Elles sont un collectif labellisé HHD pour Hip Hop Développé. Collectif qui a déjà donné nombre de spectacles au Cameroun et dont la dernière prestation, fort applaudie, a eu pour cadre le Marché des musiques d’Afrique dénommé Le Kolatier en octobre dernier sur les planches de l’Institut Français du Cameroun de Yaoundé. Et pour ceux qui n’en avaient pas entendu parler, vu que le HHD est basé à Douala, ce fût une occasion idoine. Où le public a pu constater que de jeunes louves encadrées par l’un des vétérans de la scène rap au Cameroun à savoir Sadrak étaient en cours de maturation dans un pays où la musique est en passe d’être roi malgré le peu de structures d’encadrement et d’expression artistique disponibles.

Dans les lignes qui suivent, nous vous présentons ce collectif dans une galerie de portrait au pas de course ainsi que l’interview de son administrateur. Histoire pour nous de donner à voir ce groupe dont on en reparlera encore, c’est le mal qu’on puisse leur souhaiter, au matin du 13 mars 2016. Et pas seulement au bord de la lagune Ebrié à Abidjan, mais un peu partout sur le continent africain, et même, pourquoi pas, au-delà.

Danielle Eog Makedah : une voix aux confins du rap et du jazz

Assurément, elle fait partie des voix qui comptent à l’heure qu’il est au Cameroun. Et cela ne lui monte guère à la tête. Car aujourd’hui plus que jamais, celle qui a fait une bonne partie de sa carrière dans le hip hop a décidé de donner une nouvelle orientation à sa carrière. Elle qui jusqu’à la production de son premier album solo (Peace, Love & Light) en 2013 ne roulait que pour donner voie à sa passion pour la musique. Passion inoculée par ses parents depuis Paris où elle a vu le jour avant le retour au bercail.

Ce qui tombe à pic vu que depuis deux ans, en plus du succès d’estime d’un public friand de qualité artistique, elle s’inscrit doucement dans le landerneau des artistes qui compte au vu des consécrations qu’elle commence à engranger çà et là. Les téléspectateurs africains n’ont pas encore oublié cette place de finaliste du premier télé crochet Island Africa Talent produit par Universal Music et diffusé sur le continent. Une expédition qui n’a pas permis de savourer la Danielle Eog Makedah qu’on aime mais qui a fait voir au public d’ailleurs de savoir qu’au Cameroun, des voix de qualité étaient bien présentes. Une reconnaissance qui arrivait à la suite d’une autre, celle, toujours de finaliste, du prix Découvertes Rfi l’année d’avant. Où comme nombre de ses compatriotes depuis 15ans, elle échoua au pied du podium.

Daniel Eog. Photo @Paul Alain Mba
Daniel Eog. Photo @Paul Alain Mba

Est-ce pourquoi elle a décidé d’être plus professionnelle désormais ? Toujours est-il qu’elle s’est inscrite dans cette voie qui devrait à terme lui permettre de s’accomplir et d’évoluer sur des sphères plus exigeantes et gratifiantes. Elle a ainsi un manager sur la place parisienne qui veille sur ses intérêts artistiques ; et dont le compagnonnage lui a déjà ouvert les portes d’une célèbre maison de parfumerie parisienne dont elle est l’une des égéries. Ce qui lui permet d’avoir désormais une image plus travaillée aussi bien pour les clips que les concerts. Toutes choses qui la rendent «optimiste pour l’avenir» et qui a permis à sa signature «d’évoluer» comme elle l’avoue elle-même. Elle est ainsi à même aujourd’hui de varier son style en lien avec la crise qui frappent les instances de diffusion des spectacles de par le monde. «Je travaille pour être à l’aise aussi bien avec une équipe acoustique composée d’un percussionniste et d’un guitariste, qu’un orchestre au grand complet», précise-t-elle.

