Internet est un monde merveilleux de l’expression, de la connaissance et du divertissement, mais il peut également être un cloaque d’abus comme le body-shaming. En effet, les trolls y ont souvent tendance à s’attaquer à l’image et à l’amour-propre des autres, et surtout des femmes.

Twitter s’est retrouvé sens dessus dessous en septembre lorsqu’une utilisatrice du nom de @Thickleeyonce a livré une des réponses les plus mémorables de l’année 2017 à un certain @imleyton. En effet, ce dernier ayant voulu lancer une attaque à l’endroit des femmes plantureuses s’est finalement retrouvé confronté à un assaut violent à l’encontre des hommes qui pensent avoir le droit de critiquer le corps des femmes.

Avec une silhouette plutôt fine, j’ai passé mon adolescence à me faire taquiner par mes paires, les hommes surtout, parce que je n’avais pas les rondeurs qu’il fallait pour être considérée désirable. Je faisais très souvent l’objet de commentaires du genre « Tu ne manges pas »

Rien de nouveau

Le corps de la femme fait l’objet d’un contrôle depuis l’existence de l’hypermasculinité (la démonstration exagérée de comportements masculins stéréotypés, tels que la force physique, l’agressivité et le désir hétérosexuel). Cependant, cette formidable force que sont les médias sociaux a rendu cette surveillance beaucoup plus facile. En y ajoutant l’absurdité du fait de réduire le sex-appeal d’une femme à un corps svelte et menu, tel que promu et popularisé par les médias occidentaux ; l’on en arrive à la source des ressentiments mesquins qu’éprouvent les femmes les unes envers les autres. Celles qui ne cadrent pas avec cet idéal esthétique se retrouvent accablées de sentiments d’infériorité.

L’ironie de la chose c’est que les préférences à ce sujet varient en fonction des lieux, des régions. Dans des pays comme le Ghana, et dans nombre d’autres pays africains, y compris mon Lesotho natal, on a tendance à ériger en idéal de la beauté féminine des silhouettes plutôt dodues. Les images véhiculées dans les publicités, les émissions télé et la presse écrite de ces pays démontrent à souhait que, sous ces cieux, plus une femme est ronde, plus elle est belle. Ayant une silhouette plutôt fine, j’ai passé mon adolescence et la vingtaine à me faire taquiner par mes paires, les hommes surtout, parce que je n’avais pas les rondeurs qu’il fallait pour être considérée désirable. Je faisais très souvent l’objet de commentaires du genre « Tu ne manges pas ».

À un moment, je suis devenue complètement obsédée par l’envie de prendre du poids afin d’être considérée comme ayant une corpulence adéquate aux yeux de la société. J’imagine que ce même sentiment est ressenti par des femmes qui se trouvent du côté opposé du spectre de la charge pondérale et qui sont exposées aux idéaux véhiculés par les médias occidentaux, selon lesquels la beauté serait tributaire de la finesse du corps. Qu’elle soit mince aspirant à des rondeurs ou ronde aspirant à de la minceur, la pression que subit une femme vis-à-vis de sa corpulence peut entraîner de sérieux troubles psychologiques susceptibles d’affecter sa capacité à profiter au plus de la vie, et de la beauté de cette dernière.

La politique du body-shaming

Des femmes dans nombre de cultures sont conditionnées de sorte à croire que leur beauté prime sur tout. Peu importe où nous nous trouvons, on nous fait comprendre que nous devrions désirer de changer notre corpulence afin de correspondre à l’image de ce que la société considère comme étant l’idéal, sinon nous risquons de subir le mépris et la raillerie de la part des inconnus que de nos connaissances. Cette conception des choses est incarnée dans le vitriol qui marque les propos des trolls qui sillonnent la toile comme @imleyton.

