L’un des exemples d’un État en faillite est le Mali que le blogueur Abdoulaye Guindo qualifie d’un État «qui a perdu toutes ses dents ».

« En 2014, … l’Etat malien perd à Kidal la présence symbolique de ses forces armées et de son gouverneur. Le gouvernement ne contrôle plus, depuis, qu’une partie du nord du pays. Le reste étant occupé par des factions rebelles et des groupes terroristes qui y font la pluie et le beau temps. Quant au centre du Mali, le gouvernement n’y contrôle que les grandes zones urbaines : l’essentiel du territoire vit sous la coupe des bandits armés. Ces derniers poussent leur avantage militaire jusqu’à frapper régulièrement nos forces dans la région de Ségou », écrit Guindo

Et ça ne s’arrête pas là, d’après notre blogueur. « Depuis un certain temps, il [le gouvernement] n’arrive plus à faire appliquer la moindre de ses décisions au sud, où le territoire reste officiellement dans ses mains ».

Un État qui ne contrôle pas son nord, qui n’a l’autorité que sur une partie de son centre, et est incapable d’appliquer ses décisions dans le sud qu’il contrôle, peut-on encore l’appeler un État ?

La responsabilité des intellectuels

Ces critiques envers le Mali peuvent être appliquées toutes proportions gardées à la Centrafrique, au Niger, au Tchad, au Soudan, à la République démocratique du Congo et à une dizaine d’autres pays africains. Si un État qui n’a pas le contrôle pas son territoire, il ne peut protéger ses citoyens, assurer la justice et mettre en œuvre des projets de développement. C’est pourquoi l’urgence pour les pays africains est de construire des États forts, et la mission des intellectuels africains est de répondre à la question « comment ? »

Beaucoup d’Africains se trompent et croient que l’alternative aux États faillis est de trouver des « hommes forts » qui imposeront l’ordre par la force. Mais les hommes forts ont montré leur limite. Mobutu était un homme fort, mais ça ne l’a pas empêché de faire du Zaïre la caricature même d’un État en faillite. Robert Mugabe est un homme « fort » mais tout le monde sait qu’il n’a pas fait du Zimbabwe le pays de rêve. La seule ambition de Mugabe est de régner, 93 ans aujourd’hui, et de rester au pouvoir jusqu’à ses 100 ans, et de probablement se faire succéder par sa femme. Ce n’est pas exactement le type d’ambition qui fait avancer un pays.

Comme Mobutu, et comme Mugabe, il y a beaucoup d’ « hommes forts » sur le continent qui ne sont au pouvoir que pour leurs propres intérêts et ceux de  leur famille ou de leurs clans. Ces dirigeants affaiblissent l’État à leur propre profit et le défi des jeunes africains est de mettre en place des mécanismes, des institutions empêchant ce genre de personnes d’accéder ou de se maintenir au pouvoir.