Le second round des “ateliers de la pensée” s’est déroulé du 1er au 4 novembre à Dakar au Sénégal. Lancés en octobre 2016 par l’économiste et écrivain sénégalais Felwine Sarr et l’historien camerounais Achille Mbembe, cette seconde édition a mobilisé une cinquantaine d’intellectuels africains et d’artistes invités pour débattre de l’avenir de l’Afrique à travers le thème « Condition planétaire et politique du vivant ». Ce nouvel espace de débats sur les réflexions qui animent l’Afrique pourra-t-il reformater les logiques de gouvernance en Afrique en vue de son “auto-accomplissement” et son rayonnement planétaire?

Un format singulier et des objectifs ambitieux

Le propos clairement assumé de ces ateliers est d’ancrer un espace de débat ouvert en Afrique avec des Africains sur le devenir du continent. L’un des postulats de base soutient qu’une partie de l’avenir du monde se joue en Afrique et que l’Afrique a une contribution à apporter. Quant aux débats, il visent à engager une réflexion plurielle et permanente permettant au continent de déterminer où elle veut aller et quel vivre-ensemble elle entend promouvoir en son sein propre et avec le monde.

Comme l’a précisé france24.com lors de la première édition, il faut remonter 50 ans en arrière pour retrouver une pareille instance de réflexions réunissant autant d’intellectuels africains en Afrique pour débattre de l’avenir du continent. 

Une autre singularité de ces assises de la pensée tient au caractère cosmopolite des participants. Ils sont des intellectuels, des penseurs et des artistes d’horizons divers, venant de l’Afrique et de ses diasporas.

Sur le plan fondamental, l’agenda de ce festival de la pensée vise à déconstruire les clichés accolés depuis trop longtemps à l’Afrique, interroger l’héritage colonial, redonner de la fierté aux peuples africains, restaurer son histoire et œuvrer pour la décolonisation des esprits.

De larges échos positifs

Même s’ils ont fait l’objet de quelques critiques, ces ateliers ont suscité un large écho positif, témoignant de l’attrait et de la force de cette nouvelle proposition pour soutenir la marche de l’Afrique vers un meilleur avenir. Selon les initiateurs, des demandes de labellisation sont à l’étude et pourraient déboucher sur l’ouverture d’un bureau à Dakar avec des antennes dans des villes d’Afrique et en France. Aussi, des demandes de « mini-ateliers » à l’intention des lycéens d’Afrique sont-elles à l’étude.

Vers un renouveau du leadership africain?

Le message de ce nouvel espace de réflexion est positif pour plusieurs raison. En revitalisant la pensée africaine, il promeut le droit des peuples à déterminer par eux-mêmes l’avenir qui leur est souhaitable. Aussi, s’ancre-t-il dans la nécessité pour chaque peuple, de s’approprier ou de déterminer son identité propre, une étape fondamentale pour la conquête de sa destinée. Enfin, il pose le principe de l’antériorité de la pensée sur l’action, de sorte à valider une approche stratégiquement assumée. Aussi, faut-il que l’action subséquente à la réflexion soit évaluée afin de nourrir de nouvelles réflexions qui alimenteront à leur tour, un nouveau cycle d’expériences. Un principe qui malheureusement n’est pas plébiscité par ceux qui dirigent ou prétendent à la gouvernance de nos États africains.

En réaffirmant la nécessité de penser comme élément décisif de la réalisation des aspirations des peuples africains, ce cadre oriente vers une nouvelle façon de gouverner en Afrique, censée garantir son développement propre et sa contribution assumée à un monde en constante évolution. Une nouvelle gouvernance qui accorde la primauté, du moins une place de choix, à l’articulation d’une vision d’avenir, sous l’égide de laquelle les choses peuvent être accomplies, ce que Richards et Engle (1986) appellent le leadership.

Le propos des ateliers de la pensée mérite d’être entendu et soutenu. Car, il appartient indéniablement aux Africains et à eux seuls de déterminer leur avenir et de le faire advenir. L’intérêt renouvelé des puissances étrangères pour l’Afrique ira toujours dans le sens de la poursuite de leur entreprise de domination et de pillage de ses ressources avec la complicité de dirigeants “simples”. En effet, cette volonté séculaire d’influence ne change pas fondamentalement dans le temps, même si elle s’adapte aux évolutions du monde en prenant de nouveaux visages[1].

Relever le défi de la durabilité et de la montée en échelle (africain et planétaire)

Pour réussir à faire corps avec toute l’Afrique, ces pensées méritent un large essaimage dans l’ensemble du continent et ses diasporas, de sorte à construire une génération mieux armée, du moins psychologiquement, à prendre en mains son destin et révéler sans se trahir, l’immense potentiel du continent. Dans cet esprit, outre les aspects techniques et organisationnels telles que l’ouverture de représentations, les promoteurs devraient garder le cap sur un socle de principes qui incluent la co-construction et le refus de s’enfermer dans des logiques de chapelle, la pluralité des approches et leur pertinence ainsi que la fermentation croisée des idées et expériences venant de l’Afrique et des autres parties du monde.

[1] voir “Retour sur les réflexions du discours d’Obama à l’Afrique : les colonisateurs ne sont jamais partis”, repéré à afrik.com