« C’est ma troisième visite en Afrique et au Kenya, nous croyons en l’avenir de l’Afrique, nous aimons l’Afrique et je voudrais coopérer beaucoup, non seulement sur une base individuelle avec chacun de vos pays mais aussi avec l’Union africaine.  » Ces mots sont ceux du premier ministre Israélien Benjamin Netanyahu lors d’une récente visite au Kenya. Les naïfs seraient étonnés de lire « nous aimons l’Afrique » de la part d’un dirigeant d’extrême droite israélien quand on connait la politique largement contestable de son gouvernement envers les Palestiniens, et que les spécialistes avisés n’hésitent à qualifier d’Apartheid. On ne devrait pas n’est dupe. Netanyahu dit simplement aux Africains ce qu’ils veulent entendre pour qu’il obtienne ce qu’il veut d’eux.

Et que veut Netanyahu des Africains ? Il veut justement les voix des pays africains à l’ONU. En effet, ces pays votent systématiquement en faveur de la Palestine quand il s’agit de s’exprimer sur le conflit israélo-palestinien. C’est un pays africain, le Sénégal, qui a présenté, avec trois autres membres non permanents du Conseil de Sécurité des Nations Unies, une résolution condamnant la colonisation israélienne en décembre 2016, alors que l’Egypte, un pays pourtant arabe, y avait renoncé sous pression du président alors nouvellement élu des Etats-Unis Donald Trump.

Les pays africains soutiennent la Palestine parce que se sont des anciennes colonies, avec un souvenir très douloureux de la colonisation. L’anticolonialisme est sans aucun doute l’idéologie la plus populaire en Afrique, plus de 50 ans après la fin de la colonisation. Ce serait une trahison pour leurs propres peuples et leur propre histoire si ces pays décidaient de soutenir la politique de colonisation d’Israël.

Ce soutien inconditionnel de l’Afrique à la Palestine avait poussé Israël à ignorer presque complètement le continent pour développer ses  relations avec les pays puissants d’Amérique et d’Europe qui eux le soutiennent depuis toujours. Mais Israël a compris qu’il ne pouvait plus ignorer un continent de 54 pays, donc 54 voix à l’ONU. C’est pourquoi Netanyahu mène une diplomatie très active sur le continent ces dernières années, pensant qu’en se rapprochant du continent il pourrait renverser la balance et décrocher  le soutien d’un nombre important de pays. En octobre, un sommet Israël-Afrique a failli s’organiser au Togo, mais elle a été reportée à cause de la crise politique qui secoue le pays de Faure Gnassingbé.

Il a de quoi « acheter » la conscience de certains pays

« J’espère que nous trouverons tous un moyen d’amener Israël à avoir un statut d’observateur dans l’Union africaine parce que nous pouvons aider, nous ne pouvons pas  seulement observer mais nous pouvons aider à construire ensemble un meilleur avenir pour l’Afrique », disait encore Netanyahu au Kenya.

Encore une fois, tout le monde sait que ce n’est pas son amour de l’Afrique qui l’amène à courtiser le continent.  Mais c’est vrai que l’Etat Hébreux a de quoi attirer les pays africains. Il a une maitrise technologique que les pays africains peuvent vouloir importer dans leurs pays. Il a une armée et un service de renseignement des plus forts du monde, et il se chuchote que certains dictatures importent leur matériel de répression de l’Etat hébreu. Il a donc de quoi « acheter », non pas tous, mais au moins certains pays, même un siège à l’Union Africaine.

Mais si les gouvernements africains veulent garder une conscience tranquille, il faudra qu’ils résistent aux chantages israéliens. Oui, Israël a droit d’avoir un État, mais les pays africains devraient lui rappeler qu’il doit cesser la colonisation et laisser les Palestiniens avoir leur propre État. Si Israël menace de couper son aide, il faudra faire avec, et chercher ailleurs. L’État a surement beaucoup de ressources, mais il ne peut rien donner que les Africains ne peuvent trouver ailleurs.