Ce qu’il faudrait ce sont des espaces sûrs animés par des filles, où de jeunes filles peuvent recevoir du soutien afin de raconter leurs expériences, discuter des problèmes et des défis auxquels elles sont confrontées et concevoir des solutions centrées sur les filles. Des outils du militantisme féministe tels que le leadership et le plaidoyer, des espaces sûrs pour l’apprentissage entre pairs et le développement de la communauté sont essentiels pour permettre aux filles de devenir des agentes de changement et des leaders dans leurs communautés.

Au cours des cinq dernières années, j’ai soutenu la formation en leadership de jeunes filles en Sierra Leone à travers GESL, une organisation féministe qui œuvre dans le renforcement de la confiance des jeunes filles en proposant des formations en leadership et en créant des espaces sûrs pour transformer les filles en activistes. Voir évoluer des filles qui ont intégré nos programmes depuis quelques années déjà est une expérience incroyable. Nous avons vu de jeunes filles devenir plus sûres d’elles et parler avec assurance de certains des problèmes qui affectent leurs vies, dont le harcèlement sexuel et la mutilation des organes génitaux féminins. Ce qui est encore plus important, ces filles sont maintenant capables de proposer de potentielles solutions aux défis auxquels elles font face.

Il y a quelques années, alors que je coordonnais un projet de leadership transformationnel pour jeunes filles (Young Girls Transformative Leadership) au sein des communautés des districts nord et sud Nkwanta au Ghana, j’ai travaillé avec un groupe de filles afin d’échanger partager, suivant la méthode d’apprentissage entre paires, sur les difficultés qu’elles traversent. Au cours de dialogues communautaires, des filles et des femmes ont partagé les violations des droits de la personne qu’elles avaient subies. Une fille de 15 ans a relaté comment, alors qu’elle n’était encore qu’une petite enfant, sa mère l’avait promise en mariage à un homme d’un certain âge. Ce dernier apportait chez eux du bois à brûler afin de la prendre en mariage une fois qu’elle serait « assez grande ». Elle a également indiqué que sa sœur avait été victime de la mutilation des organes génitaux féminins. De plus, elle n’avait jamais eu l’opportunité de parler aussi ouvertement de sa vie, de partager son histoire. Entendre d’autres femmes relater leurs expériences à elles lui donnait donc plus d’assurance pour parler franchement afin d’éviter à d’autres filles de subir les mêmes choses. Elle a fini par devenir une mentore pour nombre de filles de sa communauté qui s’élèvent contre les pratiques traditionnelles nocives dans leur société. N’eût été de tels espaces sûrs où les filles peuvent discuter ouvertement les unes avec les autres de leurs problèmes, elle n’aurait certainement pas pu s’assumer autant, au point de devenir une agente de changement.

N’eût été tels espaces sûrs où les filles peuvent discuter ouvertement les unes avec les autres de leurs problèmes, elle n’aurait certainement pas pu s’assumer autant, au point de devenir une agente de changement.

Récemment, Mastercard Foundation et Boabab Summit ont réuni 120 participants dans le cadre de leur programme pour boursiers. Il s’agissait d’élèves venant du Rwanda, du Malawi, du Kenya et de l’Ouganda. Après avoir reçu une formation sur le plaidoyer et la narration, les participants ont été invités à partager leurs expériences. Ils devaient dire qui ils sont, identifier un problème dans leur communauté et expliquer comment ils pourraient la résoudre. Au courant de cet exercice, les filles ont démontré une conscience élevée en matière des problèmes liés au genre, abordant des sujets tels que les grossesses précoces, le mariage des enfants et la mutilation des organes génitaux féminins. Elles ont également identifié des solutions envisageables en soulignant le besoin d’une sensibilisation plus accrue et de programmes visant à éduquer les responsables de la communauté sur les violences. Elles m’ont démontré combien elles étaient conscientes du fait que les filles peuvent influer sur les violences liées au genre. Elles m’ont également fait comprendre le besoin de soutenir le leadership des jeunes filles pour les permettre de s’exprimer et de contribuer de façon significative à la résolution de ces problèmes.

