La campagne de 16 jours de militantisme contre les violences liées au genre est un moment idoine pour donner une impulsion aux actions visant la fin des violences à l’encontre des femmes et des filles dans le monde entier. Elle est placée cette année sous le thème « N’oublier personne ». Pour moi, ce thème devrait signifier prendre en compte non seulement les victimes, mais aussi les bourreaux, car ces derniers ont besoin d’être impliqués dans la lutte contre ce fléau social.

Selon le rapport du secrétaire général de l’ONU sur les progrès accomplis dans la réalisation des Objectifs de développement durable, les violences à l’égard des femmes constituent une forme de discrimination extrême. Des données couvrant la période de 2005 à 2016 et concernant 87 pays indiquent que 19 pour cent des femmes de la tranche d’âge de 15 à 49 ans affirment avoir subi des violences physiques ou sexuelles perpétrées par un partenaire intime dans les 12 mois précédant l’enquête. Malheureusement, la plupart des femmes semblent incapables de se séparer de leurs partenaires violents surtout parce que ces violences vont beaucoup plus loin que le physique et sont également émotionnelles et psychologiques par conséquent.

Dans les cas extrêmes, ces violences peuvent entrainer la mort. En effet, selon l’ONU, près de la moitié de toutes les femmes qui avaient été victimes d’homicide volontaire en 2012 ont été tuées par un partenaire intime ou un membre de la famille, par opposition à 6 pour cent des victimes masculines. Au Zimbabwe et à travers le continent africain, l’on entend parler de femmes qui sont assassinées par leurs amants ou leurs maris, et même les célébrités y passent.

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La clinique ASAZA à Mazabuka, Zambie. Elle a été créée pour soutenir les survivantes des violences liées au genre. Crédit photo : CC/ DFID – Département du Développement international du Royaume-Uni

Des croyances culturelles semblent jouer un rôle prépondérant en ce qui concerne les femmes qui restent dans des relations violentes. À part la prédominance du patriarcat, un système dans lequel les femmes sont traitées comme des êtres inférieurs, il y a le fait que le divorce soit perçu par la femme comme un échec. Un divorcé n’est même pas traité avec la moitié du mépris auquel une femme qui quitte son mari est exposée. Pire encore, les femmes sont encouragées par d’autres femmes à rester dans des relations violentes soi-disant parce que « c’est la nature même des mariages ». Certaines de ces femmes finissent malheureusement par se faire tuer.

Daily Kos décrit avec pertinence ce système en ces mots : « le patriarcat n’est en général pas un effort explicite et continu fourni par les hommes afin de dominer les femmes. C’est un système déjà ancien dans lequel nous naissons et auquel nous participons, surtout de façon inconsciente. » Par conséquent, dans une scène de ménage qui impliquerait de la violence, les membres féminins de la famille tendront plus probablement à pardonner et à justifier le comportement violent.

Par ailleurs, il y a un déclin dans le taux d’autres violences extrêmes telles que la mutilation/l’ablation des organes génitaux féminins. Cette pratique a baissé de l’ordre de 24 pour cent depuis l’an 2000 à peu près. Cependant, elle enregistre toujours un taux de prévalence élevé dans certaines des 30 pays disposant de données représentatives.

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Un stand d’ONU Femmes pour sensibiliser au sujet de la campagne « UNiTE », dans le cadre des 16 jours de militantisme. Crédit photo : ONU Femmes/Marni Gilbert

 

Dans son message, le secrétaire général de l’ONU António Guterres a déclaré que chaque femme et chaque fille a le droit de vivre une vie à l’abri de la violence.

« … Et pourtant, cette atteinte aux droits de l’homme se produit de diverses manières dans chaque communauté, et touche particulièrement les personnes les plus marginalisées et vulnérables. Dans le monde, plus d’une femme sur trois a subi des violences physiques ou sexuelles au cours de sa vie ; 750 millions de femmes ont été mariées avant l’âge de 18 ans, et plus de 250 millions ont subi des mutilations génitales », dit Guterres.

Malheureusement, seulement un peu plus de la moitié des femmes de la tranche d’âge entre 15 et 49 ans mariées ou en couple sont capables de prendre leurs propres décisions en matière de rapports sexuels consensuels, de contraception et de soins de santé. Ces chiffres sont basés sur des données datant de l’année 2012 à peu près et concernant 45 pays, 43 desquels se trouvent dans des régions en développement.

Les chiffres ci-dessus ne sont pas surprenants, en particulier pour les femmes vivant dans des pays en développement en Afrique. Nombre de mariages, surtout sur le continent africain, sont minés non seulement par les violences perpétrées par les conjoints, mais aussi par des femmes de la belle-famille qui consolident des intérêts patriarcaux abusifs. Certaines femmes ont raconté comment leurs belles-mères ou tantes exigeaient qu’elles fassent plus d’enfants afin de démontrer combien leur famille est valeureuse.

Selon l’ONU, réussir la mise en œuvre de l’égalité des genres et l’autonomisation des femmes et des filles demande davantage d’efforts poussés. Ces efforts incluent des cadres juridiques pour combattre des discriminations profondément enracinées et fondées sur le sexe qui découlent souvent des attitudes patriarcales et des normes sociales connexes. Tandis que les femmes sont les principales victimes des violences, il y a un manque criard d’efforts pour veiller à ce qu’elles ne soutiennent pas les auteurs de ces violences ou n’encouragent pas les violences à l’égard des femmes, surtout au niveau de la communauté.

Pendant cette période, il est important de faire en sorte que la sensibilisation des communautés soit aussi inclusive que possible afin de garantir un changement de mentalités, tant chez les hommes que chez les femmes, en ce qui concerne les violences et leurs conséquences sur la société.

Ces paroles prononcées par le secrétaire général Guterres sont donc indiquées en tant que conclusion à cet article : « Le moment est venu pour nous d’agir ensemble, afin que les femmes et les filles du monde entier puissent vivre à l’abri du harcèlement, des pratiques traditionnelles néfastes et de toute autre forme de violence ».