Pour ce qui est de son univers, les mélomanes du Cameroun savent qu’ils peuvent compter sur elle pour aller fureter sur les autoroutes du jazz ou bien sur celle du Rnb ou encore du rap. Une variété qui témoigne à suffisance des possibilités de celle qui eut le bonheur d’apprendre le solfège du temps de son enfance. Avant d’accompagner des pointures comme Manu Dibango, Les Nubians, Freddy Massamba ou Krotal. Celle-là même qui compte briser le signe indien qui la cantonne au pied des podiums de la reconnaissance ; comme cette place de finaliste à la dernière édition des Canal 2Or au Cameroun dans la catégorie «Artiste World Music».

 Obounou Lady B: en avant mes racines !

Lady B 1 photo: @DR
Lady B 1 photo: @TjatBass

Cela fait un moment que Rosine Mireille Obounou, dit Lady B, promène son petit corps et ses textes surpuissants sur les scènes du continent. A la fois rappeuse et chanteuse, Lady B s’est faite une place sur la scène musicale, avec déjà cinq albums, et des collaborations innombrables. Celle qui s’appelait jusqu’à l’année dernière simplement lady B a rajouté son patronyme africain à son nom d’artiste. Elle est désormais donc Obounou Lady B. parce que «Obounou c’est mon nom. Je commence à murir. Ça montre que je suis en harmonie avec mon art. Et en tant qu’Africain, il faut assumer ce qu’on est», lâche-t-elle au micro de notre consoeur Rita Diba.

C’est une artiste affirmée et confirmée donc qui s’offre au collectif HHD en 2012. Le dernier album de Lady B «Ô pays des femmes sages»  est actuellement dans les bacs. En 2002, Lady B fait partie des cinq chanteurs à remporter le concours «Coca Cola Dream» et qui enregistrent la compilation Dream en 2003. Elle commence à se produire dans des festivals de hip-hop africains dès 2004 : Hip-Hop Summit à Johannesburg, Sénégal Hip-Hop award à Dakar ou encore le Gabao Hip-Hop à Libreville.

Elle sort son premier album solo, «Ma Colère en 2006». La même année, elle est élue révélation de l’année au Festival Gabao Hip Hop. Son deuxième album, La Fille Béti sort en 2008. En 2010, elle sort un album slam, Another part of me. Lady B est souvent comparée à la chanteuse française Diam’s. Sa discographie comprend donc «Ma colère» (2006), «La fille Béti» (2008), «Another part of me» (2010) et «Au pays des femmes sages» (2012)

Adango Salicia Zulu : Africaine déterminée

Adango Salicia Zulu. Photo:@DR
Adango Salicia Zulu. Photo:@DR

La musique, elle est tombée dedans quand elle était enfant. Une passion que lui a transmise son père sur les bancs de l’église. C’est à son arrivée au Cameroun que son parcours musical se professionnalise au travers de la rencontre de Gaëlle Wondje, qui remarque son potentiel et l’introduit auprès d’Ekambi Brillant. Là, elle se forme en le suivant sur les routes pendant sept ans en tant que choriste. Alors que naît l’envie de proposer ses propres chansons c’est encore l’heureux hasard des rencontres qui l’amène à pousser la porte du studio du collectif Hip Hop Développé en 2012. Elle y  trouve les premiers artistes avec lesquels elle commence à développer son projet personnel, en particulier Aleba Mokala pour les masques musiques, et Sadrak pour le sound engineering et les textes.

Après une phase d’écriture, Adango se produit régulièrement avec le collectif dans le courant de l’année 2013, en particulier en février et juin à l’IFC de Douala, où le collectif présente son spectacle «HHD part en Live» et présente parallèlement ses propres compositions dans plusieurs évènements tels que l’Amstel Jazz Festival et surtout propose un 1er spectacle présentant en preview une première approche de son album à venir, au Goethe Institut de Yaoundé en février 2014. Par la suite, elle transforme l’essai en proposant un 1er titre de son 1er album à venir et son clip. «Mayega Mem»,  est un titre métissé, à l’énergie éclatante, qui mélange un son d’influence Hip Hop et électro à un texte chanté en bassa. Le clip fait découvrir une artiste pleine de vitalité et de sourire.

