffi pour que 600.000 exemplaires soient vendus. Et sa chanson-éponyme se classe à la première place du classement de Billboard’s World Albums. Un succès inédit. S’il a obtenu une telle notoriété, c’est parce que l’auteur y développe « les épisodes glorieux de l’histoire éthiopienne, et rende hommage aux anciens empereurs » notamment Haïlé Sélassié 1er.

Teddy Afro
Teddy Afro, peut être fier d’être aimé de ses concitoyens, mais les autorités ne le portent pas tous dans le cœur.

La censure  d’Addis-Abeba

L’artiste qui prône l’unité nationale dans ses chansons dans un pays divisé par le fait des politiciens au pouvoir n’est pas bien vu par ces derniers. Sa voix porte, dérange jusqu’au plus haut sommet de l’Etat. Souvent dans ces genres de situation, c’est la censure qui est imposée à l’artiste.

En 2006, il lui est reproché « un délit de fuite dans un accident ayant causé la mort d’un homme ». L’accusé  nie les faits. Aujourd’hui encore, ses soutiens et partisans concluent toujours à « un acte de revanche politique ». Finalement, il est condamné pour dix-huit mois de prison « pour homicide involontaire ».

« Mais c’est avec les autorités, inquiètes de son immense popularité et des messages qu’il peut faire passer, que Teddy Afro a le plus de problèmes. Le 3 septembre, la soirée officielle de lancement de son album a été annulée, tout comme la diffusion de son interview sur une chaîne de la télévision nationale. Quant à son gigantesque concert prévu pour le réveillon du Nouvel An éthiopien, le 10 septembre, il a également été décommandé », rappelle la journaliste.

Cette persécution, semble-t-il, au lieu de le décourager, accroît plutôt sa notoriété et sa popularité au sein d’une jeunesse éthiopienne en manque de repère dans un pays d’un peu plus de 96 millions d’habitants où, selon jeuneafrique.com, la mortalité infantile est de 41, 4 pour mille, le taux de l’analphabétisme des adultes frôle les 50%, le taux brut de scolarisation au secondaire est presque 35%….

L’Ethiopie est un pays de l’Afrique de l’Est. Ses dirigeants ont un rapport complexe avec la démocratie. C’est un pays qui a connu des troubles sociopolitiques, des guerres, de la famine, entre autres. Et qui abrite, il faut bien le rappeler, le siège de l’Union Africaine.