Une exposition artistique montée par quatre artistes et baptisée « Remote: the Yearning of the Dispossessed in Nairobi, Kenya » explore et interroge le thème de l’identité et de l’appartenance sociale. Maral Bolouri, Asteria Malinzi, Joshua Obaga et Jackie Karuti, à travers leurs œuvres, s’interrogent sur l’existence dans divers espaces, tant publics que privés.

« Nos constructions sociales, créées afin de nous protéger et d’organiser la société, nous ont déçus. Nos règles et nos lois ont fait de nous des prisonniers. Nous avons été disjoints de notre environnement, et nous nous sommes éloignés de nous-mêmes », peut-on lire dans la déclaration décrivant l’exposition.

Maral Bolouri

Bolouri, née en Iran et résidant au Kenya, se considère comme un arbre sans racines et explore l’identité du genre et la façon dont la société interagit avec les personnes dotées des organes génitaux féminins. Elle a opté pour une installation interactive comportant des représentations des organes génitaux féminins disposées sur le mur. Devant l’installation, il y a une gigantesque boîte qui représente l’espace public et contient des bouts de papier sur lesquels sont inscrits des mots souvent utilisés en relation avec le corps de la femme, y compris « salope » et « pute » entre autres. Dans la grande boîte, il y a une autre plus petite qui représente l’espace privé, un espace sûr. Des visiteurs interagissent avec l’installation en jetant les bouts de papier dans la grande boîte. Ce faisant, certains de ces bouts de papier échouent dans la petite boîte, illustrant ainsi la question des limites.

Le but de Bolouri est de provoquer des conversations autour de la perception que la société a des personnes dotées des organes génitaux féminins. À travers cette exposition, elle veut savoir comment ces individus réussissent à survivre dans une société qui couvre de honte, désire, contrôle et politise leurs corps.

Cette installation s’inscrit dans la suite de sa série intitulée « Boxes », inspirée des frustrations subies dans sa vie privée et professionnelle et des rapports de force qui subsistent entre les genres et influencent la vie.

Asteria Malinzi

Tandis que Bolouri se concentre sur l’extérieur, Malinzi se tourne vers l’intérieur dans son œuvre intitulée « Middle Passage ». Inspirée par la traversée des esclaves en route vers les Amériques, Malinzi se sert de l’océan comme outil de réflexion sur le temps et la mémoire.

Malinzi, une photographe basée en Tanzanie, se sert de photos de son corps nu pour reproduire l’angoisse de la vie. La photo datant de 2015 a été prise dans Le Cap alors qu’elle avait perdu son passeport. Elle s’est retrouvée dans des interrogations sur le concept du chez-soi, sur la construction de l’identité et sur la vulnérabilité.

Cette introspection fait partie de son exploration de l’angoisse des esclaves, lesquels n’avaient aucun contrôle sur leurs vies et ne savaient rien de ce que le sort leur réservait. La pose longue n’est pas utilisée dans ces images au hasard. En effet, elle est inspirée par la photographie anthropologique et coloniale de l’esclavage.

Le travail de Karuti

Le regard que Malinzi jette sur le passé par rapport au futur contraste avec la vision qu’a Karuti du futur à travers la technologie. L’installation vidéo de Karuti, intitulée « The Planets », se penche sur l’écoulement du temps dans un monde marqué par l’angoisse vis-à-vis de l’utilisation de la technologie.

Karuti prend une position d’observatrice pour s’interroger à propos de l’espace qui étouffe tout en libérant, avec toutes ses distractions et ses créations. Sa vidéo est un collage d’univers diamétralement opposés : les gazomètres de Londres, le jeu de Serpents et échelles, l’univers et l’intelligence artificielle baptisée Hanna. Ce monde est rempli de halètements, de bruits secs et de soupirs significatifs qui décrivent les humeurs qui changent au fur et à mesure que l’on navigue ce chaos. Elle diffuse un message perpétuel le long de la vidéo : « We are nothing. We’re barely here at all » (Nous ne sommes rien. Nous sommes à peine là).

Joshua Obaga

Ce chaos disparait dans les photos plein écran d’Obaga, lesquelles font partie d’une série intitulée « Troglodyte ». Il se sert de photos ayant subi une série de procédés afin de reproduire les appréhensions qui entourent la vie dans une société qui rejette ceux qui ont une perception différente de la réalité. Les mots qui accompagnent ces images soulignent la tristesse et la mélancolie qu’elles dépeignent.

Cette série d’images a pour but une remise en question des conceptions erronées vis-à-vis du genre au Kenya.

« Ces photos, résultant chacune d’une technique différente, décrivent les déclencheurs et le vide, la perte de motivation et l’asphyxie qu’entraine le fait de vivre dans une grotte. La frustration peut éteindre notre lumière intérieure », explique-t-il.