Dans ledit entretien, Asa déclare : « Le jour où j’ai perdu ma virginité, j’ai appelé ma manager, Janet, pour lui en parler et elle était surprise d’apprendre que j’étais une retardataire en la matière. J’ai aussi appelé ma mère, mais elle n’avait pas de conseils pour moi. Elle m’a dit “ce sera douloureux au départ” et moi j’étais là à me demander de quoi elle parlait. J’ai honte d’avouer que j’ai perdu ma virginité à l’âge de 28 ans. Il n’y a donc pas de quoi me féliciter. Peut-être bien que l’une des raisons pour cette perte de virginité tardive réside dans le fait que j’étais timide et que j’étais trop concentrée sur ma carrière, de sorte que je ne pensais même pas au sexe ».

À un certain point dans l’histoire, il est devenu gênant pour les êtres humains, pas uniquement les femmes, d’avouer être encore vierge après un certain âge. Tout comme avec le slut-shaming, l’humiliation des vierges consiste à se moquer d’une personne sur la base de ses choix personnels en matière de rapports sexuels. Cependant, tandis que l’on désapprouve de plus en plus du slut-shaming, l’humiliation des vierges est encore considérée comme quelque peu acceptable, et peut même représenter une forme voilée de bigoterie. Des tentatives d’humiliation de ce genre ont souvent pour cible des personnalités publiques comme Asa qui travaille dans l’industrie du divertissement, où les vedettes font souvent l’objet d’une sexualisation à outrance.

L’équilibre qui existe entre la positivité sexuelle et le fait de devoir se plier au regard masculin est très précaire et représente un défi constant pour les artistes féminines. La docteure Paulette Kouffman Sherman, psychologue et auteure du livre « The Book of Sacred Baths », pense que, même s’il n’y a aucune honte inhérente au fait de n’avoir aucune expérience sexuelle, les personnes vierges ont quand même du mal à se défaire des préjugés négatifs liés à leur virginité. « La honte nait du fait de se comparer aux autres, dit Sherman. C’est une émotion dévastatrice puisqu’elle vous donne l’impression d’être anormale et vous pousse à penser que vous devez cacher ou garder un secret. Elle peut également mener à une faible estime de soi et pousser ses victimes à éviter d’avoir des relations amoureuses, voire de fréquenter ses amis ».

Tandis que l’humiliation que subissent les personnes vierges est surtout intérieure, les femmes vierges tendent à essuyer des critiques venant d’autres personnes. La honte qu’éprouvent de telles femmes vis-à-vis de leur virginité est en partie due au fait que la société s’attend à ce que l’on perde sa virginité à un certain âge. David Routt, un conseiller professionnel agréé de Totius Therapies à Caldwell, dans l’Idaho, pense que la plupart des préjugés négatifs autour de la virginité découlent des valeurs culturelles. « Notre société et notre culture semblent accorder une très grande importance au fait d’entretenir des relations sexuelles à un jeune âge, dit Routt. Cela ne nous aide pas du tout puisque les relations, surtout les relations très intimes, sont difficiles et la plupart des gens ne sont pas prêts à un jeune âge à affronter les difficultés et le stress que l’on subit lorsqu’on essaie d’avoir une relation harmonieuse avec une personne pour qui l’on éprouve des sentiments profonds ». Cette idée selon laquelle une personne peut être trop vieille pour être vierge est omniprésente dans notre société. Il existe même des films qui se penchent exclusivement sur le fait d’être « vieux » et vierge, à l’instar de « 40 ans, toujours puceau ».

Pourquoi ces personnes qui perdent leur virginité tardivement n’arrivent-elles pas à se défaire de ce stigmate qui entoure le fait d’être inexpérimenté sur le plan sexuel, alors même que nous sommes dans une société largement « basée sur les valeurs » ?