Il est des choses qui ne me font ni chaud ni froid : porter des chapeaux inspirés par Pharrell, avoir des ongles décorés et participer à des concours de « twerk » en font partie. La montée en flèche des relations libres, ou encore le polyamour, dans certains espaces en est une autre. Cependant, il semblerait que tous les jeunes « éveillés » d’aujourd’hui s’y adonnent — trouvant ainsi l’amour aux bons endroits et avec les bonnes personnes.

Personnes. Pluriel.

Le polyamour, qui se définit comme « une éthique des relations amoureuses où les partenaires ont la faculté de pouvoir aimer plusieurs personnes en même temps et de manière assumée », c’est « une nouvelle façon d’aimer » qui gagne en importance avec l’exploration accrue de la sexualité, des interactions sexuelles et du sexe en général. Du statut relationnel « C’est compliqué » de Facebook à la situation d’Oprah Winfrey et Stedman Grahams — qui vivent ensemble depuis près de trois décennies sans être mariés —, au fur et à mesure que les gens s’éloignent des configurations classiques des relations amoureuses, nous commençons à réaliser que devenir tout simplement mari et femme n’est plus la seule option disponible.

À première vue, on dirait que ceci permet de résoudre quelque peu un des plus grands paradoxes de la race humaine : le fait que nous soyons nombreux à vouloir le beurre ET l’argent du beurre. En deux mots, nous voulons être dans une relation sérieuse et, en même temps, jouir de notre liberté/jeter notre gourme/faire les quatre cents coups.

Cependant, la question qui se pose est la suivante : ne serions-nous pas simplement en train de reproduire la configuration matrimoniale un peu plus traditionnelle de la polygamie — pratique suivant laquelle un homme (en général) prenait plusieurs femmes pour épouses — tout en lui appliquant un vernis de nouveauté afin de pouvoir prendre le train en marche ? Mon beau-frère est de cet avis. Il avance que les mêmes problèmes vécus avec la polygamie referont surface avec le polyamour, puisque nous ne sommes pas en train de « réinventer la roue ».

« Il n’est tout simplement pas possible de faire la quadrature de ce cercle », dit-il.

Je suis plutôt tenté d’être d’accord avec lui. Tout ce concept me semble beaucoup trop louche. Qu’à cela ne tienne, il ne faudrait pas confondre le polyamour avec la polygamie, cette dernière étant souvent basée sur de vieillottes conceptions religieuses ou traditionnelles et, bien évidemment, sur la toute-puissance qu’est le patriarcat, qui détermine le « rôle » des hommes et des femmes dans la société.

Dans une relation polyamoureuse, tous les partenaires, pas seulement l’homme, peuvent entretenir d’autres relations amoureuses. Même si le polyamour n’est pas fait pour tout le monde, il y a des leçons que nous pouvons tirer des notions qui sont au cœur de cette pratique.

polyamour
Crédit photo : Zambia Centre for Communication Programme

Communication

Tous les spécialistes des relations amoureuses insistent sur le fait que la communication est la clé d’une relation heureuse et saine. Cependant, introduire une autre personne dans votre relation peut s’avérer être un cauchemar logistique. À force de devoir gérer les interactions et les engagements envers plusieurs personnes, vous pouvez vous retrouver en train de vérifier votre Calendrier Google juste pour savoir quand vous aurez le temps d’aller aux toilettes. De ce fait, la communication dans une relation polyamoureuse est d’une importance primordiale.

La communication permet d’atteindre la racine de plusieurs problèmes, indépendamment du genre de relation. Aucune des parties n’a donc à deviner ce qui ne va pas, gagnant ainsi en temps et en énergie. Aussi, des questions qui n’auraient auparavant jamais fait l’objet d’une discussion active, telles que la quantité de temps passé ensemble, deviennent des sujets d’actualité. La communication permet également aux parties impliquées dans une relation d’aborder des sujets gênants comme la jalousie, leurs désirs et leurs besoins, et même des lignes rouges à ne pas franchir, et ceci peut les aider dans d’autres domaines de leur interaction.

