Cette semaine on vous présente le pasteur Timothy Njoya, ministre de l’Église presbytérienne d’Afrique de l’Est à la retraite et défenseur des droits de la personne au Kenya. Il a déjà reçu plusieurs prix pour ses œuvres humanitaires, dont le prix John-Humphrey pour la liberté décerné par Centre international des droits de la personne et du développement démocratique.

Genèse

Selon l’autobiographie du Dr David Gitari, « Troubled but not Destroyed », Timothy Njoya et les évêques catholiques Ndingi Mwana a » Nzeki et John Njenga étaient les seuls à critiquer le gouvernement dans les années 1980 et 1990. Le président à l’époque, Daniel Moi, avait réduit au silence toutes les voix qui s’opposaient au KANU, y compris l’église, qui préférait soit se taire sur nombre de sujets soit prendre le parti du gouvernement.

Les critiques de Njoya à l’endroit du gouvernement ont poussé ses supérieurs hiérarchiques à l’envoyer à Tumutumu, non loin de Nyeri, afin de l’éloigner des manifestations en faveur des droits de la personne à Nairobi et de le décourager de poursuivre sa critique audacieuse du régime Moi.

Bien avant tout ceci, Njoya avait commencé son activisme en 1983, priant pour des prisonniers politiques et rendant visite à leurs épouses. Il organisait des prières en faveur de ces dernières à l’église St Andrews, des prières auxquelles lesdites épouses assistaient. Mais, quelque temps après, il tourna plutôt son attention vers les mères des prisonniers parce que les épouses commençaient à prendre peur.

En 1984, l’église défroqua Njoya pour avoir mis en question les agissements du gouvernement qui persécutait le ministre des Affaires constitutionnelles à l’époque, l’ancien procureur général Charles Njonjo. Njonjo, un lien ayant été établi entre lui et la tentative de coup d’État de 1982, était accusé d’avoir abusé de son autorité et le président avait ouvert une enquête sur ses agissements. Il a dû démissionner.

Multipartisme

Njoya a commencé à réclamer le multipartisme en 1986, mais il n’avait pas le soutien des autres acteurs. Il est devenu, en 1990, le premier Kenyan à demander le retour au multipartisme dans le pays. C’était audacieux de sa part à l’époque vu que la plupart des personnes qui osaient s’opposer au gouvernement se retrouvaient en prison. Peu après, l’évêque Okullu et le premier vice-président du Kenya, Oginga Odinga, ont joint leurs voix à la sienne, demandant la légalisation du parti de l’opposition.

Le combat pour la démocratie ne s’est pas arrêté au multipartisme. Le KANU s’activait à contrecarrer les initiatives visant l’institution d’une démocratie véritable, provoquant ainsi des manifestations et des marches à Nairobi. Le 7 juillet 1997, le pasteur Njoya se fait battre lors d’une réunion pro-démocratie organisée à la Cathédrale All Saints de Nairobi. L’histoire se répète en 1999 lors d’une marche devant le parlement, où il se fait passer à tabac par des éléments d’une milice privée au solde de l’État. Il s’en sort avec un bras disloqué.

Timothy Njoya
Coupures d’articles de presse sur Timothy Njoya. Crédit photo : compte Twitter du pasteur Njoya

Des années auparavant, il avait été blessé à la suite d’une sérieuse bastonnade subie en 1977 aux mains des éléments du président Jomo Kenyatta. Le pasteur Timothy Njoya a dû rester en soins intensifs pendant des mois et s’en est tiré avec une cicatrice.

Les violences subies et les arrestations à répétition ne l’ont pas empêché de continuer à critiquer le gouvernement. Dans une interview, il fait comprendre qu’il accepte le mal qui lui a été fait parce que son combat a mené au changement dans son pays.

Des hommes pour défendre les droits de la femme

L’activisme du pasteur Timothy Njoya ne se limitait pas aux questions politiques en vogue. En effet, il est aussi un fervent défenseur des droits de la femme. Il a fondé, en 1999, « Men for Equality with Women », une organisation dont le but est de sensibiliser les hommes sur les questions de genre et les encourager à respecter les droits des femmes.

Timothy Njoya a publié tout récemment un livre intitulé « Divinity of the Clitoris », dans lequel il relate comment sa mère a échappé à la mutilation génitale féminine et a réussi à faire des études.

« “Divinity of the Clitoris” rend hommage à ma mère, institutrice de catégorie P4 qui a obtenu son diplôme en 1931. Elle a construit des écoles et a instruit deux députés et un maire de Nairobi », explique-t-il dans un tweet, ajoutant que ledit livre souligne l’égalité entre hommes et femmes.

Le titre a provoqué tellement d’agitation que le pasteur a dû expliquer de nouveau sa signification et le message qu’il porte, insistant sur le fait que la femme et l’homme sont égaux.

Le pasteur Njoya a également commis quelques autres livres, y compris un mémoire intitulé « We the People, The Divine Tag on Democracy » (1987), « Out of Silence: A Collection of Sermons » (1987) et « Human Dignity and National Identity » (1987). Under MEW, he published The Crisis of Explosive Masculinity.

Âgé de 76 ans, il poursuit actuellement ses recherches sur la masculinité. Il n’hésite pas à s’exprimer sur diverses questions dans le pays et se sert de Twitter pour échanger avec la jeunesse.