Comme le résume la journaliste ghanéenne Vivian Affoah basée en Gambie, le régime de Yahya Jammeh était « caractérisé par 22 ans de meurtres, d’arrestations et de détentions arbitraires, de disparitions forcées, d’incendies volontaires, d’interdictions de rassemblement, ainsi que de blocage des services Internet et de télécommunications».

La défaite de Jammeh a suscité beaucoup d’espoir. Une année après, est-ce que les choses ont vraiment changé ? Oui, si on en croit le président Adama Barrow, qui dans un message publié ce lundi sur sa page Facebook, écrit ceci : «  Le changement a été à la fois dramatique et décisif avec la résolution du peuple de ne plus jamais revenir aux jours sombres de la mauvaise gestion et de l’inconstitutionnalité. Par conséquent, grâce à notre détermination, nous assistons au début d’une démocratie nouvelle et en pleine évolution, fondée sur la justice, la liberté, l’égalité et la fraternité ».

Vivian Affoah confirme : la liberté d’expression et d’association est une réalité en Gambie, que ce soit pour les politiciens, les organisations de la société civile ou les medias. Elle ajoute: « Maintenant, dans les rues, sur les marchés, dans les véhicules, les gens parlent librement du gouvernement et des questions nationales, et des actes ou omissions des hauts fonctionnaires, sans regarder par-dessus leurs épaules, et avec la tranquillité d’esprit que personne n’écoute pour les dénoncer à la redoutable Agence nationale de renseignement (NIA) ». L’Agence de renseignement qui faisait la terreur sous Yahya Jammeh a été reformée. Mais la journaliste regrette seulement que les reformes de l’après Jammeh vont très « lentement » et que le gouvernement devrait faire plus vite, surtout pour enquêter et punir les responsables des violations des droits de l’homme.

Si la liberté d’expression a beaucoup évolué, la vie des Gambiens n’a pas beaucoup changé. Le chômage des jeunes reste une réalité, la corruption aussi. « La destitution de Jammeh visait à conquérir une nouvelle ère, dit à This Is Africa un juriste gambien qui a voulu garder l’anonymat, et qui dit n’avoir « aucune raison de célébrer ». « Mais ce que nous avons, ajoute-t-il, c’est le même système géré par un nouveau groupe de politiciens, chacun étant au gouvernement pour son propre intérêt personnel».

Restons optimistes. Même le plus doué réformateur du monde ne peut pas changer tout un système en une année. Espérons que pour la Gambie, le meilleur est à venir.

Ce qui est sûr, c’est que, pour avoir pu se débarrasser de l’un des pires dictateurs du continent, les Gambiens donnent de l’espoir à beaucoup d’Africains qui se battent contre la tyrannie. Comme le dit bien le journaliste Jeffrey Smith, si les Gambiens ont pu le faire, d’autres Africains peuvent aussi le faire.