Suivi et évaluation

Il faut tout mettre en ordre chez soi avant d’y inviter d’autres personnes. Il n’y a rien qui puisse exposer les faiblesses et les imperfections de votre relation comme le fait d’y introduire une autre personne, peu importe le rôle que cette dernière est censée y jouer.

Le fait d’essayer de faire les choses de manière différente vous forcera à réévaluer un certain nombre de choses à propos de vos relations. Vous devrez par exemple examiner d’où pourraient vous venir vos problèmes de jalousie ou de confiance et l’équilibre du pouvoir dans le couple. Ceci implique aussi de réévaluer vos réactions face à certaines situations, votre façon d’aborder certaines situations, ou votre façon de penser vis-à-vis de certaines choses. Par exemple, examiner un éventuel manque de confiance envers un partenaire pourrait vous pousser à réaliser que vous avez du mal à faire confiance aux gens en général. Des histoires d’amour compliquées ont souvent tendance à vous ouvrir les yeux sur la façon dont vous interagissez avec d’autres humains.

Introspection

La jalousie est plutôt monnaie courante dans toute relation, à tel point que certaines personnes estiment que l’absence de jalousie chez un partenaire indique qu’il/elle ne vous aime pas. Cependant, la jalousie dans une relation peut être toxique.

En effet, la jalousie peut vous permettre d’analyser certaines émotions négatives dans votre relation, mais il arrive souvent qu’elle ne soit pas seulement le résultat d’une nature possessive. Par exemple, elle peut résulter d’une trahison amoureuse passée ou d’une insuffisance socio-affective qui remonte à l’enfance. Elle peut encore découler d’un manque de confiance vis-à-vis des intentions de votre partenaire, ce qui pourrait être dû à un déséquilibre des forces dans la relation.

Même si vous n’envisagez pas d’introduire de nouveaux partenaires dans une relation, lorsque vous décidez de partager un espace émotionnel avec une autre personne, vous construisez quelque chose que vous chercherez à protéger. L’introspection vous permet alors de mieux vous comprendre en examinant votre façon d’aborder un éventail de relations, de la famille aux amis en passant par les collègues. Ceci vous aidera à mieux cerner votre rôle dans ces engagements.

Polyamour 2.0

J’ai eu quelques expériences avec le polyamour que je qualifierais de bonnes, voire merveilleuses. J’en ai eu des compliquées aussi. Certaines m’ont donné envie de créer un blog comportant uniquement des paroles portant sur le chagrin amoureux. J’ai remarqué que quelques-uns des exemples les plus probants de polyamour impliquent des femmes de couleur queer qui, ayant abordé les concepts de l’amour, du sexe, de la monogamie et de la possession dans des configurations monogames hétéronormatives, ont décidé de dire « Non, essayons autre chose ». Ces femmes constituent des exemples d’une vie basée sur l’amour, la communication et la réflexion en groupe.

En faisant le point sur ces considérations, je pense que ces jeunes cool qui font preuve de positivité sexuelle et abordent ce concept de la bonne manière suivent peut-être une piste intéressante. Le polyamour ce n’est peut-être pas réinventer la roue, mais il réinvente les conditions dans lesquelles s’opère la dynamique des forces instituée par le patriarcat. Il représente un éloignement des concepts qui accompagnent parfois la monogamie. Il s’éloigne donc des concepts comme la possession et le fait de considérer son/sa (ses) partenaire(s) comme des objets, pour se rapprocher d’une perception des partenaires comme de véritables égaux avec lesquels on peut échanger.

L’amour et l’engagement ne doivent pas forcément être marqués par la restriction et l’exclusivité pour revêtir un caractère spécial. Cependant, tout requiert du temps et un engagement permanent — analyser, désapprendre et réapprendre. Alors, même si vous n’envisagez pas d’augmenter le nombre de vos amours, il n’en demeure pas moins qu’il est des choses qu’on peut apprendre de cette nouvelle façon d’aimer.