Le travail du sexe est souvent cité comme étant le métier le plus vieux du monde. Nombre de personnes aiment l’acte sexuel, certains préfèrent être discrets à ce sujet, et d’autres voudraient bien l’aimer, mais n’arrivent pas à se résigner à la honte et à la culpabilité que leur esprit associe à cet acte. Et puis il y a ceux qui ont envie du sexe, mais n’arrivent pas y avoir accès par les voies habituelles.

Cette dernière catégorie de personnes se résout à payer pour du sexe — et pourtant, c’est quand même sur ceux qui offrent ces services sexuels que l’on jette l’opprobre. Et puis un public mal informé s’évertue à perpétuer la notion selon laquelle le travail du sexe est un moyen honteux de se faire de l’argent facile. Cependant, les lignes se brouillent lorsqu’on apprend que ce métier n’est pas réservé uniquement aux jeunes hommes et femmes, mais va bien au-delà pour inclure des femmes et des hommes du troisième âge. En deux mots, des femmes âgées qui pratiquent le commerce du sexe sont une réalité dans le monde entier.

Humaniser le travail du sexe

Malgré tous les efforts fournis pour sensibiliser la société vis-à-vis du fait que les travailleurs du sexe sont des personnes dignes de respect, ces derniers continuent souvent d’être traités comme des pestiférés. Ils doivent faire face à la persécution au quotidien ou vivre dans le secret afin d’éviter d’être jugés par la société. Les opinions des uns et des autres en ce qui concerne le travail du sexe sont plutôt tranchés et se résument soit à ce que rien, même pas la pauvreté extrême, ne justifie le travail du sexe, soit à une condamnation catégorique de ceux qui pratiquent le commerce sexuel. On ne laisse aucune place à l’analyse ou à la discussion.

Pourtant, lorsqu’on considère que le commerce sexuel ne se limite pas aux jeunes, mais inclut des femmes de tous les âges, cela ouvre la voie à un dialogue plus profond. Une vidéo publiée par Citizen TV au Kenya fait la lumière sur certaines des situations désastreuses qui ne laissent à certaines personnes aucun autre choix que de se lancer dans le travail du sexe. Pour une raison ou pour une autre, sur la base des commentaires partagés dans ladite vidéo, le public semblait faire preuve de plus de compréhension à l’endroit des travailleuses du sexe âgées qu’envers leurs collègues plus jeunes. Peut-être que cette compassion découle de l’affection que ces personnes éprouvent pour leurs parentes, ou de la gentillesse que l’on a tendance à témoigner aux personnes âgées.

Une travailleuse du sexe
Une prostituée dans le centre d’affaires de Johannesburg constitue un spectacle familier. Crédit photo : Tseliso Monaheng.

Par exemple, à cause de vieilles lois interdisant aux femmes de posséder des terres à moins d’avoir un tuteur masculin, les femmes se retrouvent souvent dans une situation désespérante, dépourvues de moyens de subsistance. Heureusement, à la faveur de politiques et de pratiques nouvelles, ces lois font aujourd’hui l’objet de réformes.

Dans d’autres cas, les pratiques traditionnelles à travers le continent tendent à favoriser les hommes, exacerbant ainsi la vulnérabilité et l’absence de sécurité auxquelles font face les femmes. Quand on y associe l’absence de soutien de la part de leurs familles et le manque d’éducation, tous les facteurs sont réunis pour pousser les femmes âgées à adopter des mesures extrêmes afin de survivre.

Deux acteurs, un seul bouc émissaire

Cette situation transcende les frontières africaines. En effet, des femmes âgées sont également impliquées dans le commerce sexuel dans des économies telles que la Corée du Sud. Vu qu’elles ne sont plus à la fleur de l’âge et qu’elles exercent dans des communautés déjà assez pauvres, ces femmes âgées travaillent littéralement pour de la nourriture dans certains cas. Des femmes âgées au Zimbabwe travaillent pour seulement 0,30 dollar américain, subissant la dictature d’une économie pauvre.