Elle présente ce titre et quelques autres lors d’un concert à l’Akwa Palace de Douala en octobre mais dans une formation live acoustique. Avec cette formule quatuor, Basse, percussion, guitare, voix, Adango propose déjà une autre lecture de son travail, une autre couleur, plus douce et musicale, mais toujours énergique et animale.

En parallèle, une collaboration au style novateur, avec le rappeur Sadrak : le titre «Hala» est proposés au public. Elle enchaîne sur une collaboration Live en tant qu’artiste invitée lors du concert de Blick Bassy à l’IFC de Douala en novembre. En décembre, Adango continue la scène avec le collectif HHD, en particulier au Festival Quartier Sud, mais aussi en solo lors du Douala Hip Hop Festival.

Après un retour en studio pour continuer le développement de son album début 2015, Adango poursuit le dévoilement progressif de son projet avec un second titre, «Sisi», accompagné d’un second clip, un titre plus engagé dont le thème est l‘avortement. Avec cette ballade chaloupée, interprétée cette fois en pidgin, Adango revient vers des sources musicales plus africaines et présente une facette plus douce et torturée. Un show case à la Galerie Mam et un concert donné au BeBop, à Douala, accompagnent la sortie de ce second titre. Après un retour au HHD pour un concert donné en juin lors de la fête de la musique, Adango s’achemine vers la sortie de son 3e titre «Sweet sexy», qui sera publié dans la 3e édition de la Mboa Tape ce mois d’aout; un titre qui révèle un autre aspect de la personnalité de cette artiste clairement africaine, mais riche de multiples facettes musicales…

Discographie : Mayega Mem 2015

Teety Tezano : Sur les traces de papa !

Teety Tezano. Photo: @DR
Teety Tezano. Photo: @DR

Au Cameroun t ailleurs, le patronyme est connu. Ce qui indique la taille des défis qu’il faudra relever pour la dernière de la lignée. Une certaine Teety Tezano. Qui a décidé d’écrire sonhistoire personnelle en ramant un peu à contrecourant de celle de son père. Un certain Johny Tezano dont les tubes hantent encore nombre de mélomanes avertis épris de la rumba congolaise. Lui qui durant pratiquement une décennie fit vibrer, c’est peu de le dire, des jeunes lors des soirées jusque dans les campagnes. La musique, Teety l’a dans l’âme et donc dans le sang ! mais elle a opté pour la Soul, cette musique de l’âme que sa sublime voix, son instrument de prédilection, transporte avec une si puissante émotion.

Sur scène, Teety Tezano c’est plus qu’un spectacle, une performance vocale et une distribution d’émotion assez rare chez une jeune artiste en développement. Qui a commencé sa carrière en 2006, soit quelques années seulement après la retraite – volontaire ?- de son père. Elle est alors le lead singer du trio féminin Kit Kat Girls. Durant cette première phase de sa carrière, Teety présente également de nombreuses collaborations avec des artistes déjà renommés tels que Krotal, Sultan Oshiminh ou le groupe Macase ; ou encore un featuring avec le rappeur américain J. Kad. Mais très vite, elle décide de voler de ses  propres ailes ! on la perd un peu de vue avant de la retrouver sous le label HHD (Hip Hop Développé) dès son commencement en 2011. Un collectif avec lequel elle se produit sur scène aux côtés des Lady B, Adango Salicia Zulu, Sadrak ou Danielle Eog. Avec cette dernière, elle propose un single remarqué en featuring «Hold on sister». Dans la foulée, Teety propose en parallèle plusieurs singles dont «Unstoppable», produit en collaboration avec le soundmaker Djess Panébo, et qui sera l’hymne de MTN durant l’année 2012/2013

Teety, c’est une voix pure comme du cristal portée par un  irrésistible sourire enjôleur. C’est une personnalité riche, à la  fois forte et déterminée,  pourtant douce et ouverte, mais avant tout entière et «vraie» dans tout ce qu’elle entreprend. Elle a plusieurs facettes réunies en un beau diamant brut. A la fois compositeur et interprète, sa carrière musicale ne l’empêchera pas de développer des compétences en matière de production audio-visuelle, métier qu’elle exercera de manière effective ; ou de terminer ses études de droit.

