Lors de l’édition 2015 du Pen World Voices Festival organisé à New York, Frankie Edozien travaillait encore sur son livre. Lola Shoneyin, la directrice du Ake Arts and Book Festival l’avait encouragé à se « dépêcher de le terminer ». Mais il arrive souvent qu’un livre choisisse de vivre sa propre vie.

« The Lives of Great Men » est le premier ouvrage de non-fiction d’Edozien. Vu qu’il exerce dans le domaine du journalisme depuis plus de 20 ans et qu’il assure actuellement la direction du programme Reporting Africa de l’université de New York, l’on pourrait arguer que ce livre se fait attendre depuis longtemps. Cependant, pour sa défense, Edozien fait comprendre que « ce livre se devait d’être préparé correctement. Dans tout ce que je fais, je veille à ce que le produit final soit aussi proche de la perfection que possible ».

Le livre d’Edozien ce sont des mémoires qui portent sur ce que cela implique d’être un homme gai en Afrique. À propos de ce continent qui a embrassé la notion occidentale de la chrétienté, mais rejette l’homosexualité, Edozien affirme que : « Nous avons vu des gouvernements exploiter d’une certaine manière la peur qu’éprouvent certains vis-à-vis des homosexuels dans le but de détourner l’attention du fait que ces gouvernements n’ont pas réussi à pourvoir adéquatement leurs citoyens de pain, d’électricité, de routes, d’écoles, d’hôpitaux ». Des pays tels que l’Ouganda ont même mis sur pied des organismes chargés de traquer les homosexuels.

The Huffington Post, à propos de « Lives of Great Men », écrit ceci : « De Lagos à Brooklyn, d’Accra à Paris, ses mémoires sont un tissu conçu avec délicatesse et portant les empreintes d’hommes gais méconnus qui vivent leurs vies, triomphant et trouvant la joie face aux adversités extrêmes de leur quotidien. Leur grandeur découle de la force d’âme dont ils font preuve, et c’est réconfortant de tomber sur un livre qui rend honneur à des membres marginalisés d’une communauté avec autant de tendresse et de grâce. »

Frankie Edozien
La couverture de « Lives of Great Men ». Crédit photo : Frankie Edozien

Frankie Edozien est le premier Nigérian à relater dans un ouvrage de non-fiction ce que cela implique d’être un homme gai en Afrique. Un extrait de son livre a été publié tout dernièrement par Quartz Africa. Ci-dessous une partie dudit extrait :

Et chez nous, au Nigéria, je suis rempli d’espoir lorsque l’une des plus importantes publications nigérianes en ligne, Pulse.ng, critique Nollywood, notre gigantesque industrie cinématographique, affirmant que « la représentation qui est faite de l’homosexualité dans la plupart des films nollywoodiens ressemble au mieux à une tentative de caricature relevant d’un humour de mauvais goût ».

Je dois admettre que j’ai souvent pensé que même si cette représentation laissait beaucoup à désirer, elle avait au moins le mérite d’exister, d’autant plus qu’elles sont nombreuses les personnes qui affirment souvent qu’il n’y a pas d’homosexuels au Nigéria. Depuis toutes ces années que Nollywood produit des films à la chaîne — lesquels sont d’ailleurs très prisés sur le continent tout entier —, nous n’y sommes représentés que très rarement. Cependant, cette image selon laquelle les gais nigérians seraient des efféminés barbus qui mettent du rouge à lèvres de couleur vive et exécutent des mouvements de bras exagérés est loin d’être amusante. De plus, elle ne se rapproche aucunement de la norme. Aujourd’hui, je suis d’avis que si Nollywood doit nous représenter, ils ont intérêt à le faire correctement. Nous ne serons plus l’objet de leur risée. Et il est évident que les rédacteurs chez Pulse eux non plus ne reconnaissent pas ces caricatures qui sont servies sur le grand écran.

Pour Frankie Edozien, écrire ce livre c’est une tâche qu’il a accomplie pour le plaisir et il espère que ledit ouvrage permettra d’engager de « bonnes conversations » sur le sujet. « Lives of Great Men » est une célébration de vies africaines.

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