L’uvulectomie traditionnelle est une pratique dont beaucoup n’ont qu’une très vague connaissance, mais cette procédure séculaire est très répandue dans plusieurs parties du continent africain. Cette pratique a fait l’objet de recherches médicales approfondies visant à examiner et à comprendre son existence et sa fréquence. La luette est un « appendice de chair de forme allongée qui prolonge le bord postérieur du voile du palais ». Encore appelée l’uvule (à ne surtout pas confondre avec l’uvule du vermis, un lobe du cervelet, ou encore avec l’uvule de la vessie).

Il existe, depuis des siècles, des théories au sujet des fonctions de la luette, tant des hypothèses non vérifiées que des hypothèses scientifiquement vérifiables. La luette, selon des recherches médicales, influence le timbre de la voix, a des fonctions immunologiques et sécrète la salive dont les fluides sériques humectent la muqueuse oropharyngienne.

Pour ce qui est des inconvénients, la luette contribuerait au ronflement ou à une respiration bruyante pendant le sommeil. De plus, il existe de sérieux problèmes de santé qui peuvent requérir une intervention chirurgicale visant l’ablation de la luette. C’est le cas de l’apnée du sommeil, « un trouble du sommeil caractérisé par un arrêt du flux respiratoire ou une diminution de ce flux ».

uvulectomie
L’apnée du sommeil, un trouble du sommeil qui requiert une intervention chirurgicale pour l’ablation de la luette. Crédit photo : Shutterstock

Généralement, l’uvulectomie en Afrique est pratiquée par des médecins traditionnels, lesquels résèquent la luette, considérée comme responsable de « tout problème lié au pharynx ». Dans certaines parties d’Afrique, l’uvulectomie traditionnelle est pratiquée sur des petits enfants des deux sexes dans le cadre d’un rituel coutumier. Des recherches médicales révèlent que cette pratique est courante au Niger, au Nigéria (au sein de différentes ethnies, notamment les Peuls et les Zarmas), en Tanzanie, en Éthiopie, en Érythrée, au Kenya, en Sierra Leone et dans le Maghreb, pour ne citer que ceux-là. Ces médecins traditionnels « travaillent [également] comme coiffeurs, se servent d’une faucille, et pratiquent d’autres procédures telles que l’incision et le drainage d’abcès, la circoncision, et l’extraction dentaire ».

La perception africaine de l’uvulectomie

Par ailleurs, certains groupes ethniques d’Afrique perçoivent l’uvulectomie traditionnelle uniquement comme une pratique d’ordre curatif, destinée « aux enfants et aux adultes, pour le vomissement, la diarrhée, l’anorexie, le rejet du lait maternel par les bébés, le retard de croissance et la fièvre ».

Des médecins traditionnels qui travaillent également comme coiffeurs se servent des outils ci-dessus pour pratiquer l’uvulectomie. Crédit photo : blogs.sacbee.com

Cependant, malgré l’importance de cette pratique vis-à-vis de la culture et de la santé des communautés concernées, l’uvulectomie traditionnelle demeure une pratique souvent déconseillée. En effet, il peut en résulter des complications dues au fait que ces interventions se pratiquent très souvent dans des environnements non stérilisés. Vu que le matériel chirurgical utilisé n’est pas bien nettoyé ou stérilisé, il s’ensuit souvent « des complications telles que des hémorragies, l’anémie, la septicémie, le tétanos, des risques d’infection au VIH (virus de l’immunodéficience humaine) et le décès », souligne une étude.

Curieusement, l’uvulectomie traditionnelle est encore répandue, et ce en dépit des preuves concernant les dangers qu’elle présente pour la santé. Les critiques de cette pratique sont d’avis qu’elle devrait être découragée, voire interdite complètement. Certaines études préconisent qu’il faudrait dissuader les groupes culturels qui continuent cette pratique coutumière en croyant que la luette est susceptible d’aggraver des maladies infantiles. D’autres recommandent des programmes de formation et, dans certains cas, le recyclage des médecins traditionnels afin d’améliorer leurs pratiques et protéger des vies.

Dans le cadre des efforts consentis pour comprendre l’existence de l’uvulectomie traditionnelle, quelques chercheurs en médecine ont proposé d’adopter des approches basées sur le relativisme culturel au lieu de « jeter le bébé avec l’eau du bain ». Ces études avancent que « connaitre et comprendre la médecine traditionnelle est important pour la pratique de la profession médicale dans ces pays où les procédures médicales traditionnelles sont encore d’actualité».