Mais c’est finalement la passion de la musique qui l’emportera, et la voilà lancée sur une nouvelle phase de sa carrière d’artiste. 2015-2016 c’est l’année du retour sur le devant de la scène pour Teety, avec deux titres, dont un featuring avec Baba Maal  (Awep) et une nouvelle collaboration avec MTN pour le single titre de leur dernière campagne «Just a touch Away». Mais surtout avec un album en projet, toujours en compagnie de son éternel complice Djess Panébo. Un 1er titre, le single «So in love», une ballade soul permet d’entrer en douceur dans ce nouvel album qui promet d’apporter quelques surprises en dévoilant de nouvelles facettes du diamant Teety Tezano.

Sadrak : Retour à la case départ !

Sadrak. Photo: @DR
Sadrak. Photo: @DR

En voilà un qui ne passe pas inaperçu quand vient l’heure de parler de musique urbaine au Cameroun. Lui qui a contribué à populariser le hip hop camerounais voici presque deux décades. D’abord, et sans doute surtout, sous le label Négrissim, le groupe de jeunes rappeurs dont le premier album allait offrir à la jeunesse camerounaise des tubes restés en mémoire. Ensuite au travers d’un collectif qu’il a contribué à mettre sur pied et qui participe du projet «Sur la route du Masa» qui veut permettre aux artistes camerounais d’être bien représentés au rendez-vous du marché du spectacle d’Abidjan dans quelques mois.

Sadrak donc. Qu’il n’est pas rare au détour de concerts à Yaoundé et à Douala de croiser. Et pas seulement dans le public, vu qu’il aime à y aller de son grain de sel pour faire le bœuf sur scène avec les jeunes loups qui continuent d’élargir le landerneau du hip hop en son pays. Un Sadrak qui, on l’a dit, a fait fort à la fin de la décennie 90 avec ses potes et collègues du groupe Négrissim’. C’est en effet au tournant du nouveau millénaire que ce collectif, profitant de la scène ouverte de l’espace culturel African Logik – fermé depuis, mais dont on écrira un jour ou l’autre l’histoire – fait ses premières armes avec la scène. Pendant deux ans, ils s’y produisent, et ailleurs aussi, se rodent et bouclent ce trip initiatique par la production du fameux «Appelle ta grand-mère». Que le public adoptera de suite, les propulsant par-là dans le nouveau siècle avec une force que les épaules des jeunes garçons auront du mal à supporter.

Car après ce succès, l’étranger va ouvrir ses bras au groupe. Pour des pérégrinations artistiques pas toujours maîtrisées, mais d’importance dans le processus de la formation des uns et des autres. De Dakar à Ouagadougou, les scènes et les expériences vont s’amonceler. Les rencontres d’envergure aussi. Pour finalement déboucher en France. Où, après moult péripéties, va venir au monde «La vallée des rois Bantous», le deuxième bébé d’un groupe visiblement à bout de souffle comme souvent au Cameroun. Sûr que Sadrak sent venir une lassitude qu’il ne souhaite pas expérimenter. Et ce même si ce 2è album est bien accueilli. Il s’en retourne donc au pays, non pas pour pleurer ou panser quelque mélancolie, mais pour reprendre des forces et relancer la machine. Se régénérer donc. Personnellement cette fois ! Bonjour «Rap de bon Voyazinage», le nouveau projet qui sort de ses entrailles. Et qu’il met sur pied en s’appuyant sur une jeune garde qui a continué à faire vivre la fièvre du rap et du hip hop au pays.