Crédit photo : Girls Empowerment Sierra Leone

Exploiter le pouvoir de la narration

D’après mon expérience, la narration est un outil redoutable pour les jeunes filles qui s’engagent sur le chemin du leadership. La capacité à raconter ses expériences donne aux filles le pouvoir d’impulser le changement dans leurs vies. Elles peuvent sensibiliser davantage à propos de ces questions et, en narrant leurs expériences, elles arrivent à mieux comprendre qu’elles ne sont pas les seules personnes affectées par ces problèmes, que ces derniers touchent la communauté tout entière.

Créer des espaces sûrs animés par des filles revêt une grande importance pour les organisations et les communautés qui travaillent avec des filles. Cela implique de donner aux filles le pouvoir de créer leurs propres espaces de rencontre et leurs propres activités, ce qui leur permet d’identifier les ressources dont elles ont besoin pour devenir des leaders et des activistes. Il est également essentiel de créer des espaces sûrs et développer des communautés et des relations entre les filles. Lorsqu’elles se voient en tant que des alliées œuvrant pour le changement, cela peut avoir un impact énorme. Les filles doivent recevoir le soutien nécessaire pour travailler au sein de communautés composées de groupes de pairs afin de pouvoir concevoir des solutions susceptibles d’atténuer les violences perpétrées contre les filles. Organiser des discussions animées par des pairs et des activités de consolidation des équipes, menées conjointement avec leurs pairs, contribue à la création de tels espaces.

Avoir l’assurance nécessaire pour se distinguer en tant que leaders à l’école et au sein d’autres communautés comme les églises ou les mosquées renforce également leur confiance en elles et les aide à rester concentrées sur leurs études.

Donner aux filles le soutien adéquat à travers la formation sur le leadership et le plaidoyer est important pour les aider à faire face aux problèmes de violences et d’abus sexuels dans leurs communautés. Dès qu’une fille devient une agente de changement, elle commence à s’exprimer sur ces questions, entrainant en fin de compte un changement à l’échelle globale.

Les filles ont un très grand impact sur leurs pairs. De ce fait, plus on atteint des filles avec le récit des expériences d’autres filles, plus on a de chances de résoudre les problèmes de violences liées au genre, de grossesses précoces et des pratiques culturelles nocives. Il va sans dire que l’on confierait ainsi aux filles le pouvoir de la communauté, leur permettant de disposer de leurs propres espaces, de défier les systèmes patriarcaux et d’impulser un changement véritable et durable.

Les filles avec lesquelles nous avons travaillé en Sierra Leone attribuent à nos ateliers de leadership et de mentorat leurs réussites scolaires. Avoir l’assurance nécessaire pour se distinguer en tant que leaders à l’école et au sein d’autres communautés comme les églises ou les mosquées renforce également leur confiance en elles et les aide à rester concentrées sur leurs études. Les enseignants dans nos écoles partenaires indiquent aussi que les filles qui suivent notre programme de leadership gagnent en confiance et obtiennent de meilleures notes à l’école. Je crois qu’il y a là une forte corrélation avec le taux de rétention de 94 % des filles dans notre programme de leadership, lequel correspond à leur taux de rétention à l’école. C’est quelque chose de remarquable lorsqu’on prend en compte le fait que les filles avec lesquelles nous travaillons se trouvent dans la tranche d’âge qui enregistrerait le plus grand nombre d’abandons scolaires en Sierra Leone. Ce constat nous pousse à croire que former les filles en leadership contribue directement à leur persévérance scolaire par opposition aux filles qui n’ont pas accès à de tels programmes.

Cet article est publié dans le cadre des activités de la campagne en ligne « 16 Days of Activism Against Gender Based Violence » (16 jours de militantisme contre les violences liées au genre) organisée par Gender Based Violence Prevention Network (Réseau de prévention des violences liées au genre) et coordonnée par l’organisation Raising Voices basée en Ouganda.