En se lançant dans la téléphonie, Strive Masiyiwa s’est fixé comme objectif de fournir un téléphone à chaque Africain. C’était comme un rêve, étant donné que dans les années 90, pas même 1% n’avait vu un téléphone portable. Aujourd’hui, dit-il, plus de 70 % des Africains ont un téléphone portable.

Le succès dans les télécommunications commence pour Strive Masiyiwa en 1997, quand il gagne le marché de créer la première compagnie de téléphonie mobile au Botswana. Mascom (Masiyiwa Communications), a jusqu’à présent 70% du marché botswanais. Depuis, Masiyiwa ne s’est jamais arrêté.

Sa société Econet dispose aujourd’hui de filiales dans une dizaine de pays d’Afrique dont le Botswana, l’Afrique du Sud, le Kenya, le Burundi… Strive Masiyiwa a des investissements aussi aux Etats-Unis, en Angleterre, ou encore en Nouvelle-Zelande. Le montant de sa fortune n’est pas bien connu. Alors que le magazine américain Forbes l’estime à 600 millions de dollars,  Ventures Africa estime la fortune de Masiyiwa à 1,4 milliards.

Mais si l’homme ne cherchait qu’à s’enrichir personnellement, il aurait très peu d’intérêt pour nos lecteurs. Mais il s’est donné l’objectif d’aider le plus grand nombre possible d’Africains à maitriser les règles du capitalisme. Il veut voir des entrepreneurs africains créer l’équivalent de Facebook, de Twitter, d’AIibaba ou de Uber sur le continent. Ça se passe sur les réseaux sociaux : chaque semaine, il poste sur sa page facebook, suivie par plusieurs millions de personnes, les secrets tirés de son expérience personnelle pour créer une entreprise de rang mondial. En bon évangéliste, il prêche la bonne nouvelle : le nouveau terrain pour créer des richesses est accessible à tous les Africains qui peuvent s’offrir un téléphone portable, et c’est l’Internet.

Construire des entreprises de niveau mondial  à partir de l’Afrique

Strive Masiyiwa est convaincu que, si les Américains, les Chinois ou les Japonais construisent des empires qui valent plusieurs milliards de dollars, les Africains aussi le peuvent. Lui aussi il l’a pu. Et, plus il y aura des Africains qui construiront des entreprises de niveau mondial, plus il y aura des emplois, et les Africains sortiront de plus en plus de la pauvreté.

« Lorsque votre entreprise est petite, vous devez évidemment travailler chaque jour et chaque soir pour qu’elle réussisse, avec de l’énergie et de la passion, et avec un profond désir de la rendre plus grande », écrit-il dans une publication.

« Il est important de permettre à votre entreprise « d’avoir une vie propre », séparée de vous. Ce doit être un personnage vivant autonome qui a ses propres besoins, séparé de vous. Vous n’êtes pas l’entreprise et l’entreprise n’est pas vous ».

Ainsi, il conseille aux entrepreneurs africains de ne pas utiliser l’argent de leurs petites entreprises à des fins propres. Ainsi, l’entrepreneur doit se fixer un salaire qui n’est pas supérieur à celui qu’il toucherait s’il travaillait dans une autre entreprise. Cela lui permettra de réinvestir toutes les bénéfices dans son entreprise pour l’agrandir, ouvrir d’autres filiales, etc.

« Lorsque je commence une nouvelle entreprise, je ne prends pas plus de 25% du profit. Et je ne prends que de l’argent après un minimum de 4 ans de bénéfices consécutifs. C’est un principe que j’ai appris de la Bible il y a plus de 20 ans tout en étudiant les lois de Moïse ».

Attirer les investisseurs

Pour développer des entreprises de niveau mondial, les entrepreneurs africains doivent aussi pouvoir attirer les investisseurs de niveau mondial. Pour ça, ils doivent maitriser les codes du milieu, et Strive Masiyiwa tient à leur enseigner tous les secrets.

« Vous devez connaître votre propre pays à travers ses chiffres. Des choses comme le PIB, le PIB par habitant, le taux de change, le taux d’inflation, doivent sortir de votre bouche presque sans hésitation ».

D’ailleurs, c’est en parti pour révéler aux Africains les secrets du capitalisme que Masiyiwa a lancé en décembre 2015 la chaine de télévision, Kwese TV, aujourd’hui visible dans 13 pays anglophones d’Afrique, et qui devrait être diffusée dans les pays francophones dans les mois ou les années à venir.

Dans l’une des émissions phares intitulée « The Profit » (« le profit »), initialement diffusée sur une chaine américaine, un riche entrepreneur et investisseur Marcus Lemonis visite des entreprises en difficultés, les aide à se reconstruire et à les rendre plus profitables. Il y investit son propre argent et en échange les entreprises lui donnent un pourcentage de leurs bénéfices.

Cette émission est très inspirante montre comment le monde des affaires est impitoyable. Dans ses efforts pour reconstruire les entreprises en difficulté, Marcus Lemonis n’hésite pas à virer même les fondateurs des entreprises dans lesquelles il investit, s’il les juge inefficaces.