Fort de son expérience, il sait qu’il lui faudra d’autres intelligences pour anticiper les virages d’une nouvelle carrière à écrire. Il s’allie donc à Mike  Epaka pour ce renouveau qui prend pour nom de baptême «Hip Hop Développé au Cameroun» (HHD). Sur scène pourtant, il continue de faire mal. Offrant son sens du chant entraînant et des messages tout aussi percutants. Le tout empreint de cette fusion musicale à mi-chemin entre plusieurs univers, de la tradition à la modernité, de la musique du terroir vers le Hip Hop et l’électro. Avec un fort accent sur le terroir tant Sadrak ne veut pas se départir de cette étiquette qu’il semble souhaiter sans proclamer, à savoir hip hopeur de la brousse ! Ce qui est tout bénef pour des cadets comme Lady B., Danielle Eog Makedah ou Adango Salicia Zulu. Un bonheur qui ne l’empêche guère de se rappeler au bon souvenir de ses potes de Négrissim’ avec qui il continue de plancher sur l’avenir après l’album «Bantou Plan  vol 1» en 2012. Et qui pourrait déboucher sur un autre d’ici à 2016. Avant ou après le Masa ?

Mike Epaka

Mike Epaka w Photo: @Zacharie Ngnogue
Mike Epaka w Photo: @Zacharie Ngnogue

Le Masa est à la fois une perspective excitante et une forme de reconnaissance

Le promoteur du collectif HHD récemment sélectionné au Masa 2016 présente son initiative, sa collaboration avec Scène d’Ebène et son programme sur les prochains mois.

 Qu’est-ce qui vous a amené à fonder le HHD et quel en est l’esprit ?

Le HHD c’est d’abord l’histoire de ma rencontre avec Sadrak. Il rentrait d’un long voyage musical à travers l’Afrique et l’Occident. Quant à moi, cela faisait déjà une dizaine d’années que je trainais mes guêtres dans l’environnement musical local après mon séjour en Europe. Nous partagions la passion de la musique et de la scène mais aussi une vision. Nous avions tous deux conscience des nombreux potentiels artistiques peu ou pas exploités au Cameroun, mais aussi de la nécessité de construire pour nous-mêmes et tous ces potentiels une plateforme de création et de développement de projets artistiques malgré un environnement globalement peu porteur. Cette vision qui tente d’allier créativité, qualité et liberté aboutit à une structure un peu atypique, qui permet à chacun de développer ses propres projets et son propre potentiel tout en proposant une production commune qui intègre les apports de chacun. C’est le Hip Hop Développé, ainsi nommé à partir d’un son de Sadrak, qui nous semble bien rendre l’esprit d’originalité, d’ouverture que nous voulions. Le nom même “Hip Hop Développé” renvoie à un background musical commun tout en suggérant une ouverture vers d’autres univers musicaux, et aussi vers une pratique du  “Live”, assez rare dans le Hip Hop et que nous appelions tous deux de nos voeux. Dans le même temps, “Développé” est un peu un pied de nez à la notion “Développement” souvent rattachée à nos pays Africains, de manière un peu méprisante, sans vraiment le dire, comme un jugement pas vraiment assumé par ceux qui le portent. Nous savons que ce pays et ce continent, à la croisée des chemins de la planète, au carrefour de la tradition et de la modernité, contienent en fait les talents de demain qui intègrent en eux les complexités, les diversités du monde contemporain.

HHD en concert à l'IFC de Yaoundé. Photo @ Parfait Tabapsi
HHD en concert à l’IFC de Yaoundé. Photo @ Parfait Tabapsi

Vous venez d’être sélectionné pour le MASA. On vous imagine heureux !

Bien entendu! C’est à la fois une perspective excitante pour nous tous et aussi une forme de reconnaissance de la validité de notre projet, de la pertinence de son approche et de la qualité de ce que nous proposons. En même temps ça nous met la pression afin de continuer à travailler toujours plus pour offrir le meilleur de nous-mêmes au public. Cependant, nous gardons bien à l’esprit qu’il s’agit là d’une étape dans un parcours qu’il faut continuer à construire.

Pouvez-vous brièvement nous présenter le groupe dans son ensemble ?

