Le terme « pornographie féministe » renvoie à un genre de film produit par et pour des personnes axées sur l’égalité entre les sexes. Il voit le jour dans le but d’encourager les femmes, les amener à affirmer leur confiance en soi et leur liberté à travers la sexualité, l’égalité et le plaisir.

La pornographie féministe est produite de façon équitable, ce qui signifie que les acteurs reçoivent un salaire raisonnable et, surtout, sont traités avec attention et considération ; leur accord, leur sécurité, et leur bien-être sont essentiels, et leur contribution à la production du film est appréciée. Le pornographie féministe a pour but de repousser les limites des perceptions que l’on a du désir, de la beauté, du plaisir et du pouvoir à travers des représentations originales, de l’esthétique et les techniques de réalisation. L’objectif global du porno féministe est de renforcer les acteurs qui tournent les films du genre et les personnes qui les regardent.

Quelle importance ?

La consommation de la pornographie atteint des proportions sans précédent grâce aux avancées technologiques qui ont rendu ce matériel accessible sur les téléphones portables, les jeux vidéo et les ordinateurs portables. Avec cette popularité grandissante du porno, les consommateurs deviennent de moins en moins sensibles aux images diffusées et se mettent donc à la recherche d’images encore plus dures, plus violentes et plus dégradantes.

Quelques chiffres :

Il existe plus de 420 millions de pages avec du contenu pornographique sur la toile à travers le monde.

Par mois, on enregistre 72 millions de recherches pour du porno.

 25 % de toutes les requêtes journalières lancées dans les moteurs de recherches portent sur la pornographie (soit 68 millions de recherches par jour)

42,7 % des internautes regardent du porno.

Il y a plus de 100 000 sites Web dédiés à la pédopornographie. On enregistre plus de 116 000 requêtes journalières pour du contenu de ce genre.

20 % des hommes admettent regarder de la pornographie au travail

35 % des personnes qui achètent du contenu pornographique en ligne ont un revenu annuel de plus de 75 000 dollars.

Les États-Unis sont le premier producteur de pages Web pornographiques avec 244 661 900 pages, soit 89 pour cent.

pornographie féministe
Erika Lust, réalisatrice de pornographie féministe. Crédit photo : Wikimedia Commons.

Les tendances du porno :

le terme « teen » (ado) est le terme de recherche le plus courant en matière de pornographie en ligne.

la pédopornographie fait partie des industries qui connaissent la plus forte croissance sur la toile. Sur les sites Web commerciaux, des images représentant les types d’abus les plus ignobles — dont des actes sexuels avec pénétration impliquant des enfants, des adultes et du sadisme ou de la pénétration par un animal — sont les plus demandées. 58 % des images d’abus sexuel sur mineur présentent des abus de cette envergure (IWF, 2008).

69 % de toutes les victimes de l’exploitation des enfants dans ces images ont entre 0 et 10 ans. (IWF, 2008)

Selon une étude de 2010 sur des films pornos populaires :

88 % des scènes montrent de l’agression physique, notamment des fessées, le bâillonnement, des gifles.

les femmes sont les cibles d’une très grande majorité de ces actes d’agression, et les hommes en sont les auteurs.

Face aux actes d’agression envers des femmes, les femmes expriment du plaisir ou de la neutralité dans 95 % des cas.

Il existe des cas ou le porno a effectivement poussé des enfants à commettre des actes d’agression sexuelle. Au Royaume-Uni seulement :

 En février 2014 : un garçon de 13 ans a déclaré devant un tribunal anglais qu’il avait violé sa sœur de 8 ans après avoir regardé de la pornographie chez son ami. Ledit adolescent a déclaré à la police qu’il avait « décidé de l’essayer » sur sa sœur parce qu’elle était encore petite et « ne pouvait pas se rappeler de certaines choses », rapporte Lancashire Telegraph.

– En novembre 2013 : un autre garçon du Royaume-Uni âgé de 13 ans a plaidé coupable pour avoir violé sa sœur de 8 ans alors qu’il avait 10 ans. Devenu accro à la pornographie dès l’âge de 9 ans, son état aurait joué un rôle important dans les crimes qu’il a commis.

– En mars 2013 : Deux garçons âgés de 14 et de 15 ans ont reconnu devant un tribunal anglais qu’ils reproduisaient des scènes vues dans de la pornographie violente sur la toile lorsqu’ils ont tabassé, brutalisé, puis violé une fille de 14 ans qu’ils avaient attachée à une chaise.

– En mars 2013 : un rapport du Royaume-Uni révèle que des milliers d’enfants anglais avaient commis des infractions sexuelles. En tout, 4 562 mineurs — certains âgés de 5 ans seulement — avaient commis 5 028 infractions sexuelles sur une période de trois ans (2009-2012). Les experts ont pointé du doigt « un accès facile aux contenus sexuels ».

– En janvier 2012 : des organisations de soutien et de lutte contre les abus sexuels sur mineurs en Australie tenaient pour responsable l’explosion du volume de contenus pornographiques mis à la disposition des mineurs pour 414 cas de violences sexuelles sur mineurs perpétrées par d’autres mineurs.

– En août 2012 : un garçon canadien de 13 ans plaide coupable pour viol à répétition sur un garçon de 4 ans qui vivait dans sa maison d’accueil. Il a déclaré que l’idée lui était venue des « vidéos de porno homosexuel » qu’il regardait sur l’ordinateur familial de ses parents adoptifs.

– En avril 2012 : un thérapeute pour enfants a signalé le cas d’un garçon de 13 ans qui a violé sa sœur de 5 ans après avoir construit un « monde imaginaire complexe », perverti par « deux années de consommation continue de contenus pornographiques ».

