On a l’impression qu’il y a une hyper médiatisation des actes relevant du terrorisme. Quelle analyse en faites-vous ?

Par définition, le journalisme s’exprime mieux en situation de crise. La crise attire généralement les journalistes et les médias comme la puanteur attire les charognards. A partir de ce moment, si vous estimez que les actes terroristes sont à un degré supérieur des crises normales que les entreprises, les pays et les organisations connaissent, vous imaginez donc que les journalistes et les médias vont aller vers ces actes parce qu’ils leur donnent une occasion en or pour exceller dans le récit. A partir de ce moment, on peut dire que les journalistes sont dans leur bons rôles puisqu’ils doivent aussi satisfaire aux droits du public de connaître ce qui se passe.  Cela dit, il faut faire attention parce que l’hyper médiatisation fait le jeu du terrorisme.  Parce qu’en réalité le terrorisme ce n’est pas le nombre de personnes qu’ils tuent mais c’est la dramatisation de l’acte qu’ils posent qui intéresse. Il y a une comparaison qui est faite généralement : le rapport qu’il y a entre le terrorisme, la démocratie et les médias d’une part, et de l’autre entre cette image de la mouche qui entre dans un magasin de porcelaine, qui a envie de tout casser, mais qui ne le peut pas. Ce qu’elle va faire, elle ressort, elle attrape l’éléphant qu’elle conduit vers le magasin de porcelaine. Elle s’introduit dans l’oreille de l’éléphant qui se débat. Vous imaginez ? Le terrorisme c’est cela. C’est compter sur les médias et les astuces démocratiques pour mieux faire mal.

Les avis sont divergents à propos de la question de savoir si le journaliste doit donner la parole aux groupes terroristes. Il y en a qui sont pour et d’autres sont contre. Quelle est votre point de vue?

Il faut faire très attention. Je vais prendre un exemple qui a été vécu dans un pays arabe, la Tunisie ou l’Algérie, où au lendemain d’un attentat qui a vraiment fait mal, un organe de télévision a  donné la parole aux parents des terroristes pour qu’ils donnent eux aussi leurs opinions sur ce qui venait de se passer. Ces parents ont pris la parole et ils ont même félicité leurs enfants qui ont commis des actes horribles et cela a créé un véritable scandale dans ce pays. Faut-il laisser les terroristes utiliser nos instruments légaux, nos instruments de démocratie contre nous-mêmes ? La réponse pour moi est NON. C’est-à-dire que face au terrorisme, il ne faut pas répondre par de la pure démocratie parce que eux, ils utilisent nos instruments contre nous. La liberté d’expression peut être vraie et juste pour tout le monde en temps ordinaire mais en temps de guerre telle que la guerre asymétrique que l’on impose au pays, je ne suis pas sûr qu’il sied de donner la parole aux terroristes.

Dans ce cas, est-ce qu’on n’enfreint pas un principe basique du journalisme qui est de donner la parole à tout le monde ?

Donner la parole la parole de façon équilibrée aux terroristes et ils feront l’apologie du terrorisme. Vous aurez obtenu quel résultat ?  C’est pour cela que même en démocratie, il y a des moments où la liberté d’expression est balisée de telle sorte qu’elle n’excède pas ce qu’il est convenu de faire. La liberté d’expression n’est pas du libertinage d’expression. Ce n’est pas parce que les gens ont la liberté de s’exprimer qu’ils vont commencer à parler de tout et de rien partout. Vous imaginez si au nom de la liberté d’expression on permet aux gens de parler de sexe, de religion, etc ? On aboutit à quoi finalement ? Donc il faut faire attention, il ne s’agit pas de libertinage. Il s’agit d’une liberté de presse qui est encadrée par des textes.