« Les filles que j’aime vs les filles qui m’aiment » — @imleyton

L’on avance souvent que le sentiment d’indignation vis-à-vis du body-shaming (l’art de dénigrer une personne en raison de son physique) découle d’une certaine vanité, et qu’une telle humiliation est nécessaire pour forcer les femmes à se vêtir de façon plus « décente ». Ceux qui avancent ces arguments se basent sur le nombre élevé de viols enregistrés dans plusieurs parties du continent pour justifier de telles restrictions. Ils qualifient même ces restrictions de « mesures préventives » visant à prévenir les femmes contre les agressions sexuelles. L’Ouganda a fait les gros titres en début d’année lorsqu’il a matérialisé cette façon de penser en annonçant des restrictions ayant pour but d’empêcher les femmes de porter des vêtements jugés trop suggestifs.

Vu que les distributeurs des marques telles que Nike ont emboîté le pas aux adeptes du body-shaming afin de faire des bénéfices, la responsabilité d’apprendre à reconnaître le body-shaming, de déterminer si nous y participons et de prendre position contre cette pratique nous incombe à nous tous. Nous avons le devoir de lutter contre l’exploitation d’insécurités induites artificiellement et d’affirmer sans relâche que s’assumer et s’aimer ne dépend pas de notre apparence physique ou de l’approbation qui nous est donnée par les autres.

Les femmes semblent se retrouver maintenant dans une situation où le fait d’avoir une image positive de soi est perçu comme un positionnement politique.

Cependant, les femmes semblent se retrouver maintenant dans une situation où le fait d’avoir une image positive de soi est perçu comme un positionnement politique. Il relèverait donc désormais de la défense des droits de l’homme de déclarer que tout le monde mérite d’être apprécié et doit être traité avec dignité, peu importe les traits physiques des uns et des autres.

La femme dans le miroir

Être belle et se célébrer procure un sentiment de bien-être. Avoir une image positive de soi est une façon de lutter contre la discrimination, la chosification, la fétichisation et les forces extérieures visant à nous dicter comment nous devrions nous voir nous-mêmes. Il peut néanmoins s’avérer exténuant et émotionnellement pénible d’affronter des trolls et de telles tentatives patriarcales de contrôle.

L’attention suscitée par la réponse de @Thickleeyonce aux propos de @imleyton auprès des médias internationaux souligne combien il est important d’aborder ce sujet qu’est le contrôle et la scrutation des corps des femmes.

Heureusement, la conversation à ce sujet subit une évolution de par le monde. De plus en plus de personnes s’assument et s’insurgent. La lutte contre le body-shaming gagne du terrain. L’attention suscitée auprès des médias internationaux par la réponse de @Thickleeyonce aux propos de @imleyton souligne combien il est important d’aborder ce sujet qu’est le contrôle et la scrutation des corps des femmes.

Une dame aux États-Unis a décidé de s’approprier le harcèlement dont elle avait fait l’objet sur les médias sociaux en transformant ce harcèlement en art.

Un nombre grandissant de femmes se perçoivent comme des entités indépendantes et dépositaires de tous les droits vis-à-vis de leurs propres corps. Un nombre important de femmes sont au-devant de cette transformation tant de manière explicite que de manière discrète. Une dame aux États-Unis par exemple a décidé de s’approprier le harcèlement dont elle avait fait l’objet sur les médias sociaux en transformant ce harcèlement en art. Sa riposte à elle a été d’utiliser les commentaires négatifs laissés sur ses photos comme des déclencheurs pour des affirmations positives en faveur de toutes les femmes de grande taille. Sa bravoure a inspiré beaucoup d’autres femmes et leur a ouvert de nouvelles voies pour contrôler le récit concernant leurs corps.

Toute femme robuste et sûre d’elle qui partage une photo d’elle-même ou porte des vêtements soi-disant « suggestifs » sait qu’elle risque d’avoir des réactions négatives de la part de certains internautes. Elle doit choisir soit d’ignorer de tels commentaires et de continuer de vivre sa vie comme bon lui semble, soit de riposter. Fort heureusement, certaines d’entre nous ont un sacré toupet et peuvent donc clouer rapidement et vertement le bec aux adeptes du body-shaming.