Même si cette transaction implique deux parties, dans le cas des hétérosexuels — un homme et une femme —, la honte qui est associée à l’acte repose presque exclusivement sur la femme.

À l’autre bout du spectre, vous trouverez des femmes âgées qui pratiquent le commerce du sexe parce qu’elles aiment faire l’amour et ont le sens des affaires. Ces femmes assument pleinement leur sexualité et sont très fières de leur capacité à séduire et à donner du plaisir. Elles se positionnent avec assurance et ne sont pas modestes à propos des prix qu’elles exigent pour les services rendus parce qu’elles savent qu’elles constituent une nouveauté. Ces femmes tirent parti des fantasmes que certains jeunes hommes entretiennent vis-à-vis de femmes âgées, exploitant les insécurités dont souffrent certains de ces hommes en ce qui concerne aborder les femmes de la même tranche d’âge qu’eux. Dans les zones rurales, elles ciblent les hommes qui ont le goût du sexe, mais ne disposent pas d’assez de moyens pour y avoir accès vu le caractère isolé des zones dans lesquelles ils vivent.

Tandis que certaines personnes sont disposées à accorder le bénéfice du doute dans des situations où certains s’engagent dans le travail du sexe à cause de la pauvreté, la majeure partie de la société n’est pas du tout prête à faire de même pour des situations où l’on pratique le commerce du sexe pour le plaisir. On nous apprend dès le bas âge à traiter l’acte sexuel comme un acte sacré, intime et personnel. Le fait de traiter le sexe comme une marchandise qu’on peut vendre relève donc de l’hérésie.

Il est particulièrement intéressant de constater que, même si cette transaction implique deux parties, dans le cas des hétérosexuels — un homme et une femme —, la honte qui est associée à l’acte repose presque exclusivement sur la femme. En effet, il est tellement facile d’associer le travail du sexe avec les femmes que qualifier une femme de prostituée au cours d’une altercation est l’une des attaques les plus courantes dans le monde entier.

Même lorsque certaines personnes abordent en écrit le travail du sexe comme un problème social, le langage employé est souvent pharisaïque et tendancieux.

Des zones d’ombre

Toute activité sexuelle comporte le risque de contracter une maladie. Oui, on peut attraper une IST dans une relation monogame, mais le risque d’une infection est évidemment plus élevé quand on a plusieurs partenaires sexuels. Nombre de travailleurs du sexe subissent des menaces et des violences physiques aux mains des clients. Même lorsque certaines personnes abordent en écrit le travail du sexe comme un problème social, le langage employé est souvent pharisaïque et tendancieux.

Il est donc assez difficile pour les jeunes filles et les femmes de sortir de l’ombre et de partager leur histoire. Le simple effort fourni par ces femmes âgées en faisant un « coming out » à travers des vidéos et des interviews indique qu’elles voudraient partager leur version de l’histoire. Elles veulent de l’aide, s’il y en a. Et celles qui pratiquent ce métier par plaisir veulent juste qu’on les laisse en paix.

Nous vivons dans un monde de l’économie libérale (comprendre « capitaliste »). Ce fait à lui tout seul légitime l’échange de services sexuels contre de l’argent. Cependant, nous continuons de percevoir le travail du sexe comme le symptôme d’une indigence morale, faisant preuve d’une compassion et d’une compréhension sélectives à l’endroit des victimes de la persécution. La plupart d’entre nous aiment beaucoup leurs grands-mères et ne peuvent pas imaginer ces dernières contraintes de recourir à ce que nous qualifierions de « mesure désespérée » afin de survivre. Qu’à cela ne tienne, il ne faudrait pas attendre que des « mémés » s’engagent dans ce métier pour commencer à faire preuve de compassion pour les personnes qui exercent dans le domaine.