La pornographie féministe contre les maux engendrés par l’industrie

Les femmes, lasses des maux provoqués par le porno grand public et fatiguées de la critique sans proposition d’alternatives, se sont mises à réaliser les films pornos qu’elles aimeraient regarder. Ces films n’impliquent pas les personnages qui attisent la violence et la dégradation promues par la pornographie grand public. En effet, ces femmes, en tant que réalisatrices et consommatrices, se tiennent bien à l’écart du porno grand public.

Ces réalisatrices s’assurent de travailler uniquement avec des personnes qui tournent des films érotiques, et de ne montrer qu’un plaisir véritable. Erika Lust, une réalisatrice féministe, a fait savoir ceci à The Guardian : « Je veux des personnes ouvertes sur la sexualité qui souhaitent travailler dans ce ce domaine. Je ne veux pas de ceux qui le font parce qu’ils n’ont pas d’autre choix. Pendant le tournage, je veux qu’ils prennent leur pied pendant que moi, je tourne les images. C’est un moment tendu pour moi, puisque les choses se passent une seule fois et c’est un moment de dur labeur. Ce n’est pas la fête derrière l’objectif. »

Elle poursuit en affirmant ceci : « En générale, les pornographes ce sont des hommes hétérosexuels d’âge moyen avec un bagage culturel similaire. Ils n’aiment pas quand je dis que je fais du porno pour les femmes. Ils affirment que leur porno est fait pour tout le monde et que c’est moi qui suis “coincée”. Je ne peux pas entretenir une discussion intellectuelle avec eux parce qu’ils ne sont pas à la hauteur. Ce que je fais c’est critiquer le genre de porno qu’ils produisent depuis des années tout en proposant une alternative. »

Des Centres d’aide aux victimes d’agressions sexuelles au sein des universités américaines soulignent que de plus en plus de femmes signalent des viols par pénétration anale. Selon quelques recherches, cette tendance est directement liée à la normalisation de certaines pratiques dans la pornographie. « Plus le porno sexualise les violences à l’encontre des femmes, plus il normalise et légitime des comportements sexuels abusifs. Les hommes apprennent beaucoup du sexe par le biais du porno, et dans le porno il n’y a rien de trop douloureux ou dégradant qu’on puisse faire subir à une femme », affirme Gail Dines, auteur du livre intitulé Pornland : comment l’industrie de la pornographie a pris en otage notre sexualité.

Selon Dines, la meilleure façon d’aborder la montée en flèche de la pornographie en ligne est de sensibiliser le public sur son véritable contenu, et de la désigner comme un problème de santé publique. À cet effet, il faudrait rassembler les éducateurs, les professionnels de la santé, les activistes communautaires, les parents et les experts de la prévention des violences pour produire du matériel qui servira à éduquer le public. « Tout comme nous avons des campagnes de lutte contre le tabagisme, nous avons besoin de campagnes de lutte contre le porno qui préviennent le public des effets néfastes de la pornographie tant sur l’individu que sur la culture ».

Existe-t-il un marché pour la pornographie féministe ?

La réponse idéale est « oui, il existe un marché pour une pornographie féministe plus humaine qui n’exploite pas les acteurs et n’implique pas des mineurs sous la contrainte ». La réponse idéale est que les consommateurs de pornographie recherchent une alternative qui ne dramatise pas des scénarii troublants et des sujets « tabous ».

Cependant, bien que les féministes aient attaqué la pornographie depuis le début du mouvement féministe dans les années 1980, ce genre est encore peu connu du grand public. C’est sans doute parce qu’il est moins choquant ou parce que tout ce qui est associé au mouvement féministe est automatiquement qualifié de « militant » ou « misandre ». Des réalisatrices telles qu’Erica Lust qui enregistrent un certain succès essayent encore de percer parce que, ironie de la chose, il semblerait que même la pornographie a des limites.

Selon son site Web, Erica a fait irruption dans l’industrie des films pour adultes en 2004 avec le court-métrage produit en indé et intitulé « The Good Girl », une déclaration de principes humoristique. Le succès instantané de ce premier travail l’a encouragé à poursuivre une carrière dans le cinéma. Depuis, elle a réalisé trois films érotiques primés à plusieurs reprises : Five Hot Stories for Her, Life Love Lust et Cabaret Desire. Elle a aussi réalisé un documentaire expérimental intitulé Barcelona Sex Project.

« Nous produisons des films pour adultes. Nous publions des livres et des magazines érotiques. Nos œuvres portent sur le sexe, le désir sexuel et la passion. Nous prenons plaisir à vous exciter et à titiller votre esprit. Nous faisons l’amour, pas du porno. Et nous le faisons avec une approche féminine, esthétique et novatrice », explique-t-elle sur le site.

On compte parmi les réalisateurs de ce genre de la pornographie féministe Courtney Trouble, Candida Royalle, Tristan Taormino, Madison Young, Shine Louise Houston, Jincey Lumpkin, Petra Joy et Anna Arrowsmith. Dans leurs films, elles ont des styles différents : Lust est urbaine et moderne, Petra Joy joue sur le visuel et les sens et Anna Arrowsmith est un peu plus hardcore. Mais il existe des similarités qui caractérisent cette nouvelle vague de films érotiques, notamment l’attention portée à l’esthétique, la musique, le décor, les acteurs et les intrigues. Elles sont toutes des productrices indépendantes et distribuent leurs films principalement par le biais de l’internet.

« … Il y a du progrès et nous pouvons changer la perception que l’on a du porno — la façon de le produire, de le consommer, et les rapports qu’on entretient vis-à-vis de lui », affirme la réalisatrice Tristan Taormino sur la page Wikipédia en anglais dédiée à la pornographie féministe.