Le parcours de Josephine Kulea commence juste après la fin de ses études secondaires au Kenya. Il était prévu qu’elle soit donnée en mariage à un homme qu’elle n’avait jamais rencontré. Il n’y avait en cela rien d’anormal dans la communauté très conservatrice de Samburu, où les filles se faisaient marier à un jeune âge.

Josephine s’est enfuie et a épousé un autre homme à l’âge de 17 ans. Elle a accouché son premier enfant à 18 ans. Elle a pu reprendre ses études et a suivi une formation d’infirmière. Sa formation terminée, elle est rentrée dans son village natal Oldonyiro. Ses études lui avaient ouvert les yeux aux discriminations que subissaient les femmes de sa communauté.

Parmi ces discriminations, il y a la pratique du « perlage », suivant laquelle un homme apparenté à une fille donne à cette dernière des perles pour indiquer qu’elle a un petit ami. Puisque cette dernière est apparentée audit homme, la tradition ne permet pas à la fille de l’épouser, mais elle lui permet quand même de coucher avec lui. Si la fille tombe enceinte, elle doit avorter. À défaut, le bébé sera tué à sa naissance.

Josephine, par le biais de sa fondation, s’attaque aux mutilations génitales féminines (MGF), des pratiques qui sont encore très courantes à Samburu et dans les communautés environnantes malgré le fait qu’elle ait été proscrite par le Kenya en 2001. Pour la plupart de ces communautés, les MGF représentent une transition de l’état de fille à celle de femme. Cependant, les problèmes médicaux et psychologiques engendrés par cette pratique entrainent des conséquences très graves chez la jeune fille, dont le risque de développer des problèmes liés à la santé génésique, des maladies ou encore de décès.

Josephine Kulea
Josephine Kulea (Kenya), fondatrice de la fondation Samburu Girls

La fondation Samburu Girls, créée en 2012, a déjà secouru plus de 1 000 filles et financé les études de plus de 315 filles. Elle travaille avec quatre régions du Kenya, notamment Samburu, Marsabit, Isiolo et Laikipia, dans lesquelles résident la plupart des communautés nomades pastorales.

Parmi les filles secourues par Josephine, il y a ses deux cousines âgées de 10 ans et de 7 ans qui devaient être mariées à leur oncle. La militante a signalé l’affaire à la police et son oncle a été arrêté. Elle a par la suite été ostracisée par la communauté, et les anciens ont même prévu une cérémonie en 2008 afin de lui jeter un sort mortel pour avoir osé s’opposer à la culture de son peuple.

Pour réaliser son rêve, Josephine a dû affronter des familles amères, des policiers corrompus, des politiciens hostiles, et le manque de soutien de la part de la communauté. La marginalisation subie par certaines de ces communautés a entrainé des taux d’analphabétisme élevés, un accès inadéquat, voire inexistant, aux opportunités et à l’information. Les politiciens préféraient l’éviter parce que la lutte qu’elle menait contre ces pratiques nocives aurait interféré avec leurs ambitions politiques dans les régions concernées. Elle a également rencontré des problèmes d’ordre financier, obligée de se servir de son salaire d’infirmière pour financer certaines de ses opérations de secours.

Fort heureusement, ses travaux en faveur de la communauté et la lutte sans relâche qu’elle mène contre des pratiques nocives à l’encontre des femmes et des enfants ne sont pas passés inaperçus. Elle a en effet reçu un « Head of State Commendation », une récompense à elle décernée en 2012 par l’ancien président Mwai Kibaki. En 2013, elle a été nommée « Personnalité de l’année » par les Nations unies et, en 2014, elle a été conférée le prix « Inspirational Woman of the Year » par la Commission nationale du genre et de l’égalité des sexes.

L’ancien président américain Barack Obama a loué les œuvres et les efforts de Josephine lors de son discours à l’occasion du Global Entrepreneurship Summit organisé à Nairobi en 2015.