Calestous Juma a gagné sa réputation internationale depuis la fin des années 1980, quand il a commencé à faire des recherches sur les plantes génétiquement modifiées. Son livre sur sujet, The Gene Hunters, a été publié en 1989. Il voulait chercher des solutions scientifiques aux problèmes que rencontrent les agriculteurs africains.

« Je m’intéressais à la conservation des variétés africaines de cultures. Particulièrement j’étudiais les fruits et légumes dans l’ouest du Kenya. Et j’ai commencé à rencontrer des personnes plus âgées qui avaient collecté des graines de fruits et légumes, principalement des fruits qui avaient disparu. Et certains d’entre eux m’ont expliqué que ces fruits avaient disparu parce que la région s’était asséchée. Et ils m’ont posé une question et m’ont dit: vous êtes scientifique, êtes-vous capable de faire pousser ces fruits dans les zones où il y a moins d’eau? » disait-il dans une interview à la chaine américaine CNN en 2013.

Cette question l’a poussé à chercher des formules pour des plantes qui résistent à la sècheresse et au maladies.

Les résultats de ses recherches ont été appliqués notamment dans des pays comme le Burkina Faso, où la culture du coton s’était effondrée. L’introduction du coton génétiquement modifié permettait aux agriculteurs Burkinabè de raviver cette culture de coton, même si la CEDEAO était très sceptique, soupçonnant cette nouvelle technologie d’être mauvaise pour la santé ou l’environnement.

Depuis, Calestous Juma conseillait l’ONU, les organisations internationales et les présidents africains sur la nécessité de mettre l’innovation technologique au centre des politiques de développement. Ses recommandations ont été adoptées par les agences de développement partout dans le monde.

L’Afrique n’a pas besoin de réinventer la roue

Juma a répondu à la question de savoir où l’Afrique doit trouver les technologies nécessaires pour stimuler son développement. Pour lui, l’Afrique n’a qu’à étudier les technologies qui ont marché ailleurs et non pas les « copier », mais les adapter à ses propres réalités.

Il considérait aussi que le fait que l’Afrique soit en arrière dans certains domaines est une opportunité pour les Africains d’éviter les erreurs qui ont été commis ailleurs. C’est seulement quand les Africains ne trouvent nulle part ce qu’ils cherchent qu’ils doivent inventer les outils dont ils ont besoin.

Génomique : la « technologie du futur » pour les Africains

Dr Juma considérait que la technologie du futur pour les jeunes Africains est la Génomique, cette discipline qui évolue entre la biologie et l’ingénierie.

« Mon message aux jeunes Africains est de regarder l’Asie d’il y a 40 ans, quand émergeait la microélectronique. Les jeunes asiatiques sont allés étudier l’ingénierie électronique parce que c’était la technologie du futur. Aujourd’hui, le domaine du futur est la génomique. Le génie génétique fera pour l’Afrique ce que l’ingénierie microélectronique a fait pour les pays asiatiques. Et les nouveaux emplois du futur seront à ces intersections entre la biologie et l’ingénierie ».

Né en 1953, Calestous Juma avait commencé sa carrière en tant que journaliste au quotidien Daily Nation avant de poursuivre un doctorat en science et technologie en Angleterre. Son récent livre, « La nouvelle récolte: l’innovation agricole en Afrique » était publié en 2011.