A Lomé, tout le monde en est convaincu. La coupure d’électricité de la nuit du dimanche 22 octobre est destinée à empêcher les Togolais de suivre le documentaire sur les « 10 jours qui ont précédé la chute de Blaise Compaoré » diffusé sur TV5 Monde Afrique. Énième acte d’un long chapelet qui indique comment Lomé redoute une situation à la burkinabè.

« Le Togo c’est le Togo, le Burkina c’est le Burkina », on ne peut plus compter le nombre de fois que pouvoir et ses porte-parole ressassent cette assertion. Depuis la chute de Blaise Compaoré fin octobre 2014, au Togo, le pouvoir tente de se convaincre que ce qui est arrivé à Blaise Compaoré, au Burkina, ne peut jamais arriver à Faure Gnassingbé, au Togo.

Depuis mi-août que les contestations majeures anti-pouvoir secouent le Togo, le cas burkinabé est de nouveau assez évoqué dans le débat public. Mi-août, à la veille des premières manifestations majeures du Parti national panafricain (PNP) de Tikpi Atchadam, le ministre en charge de la Sécurité Yark Damehame a lâché une phrase qui a trahi la peur du régime d’un sort à la burkinabè.

« Nous savons ce qu’ils ont ans la tête mais cela ne se passera pas dans ce pays », a-t-il déclaré avant de préciser plus tard à Jeune Afrique que « l’organisateur (Tikpi AtchadamNDLR) a le schéma du Burkina Faso en tête ».

Début octobre, le même ministre et un autre membre influent du gouvernement de Faure Gnassingbé, Gilbert Bawara, se retrouvent au Burkina. A Ouagadougou, ils rencontrent les autorités pour tenter de servir leur version de la situation qui prévaut dans le pays. Et, face aux médias, Gilbert Bawara affirme que  « l’exemple burkinabè a induit les gens en erreur (…) Chaque pays à ses réalités », tentant de d’assurer qu’ « au Togo, l’armée est républicaine, elle est loyale. »

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Le dernier acte de la phobie d’un scénario à la Blaise Compaoré est ce qui apparaît comme une censure de la diffusion du film de la chute de l’ex-chef d’Etat du Burkina Faso au Togo. Toute la journée du dimanche 22 octobre, l’annonce de la diffusion du documentaire  a fait le tour des plateformes sur les réseaux sociaux. A l’heure de la diffusion, une suspecte coupure d’électricité dans plusieurs quartiers de la capitale a empêché plusieurs de suivre le film de la chute de l’ex dictateur burkinabé. Suspecte coupure comme celle pendant laquelle, dans la nuit de Lundi 16 à mardi 17 octobre, un imam a été arrêté à Sokodé, deuxième ville du pays et qui a déclenché une vague de manifestations violemment réprimées dans tout le pays.

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La « censure », n’a pas pour autant empêché les réseaux sociaux de reprendre le lien du film pour ceux qui auraient raté la diffusion en direct.

On le voit, jamais le Burkina de Blaise Compaoré n’a été aussi présent au Togo de Faure Gnassingbé.