Une autre émission de télé-réalité nommée « Shark Tank », initialement publiée sur la chaine américaine ABC, et dont Kwese TV a les droits exclusifs de diffusion en Afrique, montre des entrepreneurs faire des présentations devant un jury d’investisseurs, qui décident s’ils vont investir ou pas. D’après Masiyiwa, ces émissions, et beaucoup d’autres, doivent enseigner les entrepreneurs africains à « parler le langage de l’argent ».

Internet : la clé pour épandre son entreprise partout en Afrique et dans le monde

Dans une série de post publiés en Avril et Mai 2017, Masiyiwa encourage les Africains à saisir les opportunités qui s’offrent à eux avec Internet.

« Vous pouvez créer une entreprise panafricaine ou même mondiale du jour au lendemain grâce au smartphone (ordinateur de poche) qui vous donne accès à Internet. Aujourd’hui, il y a déjà 250 millions de personnes avec des smartphones en Afrique que vous pouvez utiliser pour connecter, vous et votre entreprise au monde, instantanément. Tout ce qu’il vous faut, c’est de développer des produits et des services pour eux».

C’est ce qu’ont fait les géants comme Google, Alibaba, Netflix, et que les Africains doivent faire aujourd’hui, conseille-t-il. Ce n’est pas par hasard que le propriétaire d’Amazon, Jeff Bezos, a brièvement détrôné Bill Gates récemment pour devenir l’homme le plus riche du monde. C’est que le vendeur des livres voit Internet et l’utilise comme une mine d’or.

Le magnat des télécom conseille les Africains de penser à Internet comme l’Immobilier : « Vous pouvez y construire tout ce que vous voulez, des maisons, des business, des supermarchés et même des villes ».

La bonne chose avec Internet, c’est que les fonctionnaires corrompus, qui mettent souvent des obstacles aux entrepreneurs africains, ne peuvent empêcher personne d’y créer un site Web ou une page Facebook pour vendre son produit ou son service.

Education : redonner à la société

Strive Masiyiwa ne se contente pas d’amasser des richesses, il redonne aussi beaucoup à la société, surtout à travers l’éducation. Il est convaincu que :

« nous ne pouvons pas faire grand-chose pour développer nos nations si nous n’abordons pas d’abord l’éducation. Nous ne pouvons pas faire grand-chose pour assurer notre sécurité si nous n’abordons pas d’abord l’éducation ».

C’est pourquoi il donne beaucoup de son argent pour financer les études des enfants en difficulté. Sa femme Tsitsi Masiyiwa dirige Higher Life  Foundation, une fondation qui donne des bourses d’études à plus de 40 000 enfants du primaire à l’Université, venant de divers pays comme le Zimbabwe, Botswana, le Burundi ou le Lesotho. Certains étudient dans des pays comme l’Afrique du Sud, les Etats-Unis  ou l’Australie, où l’éducation est de qualité mais beaucoup plus chère.

En première ligne dans la lutte contre Ebola

En 2014 et 2015, quand le virus Ebola fait des ravages en Afrique de l’Ouest, Masiyiwa mobilise toutes ses ressources. Il pilote la campagne « L’AFRIQUE CONTRE EBOLA » (#AfricaAgainstEbola). Il demande à ceux qui étaient disposés et en mesure de contribuer de faire des dons aussi petits que 20 centimes (un cinquième de dollars) en utilisant soit un numéro de SMS désigné par leur fournisseur de réseau local, soit en ligne (www.africaagainstebola.org).

 Il mobilise aussi les hommes d’affaires africains en coordination avec l’Union africaine.

Plusieurs hommes et femmes d’affaires joignent la campagne, y compris le milliardaire nigérian  Aliko Dangote, les Sud-Africains Phuthuma Nhleko (groupe MTN), Patrice Motsepe, le Tanzanien  Yusuf Manji et beaucoup d’autres.

La campagne visait à mobiliser des fonds pour soutenir le recrutement, la formation et le déploiement des travailleurs  de la santé africains, en partenariat avec l’Union africaine. Grace aux 34 millions de dollars récoltées, l’Afrique a pu déployer plus de 856 travailleurs de la santé du Burundi, du Cameroun, du Congo, de la RDC, de l’Éthiopie, du Kenya, du Niger, du Nigeria, du Rwanda, de l’Afrique du Sud, de la Tanzanie, de l’Ouganda et du Zimbabwe.  C’était le plus grand groupe de professionnels de la santé déployés pour combattre Ebola dans les trois pays où il a éclaté, à savoir la Guinée, le Liberia et la Sierra Leone.

A l’Afrique, Masiyiwa rend un service formidable. Un travail de changement de mentalités. Il montre COMMENT les Africains peuvent se prendre en charge eux-mêmes. Plus important encore, il enseigne aux jeunes Africains à voir dans chaque problème une opportunité. Grace à sa contribution, les Africains verront de leurs continent, non pas une pléthore de problèmes, mais un océan d’opportunités. C’est cette nouvelle mentalité que l’Afrique a besoin d’adopter pour se remettre sur les rails.