Les artistes du groupe couvrent au moins deux générations et tous ont déjà des parcours individuels conséquents. Lady B, Sadrak et Danielle Eog ont déjà des carrières individuelles très significatives, cinq albums pour Lady B, deux pour Sadrak et son groupe Negrissim’, un pour Danielle Eog, d’innombrables collaborations et singles… Les plus jeunes sont également déjà expérimentés quand ils intègrent le collectif. Cinq ans aux côtés d’Ekambi Brillant pour Adango. Pour ce qui est de Teety, outre l’héritage de son père Johnny Tezano, déjà chanteur renommé, elle était lead d’un trio féminin «Kit Kat Girls» pendant 2 ans avant d’intégrer le collectif et a déjà posé les premiers jalons d’une carrière solo. Derrière ces figures de proue s’ajoute un team de musiciens, puisque le “Live” est un élément important de notre “Gombo artistique”, réunissant aussi plusieurs générations, depuis des piliers comme notre percussionniste Bob Sack, jusqu’à des jeunes pleins de talents comme Symphonie Dooh notre bassiste.

Il y a plusieurs jeunes femmes dans le collectif. est-ce volontaire?

Qui s’en plaindra ? Surtout pas moi, ni les autres mâles du collectif, ni même le public je crois…. Elles sont tellement belles et talentueuses nos African Queens… Mais non, il ne s’agit pas d’une volonté délibérée. C’est l’affinité artistique et personnelle qui nous a réunis avant tout.

Avec Scène d’Ebène, vous avez initié le projet «Sur la route du Masa» dont l’un des points d’orgue est le concert événement de novembre. Paraît que la date de Yaoundé a été annulée. Peut-on savoir pourquoi ?

Je dois d’abord saluer le travail de Tony Meffe qui nous a offert une démarche tout à fait singulière avec ce projet à la fois original et à mon avis visionnaire. Notre rencontre est d’abord due au HHD dont il a estimé qu’il cadrait avec les exigences requises, mais quasiment immédiatement, la démarche synergique qui est à la base de “Sur la route du MASA”, qui fait écho à notre propre démarche au sein du HHD, m’a amené à m’impliquer plus avant dans l’organisation même du projet à titre personnel car il s’agit franchement encore de la même vision sous-jacente. Les concerts sont un des éléments du dispositif qui nous permettra de lever les fonds nécessaires pour déplacer l’ensemble des artistes impliqués sur Abidjan pour le MASA. L’achat d’un billet est en fait une contribution au projet, pas une simple place de spectacle. Cet aspect du projet basé sur une économie participative est très important. Ce sont les contributions, sous forme  d’achat de billets ou toute autre forme qui rendent le projet possible. Mais pour en revenir plus directement à votre question, le montage des concerts dépend des partenaires publics ou privés qui acceptent de nous  accompagner. Il se trouve que nous avons pu résoudre cette équation sur Douala mais pas sur Yaoundé…pas encore. Car nous comptons bien pouvoir présenter l’ensemble des artistes impliqués dans “Sur la route du MASA” dans la capitale. Hélas, nous ne pourrons pas tenir le calendrier initialement prévu, mais nous continuons les démarches, et nous ne baissons pas les bras facilement, c’est donc dans notre esprit un report mais pas une annulation.

D’ici à mars 2016, quels autres activités avez-vous au programme du HHD ?

La préparation du spectacle est notre priorité. Il s’agira d’un nouveau show, assez différent de ce que nous avons pu présenter jusque-là. Cette préparation mobilisera la majeure partie de notre temps. Cependant, outre les spectacles de “Sur la route du MASA”, d’autres dates auront lieu en décembre et janvier ! Nous attendons les confirmations fermes pour les annoncer  de manière officielle mais nous serons entre autres probablement présents  sur les scènes du festival Quartier Sud ainsi qu’au Douala Hip Hop Festival qui se tiennent respectivement fin novembre et fin décembre. Je peux vous annoncer également la sortie prochaine d’un nouveau titre du collectif pour cette fin d’année. Ce nouveau titre qui nous excite tous beaucoup est le fruit d’une composition collective, et constituera le premier titre studio du collectif, qui jusqu’à présent n’a proposé que du “live on stage”.  Cela marque une autre étape dans l’avancée de notre projet et nous sommes tous très impatients de le proposer au public.